Prix Gisèle Halimi 2025 : Natacha Appanah récompensée pour La nuit au coeur

La troisième édition du prix littéraire féministe rendant hommage à Gisèle Halimi a récompensé Natacha Appanah pour son ouvrage La nuit au coeur, paru aux éditions Gallimard. Aux côtés de Maud Halimi, petite-fille de la défunte avocate, Samia Maktouf, présidente du jury et avocate aux barreaux de Paris et de Tunisie, et Louis Degos, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Paris, ont remis la distinction à l’auteure lors d’une cérémonie au Quai d’Orsay le lundi 16 mars. Une dotation de 3.000 euros est attachée au prix.

Figure de proue du mouvement féministe français, l’avocate franco-tunisienne Gisèle Halimi s’est éteinte en 2020. Son engagement pour la cause des femmes, lui, reste bien vivant. Homme de droit, elle est devenue une allégorie de la lutte féministe ; vaisseau amiral vers lequel on se tourne pour se demander si cette « grande cause nationale », dixit Emmanuel Macron, vogue toujours vers son objectif premier : le combat pour la liberté.

Une avocate défend les causes par les mots. Quoi de mieux donc qu’un prix littéraire pour récompenser un travail qui fait une place centrale au courage et à la force des femmes, engagées dans cette lutte par l’utilisation du langage, matérialisation de notre pensée, reflet de nos mœurs ? Créé en 2023, le prix Gisèle Halimi a récompensé, pour son édition 2025, Natacha Appanah, auteure de La nuit au cœur (ed. Gallimard).

« Ce n’est pas juste »

« C’est une littérature qui prend position », exprime Louis Degos, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Paris, au moment de remettre le prix à la lauréate. Des mots justes : ceux-là même qui participent à l’évolution de la société. « Les livres ouvrent des chemins que le droit consacre par la suite », souligne le Bâtonnier, conférant ainsi une téléologie profonde au prix ; une exégèse propre, comme celle dont le droit aime à s’emparer pour borner son action.

Déjà récompensée du Prix Femina ainsi du Renaudot et du Goncourt des Lycéens, Natacha Appanah s’est vue au Quai d’Orsay à nouveau couverte d’éloges pour son écriture qui « donne la rage », comme le souligne Julie Couturier, Présidente du Conseil national des Barreaux et membre du jury. Le livre nous plonge dans l’enfer des violences intra-familiales « qui ne sont pas de simples faits divers mais des drames ». Un féminicide conjugal est au cœur de ce roman-témoignage poignant.

Emue, Natacha Appanah a rappelé le « sentiment d’injustice » qu’elle a ressenti dès son plus jeune âge lorsqu’elle s’est rendu compte qu’elle était une petite fille, c’est-à-dire une personne défavorisée, dévalorisée par rapport à ses homologues masculins. « J’ai croisé un jour Gisèle Halimi dans la rue. Je n’ai pas osé lui adresser la parole. Remporter aujourd’hui ce prix, c’est lui délivrer le message que j’aurais souhaité lui glisser en l’abordant : « ce n’est pas juste ».

Gabriel Moser.

La nuit au coeur, paru le 21 août 2025 aux éditions Gallimard. 288 pages. 21euros