Les Couleurs des tumuli

Les Couleurs des tumuli

Lorsque Guislaine Depis m’a convié à un déjeuner avec les auteurs du livre « Les Couleurs des tumuli« , je ne m’attendais pas à un tel bouleversement émotionnel en le lisant puis en échangeant avec les convives. Je ne vais pas m’épancher sur mes émotions et rester volontairement très factuelle. Je la remercie ici de cette belle rencontre artistique et littéraire.

Le mot latin tumulus (au pluriel tumuli) désigne une éminence artificielle, circulaire ou non, recouvrant une sépulture – des « bosses couvertes d’herbe » – « ce sont des tombes ».

Lors de son premier voyage à Gyeongju, Elisa Haberer a été fascinée par ces tumili. Elle les a photographiés tout comme elle a photographié les gens rencontrés dans son périple, à la recherche de ses origines.

Ses photos sont toutes du même format, carré. En couleurs, elles restituent sa vision du monde actuel, celui qu’elle capture dans et par son appareil. Ces photos carrées comportent toutes des cercles – ou des parties de cercle- le cercle de l’arrondi des tumuli – le miroir par lequel on plonge dans la photo. Et c’est la première mise en abyme.

Simon Hatab n’est jamais allé en Corée et pourtant c’est lui qui écrit. Elle raconte. Il transpose. C’est plus compliqué que cela. Il n’est pas « sa » plume mais son confident. Il « la » raconte et c’est une seconde mise en abyme.

Au-delà de la restitution – d’elle, de lui – ce livre est une quête : de ses origines, certes, mais surtout de ce que nous pouvons chercher par les voyages, la lecture, les rencontres humaines. Serait-ce une troisième mise en abyme ?

Ce livre est une pépite où l’expression « chercher la quadrature du cercle », qui signifie tenter de résoudre un problème insoluble, prend tout son sens.

Le mieux est de lire ce livre beaucoup plus profond qu’il n’y paraît de prime abord

Véronique Grange-Spahis

Résumé :

« Les Couleurs des tumuli est un livre qui fait cohabiter deux récits – l’un photographique, l’autre textuel – qui se déroulent entre Paris et Gyeongju en Corée du Sud. La photographe Elisa Haberer est née à Gyeongju puis a été adoptée en France dès ses premiers mois. En 2014 elle y retourne pour la première fois. Partant de l’endroit où elle est née – l’ancienne maison d’une sage-femme transformée en magasin d’ustensiles de cuisine – elle décide d’explorer et de photographier Gyeongju.
A partir d’un lieu qui lui est à la fois proche et étranger, elle part à la rencontre d’un quartier, d’une ville et de ses habitants. Au retour de son premier voyage en septembre 2014, elle débute une série d’entretiens sur ce projet avec Simon Hatab, dramaturge et auteur. Ce dialogue qui s’étend sur deux ans forme la matière d’un récit à mi-chemin entre le biographique, le carnet de voyage et le journal de création.
Au-delà de la quête mémorielle, il développe une réflexion sur l’art photographique, sur notre rapport au temps et sur la construction de notre identité.« 

Les auteurs :

Elisa Haberer est une photographe française d’origine coréenne de 39 ans. Étudiante en photographie, elle dédie son travail aux codes de représentation de la photographie de famille et pose la question de la trace et de la narration par l’image. Ces interrogations préfigurent les thématiques constituantes de son travail actuel. Sa photographie est fondamentalement axée sur les histoires humaines et l’exercice du portrait.
En 2009, sa série sur la représentation de soi « Moi, par l’Autre » est exposée à Pékin où elle a vécu 7 ans. En 2013, elle tourne son premier film, « My Lucky Bird« . En 2014, de retour en Corée du Sud, elle réalise un projet photographique sur les traces de ses origines qui devient « Les Couleurs des tumuli« .

Simon Hatab est dramaturge. Il travaille à l’Opéra national de Paris et a collaboré avec la metteure en scène Marie-Eve Signeyrole pour les spectacles 14+18 , La Soupe Pop .
Il a donné à l’Université Paris X Nanterre un cycle de cours consacrés à la dramaturgie et participé en tant qu’artiste associé au programme Performing Utopia du King’s College de Londres. Il écrit régulièrement dans le magazine Fumigène – Littérature de rue.

Les Couleurs des tumuli
Éditeur : Atelier des cahiers – Collection : Images
125 pages – 25 €
Parution : juin 2017