À l’Opéra de Toulon, Don Pasquale révèle des héros pas très héros

En ce début d’année 2026, l’Opéra de Toulon, même en rénovation, peut battre à plein cœur. Don Pasquale, joyau de l’opéra bouffe signé Donizetti, y a fait un retour très attendu, avec deux représentations seulement, l’une pour la Saint-Sylvestre, l’autre ce 2 janvier, au Zénith de Toulon. Chantée en italien, surtitrée en français, cette comédie de mœurs, créée à Paris en 1843, vient de trouver un élan contemporain via le metteur en scène Tim Sheader, où le burlesque côtoie l’inquiétante gravité des personnages, portée par l’orchestre et le chœur de l’Opéra de Toulon, l’ensemble dirigés par la talentueuse Sora Elisabeth Lee.

Sous la baguette de Sora Elisabeth Lee, chaque note agit comme un révélateur d’âme. Sa direction, fine, précise ne cherche pas le rire facile. Elle met en lumière les contradictions, les vanités et les égarements des protagonistes. Don Pasquale, patriarche imbu de lui-même, Norina, Ernesto et Malatesta, tous des héros pas très héros, se déploient dans une atmosphère colorée et troublante où le comique surgit dans la douleur et le grotesque révèle la fragilité. L’orchestre, sous sa conduite, respire et observe. Chaque silence, chaque tension orchestrale souligne le vertige de la condition humaine, la fragilité du pouvoir et la précarité des désirs. Sora Elisabeth Lee transforme ainsi la partition en un miroir sensible où le spectateur se voit confronté à ses propres parts d’ombre.

Le drame de Don Pasquale ne réside pas seulement dans ses ruses et ses stratagèmes. Il se joue dans les désirs contrariés, les fiertés blessées, les calculs égoïstes. Les jeunes intrigants ne sont ni innocents, ni admirables. Leur intelligence et leur malice révèlent l’égoïsme latent et les failles de leurs ainés. La mise en scène ancrée dans le présent de Tim Sheader, dans une ambiance proche de la série Succession, associée à la direction subtile de Sora Elisabeth Lee, ont transformé ces interactions en expérience intime. Un chaos orchestré qui peint en relief les figures caricaturales de ses héros, flirtant avec l’humour noir.

Cette production s’inscrit dans une saison particulièrement riche de l’Opéra de Toulon, qui navigue avec audace entre répertoire et créations : La petite sirène de Régis Campo, le barbier de Séville, le vaisseau fantôme en version concert, Rossini, Puccini, Sondheim, la nuit du piano… comme un archipel musical où chaque île offre un climat différent.

À vos agendas !

Valmigot

Crédit photos Kevin Bouffard – Opéra de Toulon

Opéra de Toulon, Billetterie : 22, rue Pierre Semard, Rue des Arts, Du mardi au samedi 10h-12h30 & 14h-17h30 – 04 94 92 70 78

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