Après avoir passé huit mois, seul sur un atoll, Matthieu Juncker, biologiste marin, présente un film documentaire sur son expérience et ses recherches. Seul sur l’atoll, journal d’un naufragé volontaire, réalisé par Jérôme Raynaud, sera prochainement diffusé sur France 5.

« À contre-courant »
La mission de Matthieu Juncker prend le nom « À contre-courant ». Face à la routine du quotidien qu’il qualifie d’étouffante, Matthieu Juncker a décidé de prendre le contre-pied de ses habitudes, du monde connu et de la société de consommation. Son expédition est aussi la poursuite d’un rêve d’enfant : celui d’explorer. Il a voulu faire l’expérience de ses recherches : ne plus seulement étudier les menaces sur l’environnement et les espèces, mais aussi les voir de lui-même. Il a voulu aborder son travail d’une manière différente puisque, selon lui, les chiffres et les statistiques ne suffisent pas à faire changer les choses alors que « la sonnette d’alarme a déjà été tirée ». Le film est un moyen de susciter des émotions pour initier un mouvement de « prise de conscience par le cœur ».
Après environ deux années de préparation, Matthieu Juncker a enfin entrepris son voyage entre 2024 et 2025 sur l’atoll de 76 îles à l’est de Tahiti dans le Pacifique. Contrairement à un véritable naufragé, la mission de Matthieu Juncker ne visait pas à une expérience de survie mais bien à des recherches scientifiques. Il a donc emmené suffisamment de matériel pour pouvoir observer son environnement et mener ses recherches sans avoir à trop se soucier des besoins primaires comme boire et manger. La préparation pour cette expédition n’était pas seulement matérielle (pelle, hache, balises, matériel audiovisuel). Matthieu Juncker s’est également « formé » à la construction de cabanes ou aux soins aux côtés de professionnels et d’habitants locaux.

Une expérience solitaire ?
Bien que parti seul, Matthieu Juncker affirme que qualifier l’atoll d’inhabité n’est pas tout à fait juste. Au contraire, il nous dit qu’il est peuplé par des milliers d’oiseaux et qu’il a une vie sous-marine très riche.
« À contre-courant » est une expédition qui donne une place importante au quotidien de Matthieu Juncker, qui a passé 240 jours sur l’atoll. Il devait dessaler l’eau de mer pour boire, entretenir sa cabane pour avoir un abri, et pêcher pour se nourrir. Habitué à plonger avec les requins ou à pêcher la langouste, Matthieu Juncker explique que ces acquis ne le sont pas réellement sur l’atoll. Les requins étaient attirés par sa pêche et il fallait rester prudent. La pêche des langoustes est une pratique du soir qui nécessite de se rendre au niveau du récif coralien, mais l’expérience n’est pas la même lorsqu’on est seul sur son embarcation. Matthieu Juncker a mis près de quatre mois avant de manger sa première langouste.
Il y a aussi une part importante d’exploration. L’atoll est un anneau de coraux au milieu duquel se trouvent un lagon et un ensemble d’îlots connectés par des bancs de sable ou indépendants les uns des autres. Matthieu Juncker a pu en explorer près de 60 grâce à son voilier-pirogue, qui lui a permis de cartographier les espèces présentes sur les îlots. Ces explorations de l’atoll ont fait voler en éclats plusieurs de ses certitudes scientifiques et personnelles. La durée de vie des Titis, espèce d’oiseau, est estimée à quatre ou cinq ans, mais Matthieu Juncker a observé des Titis bagués en 2010. D’un point de vue personnel et philosophique, il a réalisé qu’il est difficile de s’épanouir lorsqu’on est seul et isolé de tout.
Protéger
La vie sur l’atoll a permis à Matthieu Juncker d’observer les menaces auxquelles cet environnement naturel fait face. Il évoque l’importance de préserver les coraux qui permettent la formation de sable pour les îlots sur lesquels des espèces d’oiseaux comme le Titi vivent. Sur la période où Matthieu Juncker se trouvait sur l’atoll, il y a eu une vague de canicule marine en 2024 qui a fortement accéléré le blanchiment des coraux. Matthieu Juncker explique que 30% des coraux qu’il a pu observer sont morts. Le Titi est également menacé par la présence de rats introduits par l’homme sur l’atoll et qui se reproduisent de manière exponentielle. Les menaces écologiques pour l’atoll résident aussi dans les déchets plastiques qui s’y échouent.
Dans le cadre de ces constatations, « À contre-courant » va donner lieu à un film intitulé Seul sur l’atoll, journal d’un naufragé volontaire, ainsi qu’à des publications scientifiques portant sur les Titis et en lien avec la vague de canicule marine de l’été 2024. Selon Matthieu Juncker, la population des Titis aurait baissé de 60% entre 2003 (185 Titis) et 2024 (65 Titis). Son expédition permet également de mettre en avant des actions de dératisation des îlots de l’atoll et de valorisation de la faune et de la flore par des panneaux informatifs.
Salomé Raucoule
Seul sur l’atoll, journal d’un naufragé volontaire
Réalisation : Jérôme Raynaud ; Production : Galatée Films – Prochainement sur France 5
