Dans le cadre somptueux du Palais du Luxembourg, le4 février dernier, la Maison Boissier a reçu la Palme d’Or du Comité de France – présidé par Olivier de Filières – des mains de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Plus qu’une distinction pour ses deux siècles d’existence, ce prix célèbre le sauvetage spectaculaire d’un joyau de la haute confiserie qui, il y a peu, a failli s’éteindre.

Une Institution sauvée de l’oubli
L’histoire de la Maison Boissier ressemble à un roman du XIXe siècle, riche en rebondissements. Fondée en 1827 par Bélissaire Boissier, elle fut pendant près de deux cents ans l’épicentre de l’élégance sucrée à Paris. Mais le prestige ne protège pas toujours des aléas du temps. À l’aube du nouveau millénaire, la vénérable institution était sur le point de disparaître totalement, menaçant d’emporter avec elle des secrets de fabrication séculaires et un morceau d’histoire de France.
C’est en l’an 2000 que le destin de la maison bascule. Sylvie Douce et François Jeantet, couple visionnaire et fondateurs du Salon du Chocolat, décident de reprendre l’enseigne. Ce n’était pas seulement une décision stratégique, mais un acte de résistance culturelle. En sauvant Boissier, ils ont préservé le mythique « bonbon Boule », cette perle de sucre devenue une icône de notre patrimoine gourmand, et ont redonné vie à une marque qui n’avait plus que son nom pour subsister.
Le Comité de France : Gardien de l’Excellence
Vingt-cinq ans après ce sauvetage, la remise de la Palme d’Or au Sénat vient couronner ce succès de manière magistrale. La présence de Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre, souligne la portée de cette récompense. Fondé sous la IVe République et placé sous le patronage de la Commission Malraux, le Comité a pour vocation de distinguer ceux qui contribuent au prestige et au rayonnement international de la France.
En recevant ce Diplôme de Mérite et de Prestige National dans l’enceinte de la Haute Assemblée, la Maison Boissier s’inscrit à nouveau dans la lignée des grandes institutions françaises. Le Comité a souhaité récompenser la sauvegarde d’un savoir-faire d’excellence — celui de l’inventeur du Marron Glacé — mais aussi la capacité de la maison à protéger son héritage tout en se projetant dans le futur.

Sous l’œil de Victor Hugo et d’Émile Zola
Si Boissier émeut tant, c’est parce que ses produits sont chargés de littérature. En poussant la porte de la maison, on marche dans les pas de Victor Hugo, d’Alexandre Dumas fils ou d’Émile Zola. Les Frères Goncourt eux-mêmes ne manquaient pas de citer ces douceurs dans leurs chroniques de la vie parisienne.
La Palme d’Or souligne cette dimension : Boissier n’est pas qu’une confiserie, c’est une archive sensorielle. Grâce à la reprise de 2000, ces noms illustres ne sont plus seulement associés à des souvenirs de bibliothèque, mais à des saveurs que l’on peut encore déguster aujourd’hui. La transmission, mot d’ordre de cette récompense, prend ici tout son sens : on transmet une recette, mais on transmet aussi une certaine idée de la France.
L’Audace de la modernité : Séduire les nouvelles générations
« Cette distinction nationale vient récompenser deux siècles de passion, mais aussi l’audace de réinventer la confiserie d’antan pour séduire une nouvelle génération », confie la Maison. Car le défi de Sylvie Douce et François Jeantet était double : restaurer le lustre d’antan sans transformer la maison en musée poussiéreux.
Aujourd’hui, Boissier rayonne par ses créations gourmandes contemporaines. Ses boîtes bleues iconiques, ses pétales de fleurs cristallisées et ses chocolats fins sont devenus les symboles d’un luxe artisanal qui refuse l’industrialisation à outrance. L’ancrage dans l’excellence artisanale est total, et la Palme d’Or vient saluer cette exigence qui fait la fierté de l’artisanat français.


Un Symbole pour l’Art de Vivre Français
La cérémonie au Sénat rappelle que la gastronomie est le plus doux des outils diplomatiques. En sauvant Boissier de l’oubli, ses repreneurs ont permis à la France de conserver l’un de ses plus précieux ambassadeurs.

C’est une victoire pour la culture, la défense de la francophonie et la protection du patrimoine. Boissier, avec sa Palme d’Or, entame désormais son troisième siècle d’existence avec la sérénité des maisons qui ont su traverser les tempêtes pour mieux briller sous le ciel de l’excellence française.
Véronique Spahis
