James Bond : quand la montre devient révélateur d’âme

Fin décembre 2025, la Villa 16 à Paris a accueilli la signature du livre James Bond, l’espion qui aimait les montres, de Frédéric Lievain.

L’histoire commence avec Ian Fleming. Créateur littéraire de James Bond, Fleming ne s’est pas contenté d’inventer un espion : il a donné naissance à un personnage dont chaque détail, chaque choix vestimentaire ou matériel, reflétait une vision du monde. Ancien officier du renseignement naval britannique, Fleming connaissait intimement l’univers qu’il décrivait. Sa propre vie — mélange de raffinement aristocratique, d’aventure et de discipline militaire — a profondément nourri son héros. Dans les romans, Bond n’est pas qu’un agent secret : c’est un homme de goût, exigeant, pour qui les objets ont une importance quasi rituelle. La montre qu’il porte au poignet participe de cette construction. Elle n’est jamais gratuite. Elle dit quelque chose du rapport de Bond au temps, à la précision, au contrôle de soi dans l’urgence.

C’est précisément ce fil que Frédéric Lievain a choisi de tirer dans James Bond, l’espion qui aimait les montres. Inspiré par l’univers bondien et passionné d’horlogerie, l’auteur ne se contente pas de dresser un catalogue des montres portées par 007. Il prolonge le geste de Fleming : faire de l’objet un révélateur d’âme, un élément narratif à part entière. Frédéric Lievain décrypte les choix horlogers de James Bond — de Rolex à Omega, de Gruen à Seiko — comme autant de jalons dans l’évolution d’un mythe. Il interroge le sens de ces montres, leur cohérence avec le personnage, leur inscription dans l’Histoire et dans l’histoire du cinéma.

L’ouvrage se distingue également par son exhaustivité filmographique. Film après film, Frédéric Lievain recense avec minutie les montres portées par chaque interprète de Bond, de Sean Connery à Daniel Craig, sans oublier les apparitions plus discrètes ou contestées. Chaque opus est passé au crible, accompagné de l’identification précise des modèles horlogers. Cette dimension référentielle fait du livre un outil indispensable pour les collectionneurs et les cinéphiles, tout en restant accessible au lecteur curieux. On y suit l’évolution des partenariats entre les studios et les manufactures, les choix esthétiques des directeurs artistiques, parfois les erreurs ou les incohérences. Ce travail documentaire rigoureux ancre le propos dans le concret, sans jamais sacrifier la réflexion au simple inventaire.

Entre les pages de Fleming et les images des films, entre la littérature et l’horlogerie de collection, Frédéric Lievain tisse une lecture subtile, cultivée, jamais technique pour le plaisir de l’être. Il rappelle que Bond, avant d’être une icône mondialisée, est d’abord le fruit d’une imagination nourrie par le réel. Et que la montre, objet intime et précis, reste l’un des derniers liens tangibles entre l’homme qui a créé l’espion et ceux qui, depuis, tentent de le réinventer à chaque époque.

Un livre qui rend hommage à Ian Fleming tout en célébrant l’objet : discret, durable, et porteur de sens.

Elena Sokhoshko

James Bond, l’espion qui aimait les montres, de Frédéric Lievain.

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