Valmigot trace « La Quadrature du vent »

Parce qu’elle n’en finit jamais de tourner en carré, Valmigot, méditerranéenne de naissance, nous invite à cheminer aux quatre coins du globe, celui-là même qui nourrit inlassablement sa quête de compréhension du monde.

Tel un derviche, elle cherche la voie… à contre-courant. De tribord à bâbord, elle induit le grain de sable dans le rouage trop bien huilé de nos certitudes à l’aide de ses châssis entoilés embarqués. La Galerie Ravaisou à Bandol présente au public ce parti pris figuratif jusqu’au 15 décembre. Le parcours de l’exposition est ponctué de vanités pour nous rappeler notre condition de mortel. Le trépas est au bout du chemin alors savourons l’expérience de la vie, semble nous chuchoter l’artiste.

Le mois de novembre est toujours propice à ces interrogations mais Valmigot à l’aube de ses 55 ans fait dans cette proposition un état des lieux de sa propre trajectoire plastique avec en toile de fond la curiosité, l’expérimentation et l’ouverture à l’autre.

Cette trajectoire artistique, commencée dans le Pacifique il y a plus de 15 ans, en Nouvelle-Calédonie précisément, vient de boucler sa première boucle en Polynésie française, dans les îles du Vent, dont revient tout juste notre exposante.

Elle nous parle de temporalité sacrée versus temporalité profane en juxtaposant des huiles sur toile au métal gravé à l’acide. Le chaud côtoie le froid, l’onctuosité se frotte à la rugosité, le yin parle au yang. Elle privilégie la notion de cycle à celui de chronologie, demain est un autre aujourd’hui, demain est un autre possible et non la fin d’hier.

L’insularité invite à la contemplation, à écouter le chant du vent. Son travail au fusain sur soupe de corail en est l’évocation. Cette soupe, s’apparentant à un galet de corail, rejetée par les flots fut longtemps la matière première à l’édification des ouvrages religieux en Polynésie. La montée des eaux rendra, à son terme, ce matériau à l’océan. L’impermanence du temps dans la permanence du vent, rend toute choses en mouvement perpétuel.

Son passage aux Marquises, Fenua Enata ou Terre des Hommes, a fait chavirer son cœur et sa vision de l’immuable. Ces îles sont la preuve que tradition et modernité peuvent cohabiter. A son tour de l’immortaliser picturalement à travers un graff et peinture corporelle légendaire, le tout associé sur un support de récupération.

Faire le tour de Paris avec le métropolitain avant de quitter la métropole est l’accomplissement d’un autre tour du monde souterrain exploré par l’artiste. Elle nomme une série de toiles aux proportions d’un ticket de métro : « les voyages urbains ». étudiante, les heures passées dans le nonchalant tangage des rames ont alimenté un imaginaire déjà fertile. Que signifient les noms des stations, quelles histoires portent-elles, que souhaitent-elles leur faire dire ? Valmigot en produit des narrations sociétales en duo, bien sûr, car le dialogue est le fil conducteur de cette démarche artistique. « Mes toiles sont des amorces, mes titres un propos à débattre et l’exposition une conversation » nous confie l’artiste.

La Quadrature du Vent, c’est un condensé de 15 ans d’expositions, 15 ans de voyages réels et à l’intérieur de soi pour laisser passer un nouveau souffle créateur dans la voile, nous dévoile la plasticienne.

Le foisonnement créatif de l’artiste interpelle, déroute au premier abord car lorsqu’on pousse la porte de la Galerie, la première impression est d’entrer dans une exposition collective où chacun aurait travaillé sa série. « Tout est sujet » déclare l’artiste ! Elle ajoute qu’elle se vit comme un arbre dont les racines et les branches ne cessent de croître et de fleurir comme des extensions de sa pensée. « L’intuition est mon guide, mes séries se complètent années après années dans une exigence de sincérité de ce que je vis et ressens dans l’instant présent avec mes doutes, mes espoirs, mes projections ».

Valmigot comme un « Tourbillon », tel le titre de la dernière toile de l’exposition qui ressemble à un livre ouvert, clôture cette quadrature, nous devrions dire ce chapitre, le pinceau déjà prêt à colorer, encrer, pigmenter son prochain « Commencement ».

Du 22 octobre au 15 décembre 2021 inclus.

Finissage le vendredi 10 décembre 18H/20h

Galerie Ravaisou, 1 rue des écoles, 83150 Bandol

mardi : 9h/12h30 – 14h/17h30 ; mercredi : 9h/12h30 ; jeudi et vendredi : 14h/17h30 ; -samedi : 9h/12h ; Fermé dimanche et lundi – Entrée libre

Visites et ateliers pour enfants gratuits tous les samedis de 10h à 12h sur réservation au 04 94 29 12 76 ou par mail à animationculture@bandol.fr

Texte et photos : Rose Bergé