La sixième édition des Mesnographies, festival de photo aux Mesnuls (78)

Du 6 juin au 19 juillet 2026 se déroule aux Mesnuls la sixième édition du festival de photographie « les Mesnographies » organisée dans le parc municipal par Claire Pathé, photographe et directrice artistique, qui a rassemblé pour l’occasion 22 artistes de 15 nationalités différentes pour faire dialoguer leurs travaux. Cette année, le focus des Mesnographies nommé « Je te crois » porte sur l’inceste et présente les témoignages de sept photographes ayant répondu à un appel à candidature.

Le choix de ce thème pris par Claire Pathé, en partenariat avec la Fondation Enfants Kintsugi, est né de l’urgence de montrer ces violences taboues que l’on a trop longtemps refusé de voir. C’est un sujet courageux mais qui ne devrait pas l’être tant il est nécessaire de protéger les enfants victimes de maltraitance.

Les sept artistes sélectionnés pour répondre au focus sont Maëva Benaïche, Mathis Benestebe, Juliette-Andréa Elie, Sergio Melendez, Virginia Morini, Lucie Sassiat et Mika Sperling. Ils nous ont fait honneur de leur présence pour nous présenter leur travail s’articulant autour de l’enfance, du souvenir et de la violence. L’acte n’est pas montré, c’est avec une grande délicatesse que les photographes nous montrent plutôt les traces, le traumatisme, ce qu’il reste après la violence.

La délicatesse ne censure pas le propos mais l’amène au contraire aux spectateurs et spectatrices avec beaucoup d’esprit. L’exposition nous évoque beaucoup d’émotion et de compassion, elle est un merveilleux moyen d’ouvrir les yeux du public sur un sujet resté trop longtemps impuni.

Parmi les sept photographes, on retrouve le fabuleux travail de Juliette-Andréa Elie qui documente son chemin pénible vers la guérison de ses blessures dans un travail photographique empreint de poésie qu’elle a nommé « Home is where it hurts ». Dans des couleurs pastel, elle montre les traces du traumatisme à travers des détails : des photos du jardin de l’hôpital, de la moquette rose, de la moisissure. Juliette-Andréa Elie dit elle-même que sa mémoire a « préféré garder le moisi, le rose, mais le visage d’un frère agresseur, non. ».

Elle montre aussi beaucoup dans ses photos des chardons, accrochés à la peau, à des endroits du corps inaccessibles, à l’image du traumatisme lié à des souvenirs qui ne lui appartiennent plus.

Lucie Sassiat, quant à elle, effectue avec son travail « Cartographie de l’indicible » une enquête sur sa propre vie. Elle cherche à recoller les morceaux et photographie ce qu’elle appelle des « preuves muettes » de ce qu’elle a vécu en s’appuyant sur des flashs répétitifs comme un fauteuil, l’eau de Cologne, la cigarette ou les mains. Elle dresse ainsi le portrait de l’agresseur dans sa banalité et les conséquences de ses actes, elle révèle cette douleur cachée à travers l’étrangeté du réel.

Dans cette même démarche d’enquête, Mathis Benestebe partage son expérience de l’amnésie dissociative, ce mécanisme de défense qui advient lors d’un évènement traumatique. Son travail « Black-out » prend l’apparence de photos d’objets liés à l’enfance sous lumière ultraviolette, comme sur une scène de crime où l’on cherche les traces de ce qui a eu lieu. L’acte est inaccessible à la mémoire et Mathis Benestebe s’efforce de mener une enquête pour retrouver des réponses, à travers les traces laissées.

Les photographies de chaque artiste qui composent le focus sont des actes de résistance, mus par le désir de ne plus se taire face à l’omerta qui occulte le sujet de l’inceste. Pour poursuivre son engagement dans cette cause, une table ronde a été organisée afin que des victimes puissent prendre la parole, pour débattre mais aussi pour échanger autour des engagements à mener, du déni et du manque de protection et des impunités persistantes.

Les Mesnographies poursuit aussi son engagement dans la lutte pour l’écologie en exposant des artistes traitant du changement climatique et de ses conséquences dans la section « Le jardin n’est pas clos ». Cette section est un espace de réflexion sur l’avenir de notre planète, de nos territoires et de nos vies, à travers le regard de photographes du monde entier, de l’Australie au Texas en passant par l’Espagne, mettant en lumière le fait que nous sommes tous concernés par la cause climatique et que personne n’en est épargné.

Claire Pathé a donc fait appel à plusieurs photographe extrêmement talentueux qui ont su s’approprier cette problématique pour la transformer en travaux fabuleux. On peut citer notamment Marjolijn de Groot, une photographe néerlandaise qui, dans sa série photographie « Héritage » réutilise les déchets comme des costumes qui s’intègrent avec des éléments naturels comme l’eau, la peau, les plantes, la terre, le bois, la pierre… Cette série cherche à nous faire se questionner sur nos modes de consommation et notre relation avec les objets que nous produisons, achetons, et abandonnons.

Une autre photographe remarquable de la section « Le jardin n’est pas clos », pour n’en citer que quelques-uns, est Caroline Ruffault qui, en résidence à Marfa, Texas, a travaillé sur la série photographique « The Sky is Bigger inTexas ». Elle convoque les codes du road-trip et du cinéma hollywoodien voir du western pour interroger la dépendance à la voiture, notamment aux Etas-Unis. Caroline Ruffault expose les transformations du territoire texan dû aux constructions des routes, aux puits de pétroles et aux sites d’extractions. Dans ses images qui semblent rongées par l’acide, elle met alors en lumières nos contradictions en superposant nos imaginaires, les images que nous « consommons », avec l’envers du décor et la réalité de la destruction de ces paysages.

Claire Pathé choisit d’intégrer dans son exposition, comme chaque année, les luttes essentielles de notre société actuelle. A travers ses engagements, le parc des Mesnuls devient un espace de remise en question et de réflexion dans lequel nous sommes incités à ouvrir notre regard au monde.

Elisa Camus

du 6 juin au 19 juillet 2026

Parc municipal de Les Mesnuls, 13 Grande Rue, 78490 Les Mesnuls

Du lundi au dimanche – Exposition gratuite ouverte à toutes et tous