Dans ses artères coule la vie : à Fluctuart, le street art en correspondance avec le métro

On l’emprunte chaque jour, parfois avec regret. Symbole de mobilité, il nous révèle pourtant une part de notre existence figée, engoncée dans un morne quotidien. Le métro, outil de liaisons urbaines, fait se connecter les pôles autant qu’il peut les éloigner. Et pourtant, Dans ses artères coule la vie. A travers 72 visions d’artistes urbains, le centre d’art Fluctuart fait fluctuer le métro autour de cette affirmation. Une invitation au voyage, jusqu’au 22 avril 2026.

Une correspondance heureuse. Dans ses artères coule la vie, exposition collective de 72 artistes, Jérôme Dauchez, administrateur de biens et mécène, entend représenter une véritable « aventure urbaine ». Quai des Invalides, au centre d’art urbain Fluctuart, on mouille ainsi l’ancre du métro pour se plonger dans un souterrain déterré. 72 artistes reconnus de la scène street art, investissent avec plaisir la mappemonde du métropolitain.

Créer son propre itinéraire

Le plan du métro fait apparaître des itinéraires figés avec des stations arrêtées. De cette toile de fond, les artistes détournent les formes ; implémentent de nouveaux éléments. Le schéma traditionnel du métro se cabre pour épouser la forme d’un voyage artistique sans réel point d’aller ni de retour. Une perte de repères heureuse qui invite à briser la trame des rames ; à enfreindre les circuits prédéfinis ; à réaliser de nouvelles correspondances aux destinations indéfinies.

Opéra – Havre Caumartin – Bonne-Nouvelle – Porte de Clichy – Cité universitaire : aux quatre coins de la capitale, le métro s’écrit en lettre capitale : « M ». Lieu d’interconnexions multiples, Fluctuart souligne une nouvelle connexion centrale. Plus que des itinéraires, le métro est une artère : un lieu où coule la vie de la ville.

L’exposition emprunte le chemin du street art. Au travers des différents courants qui inondent la pratique – le figuratif, le lettrage, l’abstraction et le bestiaire -, Fluctuart entend recouvrir le métro de ces influences pour faire émerger de nouvelles correspondances qui résonnent comme autant de consonances futures de prochaines destinations mélodieuses.

Le chemin de l’exposition n’est pas tracé. Dans ses artères coule la vie fait place à un jeu de piste. Une volonté transcende néanmoins : faire de cet amas de correspondances, un véritable lieu en transe : un lieu de vie où les passions les plus hétéroclites et démesurées, se confrontent avec la rigueur sclérosée d’un tracé au départ imposé.

Prendre la clef du métro

Dans ses artères coule la vie se présente comme une exposition hors les murs, « une surface d’expression symbolique » pour un lieu initialement en profondeur. Comme la sève d’un arbre irradiant le tronc, le métro, ce lien invisible qui s’écoule sous nos pieds, rejaillit à la surface. Sous l’imagination des 72 artistes qui représentent autant de stations imaginatives, le métro devient la sève permettant d’irriguer le cœur urbain battant.

Fluctuart incite à prendre la clef du métro comme s’il s’agissait de celle des champs. L’audace n’est plus de « sortir une station avant » mais d’inventer sa propre station, son propre réseau, sa propre connexion. La ligne de métro ne recouvre plus un unique enjeu modal : de simple mode de transport, elle devient un outil pour nous transporter.

Car l’ambition finale de l’exposition est bien ici : faire entrer le visiteur-voyageur dans une traversée nouvelle. Ne plus être un simple passager mais un acteur de sa mobilité, « pour réussir son voyage et avoir accès au bonheur » (Grand Corps MaladeLes voyages en train). Ne plus établir uniquement une correspondance pour aller d’un point A à un point B, mais entrer en correspondance.

Ici s’arrête l’exposition ; là, tout commence.

Gabriel Moser.

Jusqu’au 22 avril 2026

Fluctuart – centre d’art urbain, 2 port du Gros Caillou, 75007 Paris.

Du mercredi au dimanche, de 12h à 00h (2h les jeudis, vendredis et samedis). Entrée libre