Le Palais Galliera inaugure une série de trois expositions d’une durée plus longue que les expositions temporaires et conçues en plusieurs accrochages successifs.

Elles sont consacrées aux savoir-faire de la mode, et aborderont les techniques et les métiers sous différents angles. Le musée mettra ainsi en lumière la richesse de ses fonds exceptionnels et proposera un nouveau regard sur l’histoire de la mode du XVIII° siècle à nos jours.
C’est une création de Comme des Garçons, Prêt-à-porter, automne-hiver 2016 qui a été choisie pour l’affiche et qui marque l’entrée de l’exposition comme si le visiteur était invité à regarder sous la robe … d’abord dans la Galerie des Techniques, ensuite dans la Galerie des Métiers.



Cette première exposition est consacrée à cinq savoir-faire de l’ornementation – tissage, impression, broderie, dentelle, fleurs artificielles – qui permettent d’ennoblir et de décorer vêtements et accessoires. Pour ce faire les commissaires ont choisi un motif incontournable dans l’art du textile et la mode, celui de la fleur.
Chaque technique est donc abordée à travers ce thème, ce qui donne une unité qui permet tout à fait d’apprécier les jeux de matières, le traitement des couleurs, des volumes, ou le placement des motifs que ce motif inspire au gré des saisons.
Du textile broché d’un gilet du XVIII° siècle à l’impression au laser d’un ensemble Balenciaga, d’une dentelle de Chantilly au camélia iconique de Gabrielle Chanel, l’exposition met en avant la grande variété des techniques, tout en interrogeant leur symbolique et leurs usages.
On remarquera que la sobriété des costumes d’homme n’est qu’apparente. L’affirmation de différentes expressions de la masculinité, au cours des années 1960, permet aux espèces florales de se déployer du costume-cravate aux robes du soir que signent les grands couturiers.
Riche de plus de 350 œuvres (vêtements, accessoires, photographies, arts graphiques, échantillons, outils…), le parcours révèle à la fois des créations de maisons de haute couture comme des pièces de jeunes créateurs, dont certaines spécialement réalisées pour l’exposition. Des échantillons de textiles et des tables équipées de loupes invitent le public à observer, scruter et contempler les œuvres pour comprendre la complexité des gestes qui se cachent derrière chaque création – l’occasion unique de plonger au cœur des savoir-faire de la mode.






La première salle démontre que les fleurs ont constitué un motif très employé depuis le XVIII° jusqu’à aujourd’hui avec l’exposition de modèles de toute beauté. Elles y sont sublimées par un travail recherché de tissage, de broderies et l’ajout de perles et de plumes,
Les références botaniques sont faciles à décrypter. Elles côtoient cependant les motifs orientalisants, inspirés des « arbres de vie » des cotonnades indiennes du XVIII° siècle, comme celles qui sortaient de la célèbre Manufacture Oberkampf de Jouy-en-Josas.


Plusieurs mannequins témoignent du réemploi de tissus. Ainsi quand le châle n’est plus de mode comme accessoire, l’on assiste, dans la seconde moitié du XIX° siècle, à son réemploi en vêtement. Les photos ci-dessus en montrent quelques exemples avec une robe de chambre taillée dans un châle long tissé à Paris vers 1815, une courte pèlerine faite dans un vêtement ayant appartenu à l’impératrice Eugénie qui lui-même avait été réalisé à partir d’un textile chinois, ou encore cette « visite » à partir d’un kimono de femme de samourai dont la coupe particulière avec les coudes repliés contre le buste, est, en revanche, propre à l’Occident.






Des parures d’exception aux accessoires du quotidien, les décors fleuris se retrouvent au fil des époques sur toutes sortes d’étoffes, des plus humbles aux plus spectaculaires. Ils sont partout. Aussi bien sur les vêtements que sur les accessoires, les châles, les éventails, les foulards, les ombrelles, les escarpins, les manchons, les pochettes et sacs … où ils sont le plus souvent composés grâce à un travail méticuleux de perlage que le visiteur pourra scruter à la loupe.
Elles sont saisissantes de réalisme sur cette robe haute couture (ci-dessus au contre) inspiration XVIII° dessinée par Karl Lagerfeld pour Chanel pour la collection printemps-été 2019 où le talent de l’Atelier Montex (broderie) et de Lemarié (plumasserie) est évident, et donne le ton du niveau retenu.
Les fleurs sont imprimées, à la planche, au laser, sur néoprène, brodées, appliquées, composent des dentelles, mais elles sont aussi reconstituées en volume sur le tissu ou accrochées comme Chanel l’a fait avec le camélia devenu emblématique de la maison.
Des exemples de plusieurs techniques de broderie sont présentées avec un motif plate ou en relief, exécuté à la main avec une aiguille ou un crochet, ou encore à la machine.
L’exposition est très didactique si on se donne la peine de lire tous les cartels. On apprendra ainsi qu’Hermès a utilisé le twill de soie des tenues portées par les jockeys pour créer des foulards … avec le succès que l’on connait.
Les techniques sont multiples. Pour ne parler que de dentelle (et uniquement de celle qui se trouve sur les modèles exposés) elle peut être de fil de coton, de lin, de soie, de fil d’argent ou de filés métalliques, traditionnelle à la main, à l’aiguille, au crochet, au fuseau ou mécanique, dite de Calais, de Chantilly, de Valenciennes, du Puy, de Cluny, de Quimper, de Saint-Gall, de Bayeux, ou enfin de type guipure.





Les modèles exposés rivalisent de beauté. Il n’est pas possible de les décrire en citant tous les artisans qui furent à l’oeuvre. S’agissant des noms de la haute couture ou du prêt-à-porter on note Rei Kawakubo pour Comme des garçons, Gabrielle Chanel, Chanel par Karl Lagerfeld, Chloé par Karl Lagerfeld, Cristobal Balenciaga, Cristóbal Balenciaga par Demna Gvasalia et par Nicolas Ghesquière, Paul Poiret, Jean Patou par Christian Lacroix, Van Beirendonck, Christian Dior, Dice Kayek, Chéruit Dries Van Noten, Christian Lacroix, Gucci par Alessandro Michele, Prada, Yohji Yamamoto, Givenchy par Alexander McQueen, Nina Ricci, Jeanne Lanvin, Jacques Heim, Christian Dior, Nina Ricci par Gérard Pipart, Lorris Azzaro, Gucci par Alessandro Michele, Yves Saint Laurent, Hubert de Givenchy et les Sœurs Boué.
Le Palais Galliera met également à l’honneur les auteurs de ces savoir-faire souvent oubliés ou effacés derrière le nom prestigieux d’un couturier. Qu’il s’agisse de maisons historiques telles que Lesage ou Hurel, de nouvelles figures contemporaines comme Baqué Molinié ou Aurélia Leblanc, l’exposition revient sur les métiers souvent méconnus de la mode : créateur textile, brodeur, plumassier, parurier floral, qui ont fait de Paris, capitale cosmopolite, un territoire privilégié de ces savoir-faire d’exception, sans cesse renouvelés.
La Galerie des Métiers les présente de façon très pédagogique en exposant des nuanciers, des photos d’atelier, des outils, des échantillons et des planches ainsi que des série de boutons.


Les « auteurs des savoir-faire » sont très nombreux et leurs noms méritent dessertir de l’ombre : comme plumassier et fleuriste Noémie Fromentin, Lemarié et Baqué Molinié (également brodeur) toujours en broderie Lesage, Hurel, Rébé, Mme Legris, l’Atelier Montex, Maison Planès, maison Métral, en création textile : Aurélia Leblanc, Maison Vermeulen, Andrée Brossin de Méré, Bucol, Ludwig Abraham & Co, Mariano Fortuny, Clerici Tessuto, Alexandre Sache, Christian Fischbacher, Ducharne, comme éventaillistes Alexandre, Madeleine Lemaire ou Duvelleroy, Alexandrine Leroy (tapissière), Atelier Lognon (plissage), Roger Vivier (chausseur), Nicole Lefort (peinture à la main), Billotey (peintre), Charles Pittner et Paul Iribe (Dessin), pour les boutons Desrues et François Hugo et en dentelle Le férue et Elena Kanagy-Loux.
Une place importante est donnée à 19M qui regroupe les ateliers de 12 Maisons spécialisées : Atelier Montex, Desrues, ERES, Goossens, Maison Michel, Massaro, Lemarié, Lesage, Lesage Intérieurs, Atelier Lognon, Paloma, Studio MTX. Brodeurs, plumassiers, bottiers, modistes, plisseurs… constituant une communauté unique de 700 artisans et experts, ainsi qu’une école de broderie et une galerie ouverte au public
A la fin le visiteur pourra appréhender la géographie parisienne de ces métiers en manipulant des dispositifs numériques.
Avant de partir, petits et grands seront invités à désigner leur collection et à créer une fleur en origami.
Marie-Claire Poirier
Photos ©Marie-Claire Poirier
Du 13 décembre 2025 au 18 octobre 2026
Palais Galliera Musée de la Mode de Paris, 10 avenue Pierre 1er de Serbie – 75116 Paris
Du Mardi au dimanche de 10h à 18h – Fermé les lundis – Nocturnes les vendredis jusqu’à 21h
Réservation recommandée www.billetterie-parismusees.paris.fr
