« Ingres, l’artiste et ses princes » au musée Condé

Redécouvrez avec nous dans l’un des plus beaux châteaux de France où se croisent l’art et l’histoire grâce à l’exposition inédite « Ingres, l’artiste et ses princes » au musée Condé du château de Chantilly.

Ingres est un peintre français du XIXe siècle considéré par certains comme le prince des artistes et par d’autres comme l’artiste des princes. Son originalité et sa quête perpétuelle de la perfection ont séduit de nombreux hommes et femmes de son temps, au-devant desquels les princes orléanais. Cette exposition retrace une partie de l’histoire française mais se réfère aussi à l’antiquité, période qui tient une place importante dans les tableaux d’Ingres.

L’exposition se tient dans la salle du Jeu de Paume, un bâtiment hors du commun qui nous ramène plus de deux siècles en arrière. Construit en 1756 par l’architecte Claude Billard de Bellisard pour Louis-Joseph de Bourbon Condé (8e prince de Condé), le lieu est fait en pierre de taille et couvert d’ardoise. Restaurée en 2012, la salle du Jeu de Paume est donc le lieu idéal pour cette exposition organisée en ateliers qui se concentrent chacun sur une œuvre en particulier et sur son histoire.

Ingres est un artiste connu pour son travail perfectionniste et méthodique. Eternel insatisfait, l’artiste a repris de nombreux œuvres pour les modifier, parfois plusieurs décennies après les avoir achevées, c’est pourquoi une multitude de variantes de ses œuvres existent, tout comme les nombreuses études qu’il a menées pour réaliser des tableaux les plus complets possible. Grâce au travail des scientifiques, des historiens de l’art et des collectionneurs, le musée Condé propose une exposition inédite rassemblant des œuvres venant du monde entier.

Pour vous laisser le plaisir d’en apprendre plus sur cette exposition lors de votre visite, nous n’allons pas vous raconter en détail l’histoire de chaque œuvre mais plutôt vous dire celles qui ont retenu notre attention et pourquoi nous pensons que cette exposition est une porte ouverte sur l’histoire, l’art et ses techniques.

Le premier atelier pose le décor avec le fameux Autoportrait d’Ingres à vingt-quatre ans réalisé en 1806. Cet autoportrait est intéressant à étudier à la fois dans sa technique et par son histoire : plusieurs copies ont été réalisées, notamment par sa fiancée Julie Forestier, qui sont parfois tellement différentes de l’original qu’on croirait observer un nouveau tableau. Sa réalisation a fait l’objet d’importantes critiques lors du salon de 1806, auxquels l’artiste perfectionniste et angoissé est très sensible, et c’est à partir de cette date qu’il évitera les manifestations officielles.

Dans l’exposition, l’Autoportrait, comme chaque œuvre qu’on retrouve tout au long de la visite, est associé à ses dessins et à ses copies pour permettre au spectateur de comprendre tout le processus qui est à l’origine du tableau.

Le portrait de Mme Duvaucey peint pour son amant le baron Charles-Jean-Marie Alquier vaut également le détour : son sourire mystérieux rappelle pour certains la Joconde. Son tableau combine les formes courbes et douces du corps de la femme et les couleurs vives du fauteuil et du châle.

L’artiste est fortement influencé par l’Antiquité et par son maitre Jacques Louis David, avec qui il a beaucoup appris. La Stratonice, ou la maladie d’Antiochus est le résultat de ces influences mais aussi un exemple éloquent de la technique d’Ingres qui multiplie les études d’anatomie, de draperie et d’ensemble pour composer un tableau représentant le mieux la scène décrite par Plutarque dans la Vie de Démétrius.

Bien qu’il n’ait jamais été nommé peintre officiel des princes d’Orléans, Ingres a réalisé pour eux une multitude d’œuvres. C’est en particulier avec le Prince Royal, Ferdinand Philippe d’Orléans, que Ingres a tissé les liens les plus forts. Malgré son aversion pour l’exercice du tableau, le peintre a réalisé avec aisance le Portrait de Ferdinand-Philippe d’Orléans, Prince Royal (1810-1842) en 1842, pour une enveloppe supérieure à celle donnée aux autres peintre. La tragique mort du Prince peu de temps après fait d’Ingres le dernier artiste à l’avoir peint. Il lui sera confié de réaliser les vitraux de la chapelle élevée en l’honneur du défunt qui sont représentés dans un des ateliers de l’exposition.

Artiste des princes, Ingres compose aussi des tableaux pour le duc de Montpensier avec qui il entretient des liens forts mais c’est surtout Henri d’Orléans duc d’Aumale qui admire et collectionne ses tableaux. Ainsi il acquiert de nombreux tableaux qui sont regroupés dans l’exposition, entre autres Paolo et Francesca, le dessin Homère déifié et la Stratonice.

Nous avons dans cet article dressé un portrait non exhaustif des œuvres de Ingres pour vous laisser le plaisir de découvrir l’ensemble de ses œuvres lors de la visite de l’exposition tout en vous donnant les clés principales pour comprendre les œuvres et la pensée de l’artiste.

Regarder l’Histoire en face : l’Italie du XIXe siècle au musée Condé est une exposition qui fait écho à la première et qu’il est intéressant de visiter après avoir étudié le travail d’Ingres. Elle est plus courte mais aussi passionnante et se situe dans le Cabinet d’Arts graphiques. Elle permet de comprendre la thématique générale du voyage en Italie au XIXe siècle dans un contexte de révolution su