« Lettres à un jeune poète » : de l’amour de la transmission
Vents d’Orage a eu le grand privilège de rencontrer un immense comédien dont le talent comme la gentillesse forcent le respect. Michael Lonsdale est un vieux monsieur, pas d’injure à le dire tant il l’assume et s’en amuse même si son frêle physique peine désormais à le porter. La voie est ténue mais l’esprit toujours vif et l’humour délicat. Alors qu’il n’accorde pratiquement plus aucune interview, de tels instants se savourent, dans l’intimité chaude d’une petite loge du Théâtre de Poche Montparnasse où lui et son metteur en scène Pierre Fesquet redonnent vie à ces « Lettres à un jeune poète« . Michael Lonsdale retrouve ici le plaisir de transmettre. Il aime l’art plus que sa vie et peut-être plus encore le partager avec son public ou avec un partenaire de jeu, comme ce fut le cas dans le somptueux film « Maestro » où son personnage donnait à celui interprété par Pio Marmaï courage, confiance en lui et envie d’explorer des voies artistiques qu’il n’aurait jamais cru pouvoir emprunter.
C’est exactement la même intention qu’insufflait Rainer-Maria Rilke dans ses échanges épistolaires avec un jeune artiste qui doutait encore de son désir comme de sa légitimité. En toute humilité et avec le plus grand humanisme. Qui mieux que Michael Lonsdale pour dire Dieu, la beauté du monde, l’impérieuse nécessité de créer au risque d’en mourir si on l’en empêchait. Sa voix s’élève, dans une mise en scène dépouillée, à la lumière tamisée, propice à mettre en valeur la profondeur et la sagesse du message de Rilke. Debout derrière lui, Pierre Fesquet partage avec son acolyte ces mots tendres et enflammés à un jeune poète. Quelques extraits tirés des « Chicorées Sauvages » terminent le spectacle. Un récital de deux êtres unis dans la même atmosphère sensible, un violoncelle comme trait d’union musical entre les textes qui aident à « entrer en soi-même » comme le conseillait Rilke.
Votre serviteur vous livre les confidences d’un géant qui dit avec espièglerie ses amitiés avec Marguerite Duras et Samuel Beckett, son envie irrépressible de jouer dès ses plus jeunes années au Maroc et bien d’autres choses encore. Tendez l’oreille, ça en vaut vraiment la peine :
Le pitch : En 1903, un poète de 20 ans, Frantz Xaver Kappus, alors étudiant à l’Académie militaire de Wiener-Neustadt, décide d’envoyer à Rainer-Maria Rilke, ses premiers vers poétiques accompagnés d’une lettre dans laquelle il lui avoue douter de sa vocation. Il ne pouvait espérer plus belle écoute et plus juste accueil face à ses incertitudes.
Pendant cinq ans, de 1903 à 1908, avec une extrême délicatesse, Rilke répondra régulièrement à ce jeune homme qu’il ne rencontrera jamais. Humble et magistral à la fois, Rilke aborde tous les grands sujets de l’existence : l’amour, la mort, Dieu et la solitude.
Trois ans après la mort du maître, en 1929, Frantz Xaver Kappus édite dix courriers que lui a envoyés Rilke et les accompagne d’une courte et respectueuse préface. Il décide simplement d’intituler ce recueil : « Lettres à un jeune poète« .
Auteur : Rainer-Maria Rilke
Avec : Michael Lonsdale et Pierre Fesquet
Mise en scène : Pierre Fesquet
Les lundis à 19 heures jusqu’au 10 avril 2017
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris
David Fargier – Vents d’Orage