Quand Rennes revisite l’Affaire Dreyfus

A Rennes où se tint son second procès, le musée de Bretagne rouvre ses portes à Alfred Dreyfus, à sa résistance héroïque face à une conspiration d’Etat, dans un moment d’histoire et de mémoire qui nous relie

                              « La vérité est en marche, et rien ne l’arrêtera ». Émile Zola

L’exposition permanente labellisée « exposition d’intérêt national » par le ministère de la Culture, met en lumière les enjeux majeurs du procès et ses échos contemporains : vérité, justice, antisémitisme, contexte sociétal ainsi que le rôle majeur de la presse dans la construction de l’opinion.

L’affiche est réalisée par le muraliste Jef Aérosol, à partir du portrait iconique d’Alfred Dreyfus. Une image pochoirisée sur laquelle l’artiste a accentué les zones d’ombre et de lumière afin de donner un aspect plus contemporain au portrait.

Le visiteur découvre sur un petit espace de 200 m2, un fonds véritablement exceptionnel et très varié de documents et d’objets, constitué dès 1899, enrichi depuis 1978 des dons de Jeanne Levy, fille d’Alfred et Lucie Dreyfus, de la famille, et d’achats sur le marché de l’art. L’exposition propose un dispositif audiovisuel inédit extrêmement passionnant, projette des photographies de l’époque, des extraits des films.

On découvre la vie rennaise, celles de classes bourgeoises, des paysans, des employés, la vie des casernes et la présence de l’Eglise qui ponctue encore profondément la vie sociale. S’ajoute un parcours enquête destiné aux plus jeunes.

« L’affaire du siècle » a structuré durablement la France en deux camps irréconciliables

L’exposition met en lumière une part de la personnalité méconnue et touchante d’Alfred Dreyfus. Il fut un époux tendre et attentionné, un père aimant et protecteur, un combattant endurant dans l’épreuve qui brisa son honneur. Il eut une enfance heureuse dans une famille unie de la bourgeoisie de Mulhouse. Ses parents sont implantés depuis des générations en Alsace, ils possèdent une usine de filature prospère, offrant à leurs enfants une éducation soignée. Alfred se sent humilié par la victoire de l’Allemagne en 1870 et décidera de s’engager dans l’armée pour venger la France pour laquelle ses parents ont opté au moment du choix décisif de l’abandon de l’Alsace à l’ennemi.  

C’est un homme droit, un soldat qui faisait honneur à son pays qui fut sacrifié. Le bonheur d’une famille qui fut anéanti.

Lucie, apparait comme une épouse intelligente, sortie de l’invisibilité malgré elle – c’était la condition féminine de l’époque -, forte dans la tempête, tenant à bout de lettres échangées le moral d’Alfred, et protégeant ses enfants Pierre et Jeanne de la tourmente.

A cet égard, la correspondance est une lecture incontournable pour comprendre le drame intime qui s’est joué. De grande qualité littéraire, d’une langue de rare beauté, ces échanges ont constitué un lien très infime mais extraordinairement puissant entre les deux époux broyés par une machination indigne de la République.

 

En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, jeune officier stagiaire à l’état-major, est arrêté pour haute trahison sur ordre du général Mercier, ministre de la Guerre. Les livres d’histoire en ont abondamment commenté les motifs : Il est découvert au ministère une missive déchirée, non datée et non signée adressée à l’attaché militaire allemand en poste à l’ambassade d’Allemagne, Max von Schwartkoppen ; elle laisse sous-entendre qu’un officier français livre des renseignements à l’empire allemand. Tous les soupçons se portent sur ce jeune officier alsacien, qui a le tort de savoir parler allemand. Un coupable idéal dans un contexte de crise identitaire et d’humiliation politique. Un coupable convoqué sans explication au motif d’une inspection, mis au cachot, privé de communication, dont la famille n’aura de nouvelles et d’explications que deux mois plus tard…

Il est jugé, condamné le 22 décembre 1894 à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée à l’Ile du Diable en Guyane et destitué de son grade. Il forme aussitôt un pourvoi en révision qui est rejeté le 31 décembre 1894.

Le malaise de l’armée française, nœud de l’affaire Dreyfus

La défaite de 1870 est un traumatisme majeur pour la population française et plus encore pour l’armée qui va connaître des mutations profondes : l’Etat entreprend, par souci de démocratisation, de former des officiers républicains, compétents, issu d’écoles modernes comme Polytechnique. Ces jeunes officiers sélectionnés sur le mérite sont perçus comme des concurrents aux officiers sortis de Saint-Cyr, nommés par relation et appartenant à l’ancienne génération.  

Alfred Dreyfus, alsacien, polytechnicien, artilleur, intellectuel très brillant, socialement et financièrement privilégié, incarne pleinement cette nouvelle classe d’officier. Il est aussi israélite, c’est-à-dire français de religion juive. Le haut commandement de l’armée de tradition monarchiste, anti-républicaine était particulièrement perméable au climat antisémite qui progressait en France. Il ne cache donc pas son hostilité à l’arrivée d’officiers juifs ; il n’est qu’un pas pour voir en Dreyfus un traitre.

Dans le même temps, une nouvelle activité est de contre-espionnage apparait au travers de la Section de Statistiques, qui consiste à récupérer des renseignements et à intoxiquer l’ennemi potentiel avec de fausses informations.

La presse en roue libre, se déchaîne

Dans ce contexte de revanche, la presse, libre depuis la loi du 29 juillet 1881, alimente un nationalisme des plus extrêmes depuis le traumatisme de l’annexion de l’Alsace et de la Moselle à l’Allemagne. Un théâtre de crises – l’affaire Boulanger, le scandale du Panama – agite l’ensemble des publications, avide de fausses informations et de sensationnel, nos « fakes news » modernes.  L’antisémitisme se déchaîne, attisé par des organes influents, dont « La Libre Parole », chef d’orchestre d’une très violente campagne de diffamation.

Le dessin de presse connait son envol, les caricatures fleurissent et infusent un poison visuel et mental sur l’affaire. Malgré un scandale d’Etat qui peu à peu se dessine, cette presse grossit et construit l’opinion publique, enivrée par la découverte de sa propre capacité d’influence.  

L’annonce d’un second procès

Au bout de cinq ans de captivité et d’isolement complet – la correspondance avec Lucie n’était autorisée que dans la mesure où il ne serait jamais fait mention des événements – ,  le capitaine Dreyfus  découvre  enfin l’atmosphère politique, médiatique et intellectuelle qui sévit en Métropole  : Acquittement du véritable coupable, le commandant Walsim Esterhazy en 1898,soutenu par le commandant Henry qui avait prétendu avoir découvert un « dossier secret » compromettant, l’enquête à charge menée par Paty de Clam,  l’engagement du lieutenant-colonel Picquart, qui dès 1896 découvre la fabrication du faux en écriture, la résistance de l’Etat-Major qui refuse de reconnaître les faits – pour sauver son honneur – et fait muter entre-temps Picquart en Tunisie, la mobilisation de la Famille Dreyfus qui sollicite en 1897 l’aide de Georges Clémenceau , et enfin  l’engagement de l’écrivain Emile Zola qui publie son célèbre «  J’accuse…  !  », le 13 janvier 1898 à la une de L’Aurore.

Zola, épris de l’idéal de justice, fidèle à l’esprit des Lumières, dénonce les principaux responsables militaires du « crime de lèse-humanité » commis contre Dreyfus. La France se déchire : les uns crient à la justice, les autres à la trahison. Des caricatures odieuses se déversent à l’encontre des dreyfusards.

Depuis son bagne de malheur, logé et lourdement isolé dans une case de pierre de quatre mètres sur quatre, étant avec ses gardiens le seul habitant de l’île, on informe alors Dreyfus que la Cour de cassation annule sa condamnation et que l’Armée doit donc à nouveau le juger, cette fois devant le Conseil de guerre de Rennes.

Avec sa caserne militaire et sa tradition catholique, la capitale bretonne entretient la réputation d’une ville austère et conservatrice. Rennes est donc choisie pour accueillir le second procès Dreyfus, où l’on espère des débats apaisés. A l’inverse, les tensions seront très vives pendant les trois semaines du procès, le camp débridé de l’antisémitisme partant à l’assaut des défenseurs du capitaine injustement accusé.

A Rennes, l’affaire du siècle tient une place particulière : un rendez-vous médiatique et intellectuel de portée inédite

Le second procès, sous pression médiatique, eut lieu au lycée de Rennes aujourd’hui Emile Zola, conçu par l’architecte Jean-Baptiste Martenot et choisi pour sa proximité avec la prison. Plus spacieux que la prison militaire de Rennes, il permit d’accueillir du 1er juillet 1899, date d’arrivée d’Alfred Dreyfus en détention, jusqu’au 9 septembre, date de sa nouvelle condamnation, plus de cinq cents personnes en salle d’audience, munies de cartes d’accès dont 205 journalistes. Parmi eux, 87 travaillent pour des journaux étrangers, 64 pour la presse parisienne. Les autres exercent pour la presse régionale, les périodiques ou les journaux illustrés. L’événement devient international.

Les photographes ne sont acceptés qu’à la première audience. Ils vont donc photographier ce qui se passe en « off ».

L’arrivée de Lucie Dreyfus à la gare le 29 juillet, qui sera importunée quotidiennement par la meute des journalistes.

La foule qui traque et espère voir arriver Dreyfus de sa prison, grimpant sur les terrasses des maisons (certaines devenues payantes pour l’occasion), les promontoires. Tout est propice au voyeurisme.

Des personnalités célèbres, des journalistes : Le socialiste Jean Jaurès, « venu en camarade », Victor Basch et sa femme Hélène, l’universitaire qui œuvra pour la création de la Ligue des droits de l’homme et qui anima la section de Rennes avec Georges Dottin, agrégé de la faculté des lettres de Rennes,  Maurice Barrès venu assister au procès.

Mathieu Dreyfus, frère d’Alfred, Bernard Lazare le journaliste et poète, Georges Picquart, Georges Courteline, Octave Mirbeau, la comédienne Réjane en tournée en Bretagne, et bien d’autre encore.  Les temps morts du procès leur donnent le loisir de visiter les plages de Dinard et Saint-Malo en train. D’autres se rafraichissent dans les allées ombragées du parc du Thabor, en centre-ville.

Enfin, les avocats Edgar Demange et Labori pour la défense sont aussi la proie des objectifs… et des quolibets. Une effervescence a envahi la ville, suspendue au verdict. Du « Tout-dreyfusisme » aux plus farouches adversaires.

Le café de la Paix devient le lieu de convivialité de tous les journalistes présents, des personnalités politiques, des syndicalistes, des curieux, des badauds. C’est là que le soir du 9 septembre, au moment du délibéré, une émeute menée par les antidreyfusards va éclater.

Au centre de Rennes, le Palais du commerce abrite le bureau de poste central. Une véritable ruche pendant les trois semaines de procès : des milliers d’appels téléphoniques sont passés ; des envoyés spéciaux communiquent avec les journaux du monde entier ; les « dames télégraphistes » travaillent onze heures par jour ; des ingénieurs surveillent la bonne marche de la télégraphie qui a fait des progrès tels, que des dépêches arrivent et partent sans discontinuer.

Au total, 5 780 000 mots sont envoyés durant le procès, et le jour du verdict, 3 000 télégrammes sont diffusés depuis Rennes.

Ancêtre de l’actuel Ouest- France, le journal de l’époque L’ouest- Eclair vient juste d’être fondé le 2 août, 5 jours avant le début du procès. Le journal par la voie de son fondateur et éditorialiste Emmanuel Desgrées du Loû est clairement antidreyfusard et antisémite. Il est un acteur local très influent.

Des faits divers antisémites

Le 14 août, Fernand Labori, qui contrairement à son confrère Demange, plus prudent, exaspère la presse antidreyfusarde, est victime d’une tentative d’assassinat. Il est blessé par balle dans le dos… On entend très vite la rumeur insinuer qu’il y a une orchestration du camp dreyfusard, et même que Labori aurait joué la comédie … Les passions sont à leur comble.

Les antidreyfusards sont nombreux à Rennes. Ils battent le pavé Place de la Mairie au son de chants antisémites, agressent un opticien juif dans sa boutique sous les arcades de l’Opéra, conspuent les « bourgeois et les capitalistes » lors de fréquentes manifestations. Des patrouilles arpentent la ville pour empêcher des rixes, qui ont pourtant bien lieu, rue de Fougères, rue de Robien, devant le Parlement de Bretagne, sur le Quai de Richemont. La procession du 15 août sera annulée, pour préserver l’ordre public.

Le quotidien à Rennes à la fin du 19è s

Du 7 août au 9 septembre, les Rennais se rendent rituellement près du lycée, rue de la gare, aujourd’hui avenue Janvier, pour entrevoir le prisonnier, escorté par une double rangée de militaires à cheval. Certains fraternisent en leur offrant du cidre, il fait chaud… Ce sera l’occasion de proposer les locations improvisées à toute cette armada de visiteurs. Il y a inflations de petites annonces… Certains se plaignent que le prix des denrées augmente sur les étals du Marché des Lices

Les appareils photographiques crépitent tout le jour. Le soir, la presse va envoyer ses comptes-rendus, souvent déçue du manque de sensationnalisme : « On fait mieux au théâtre de l’Odéon », lit-on.

Les plaidoiries :  restaurer l’honneur d’un militaire et l’âme brisée d’un homme

Le colonel Albert Jouaust préside le conseil de guerre de Rennes. Il vote dignement pour l’innocence de Dreyfus, mais écarté juste après le procès, il ne sera pas nommé général. Il n’y aura que deux voix en sa faveur.

Edgar Demange, son avocat, célèbre pénaliste, a repris la défense. Aucun mobile sérieux – c’était la condition préalable à l’entrée del’homme de loi au procès – ne ressort dans le dossier d’accusation. Le jeune officier a désormais le soutien d’une moitié de l’opinion.

La défense veut laver l’outrage du 5 janvier 1895. La cérémonie de la dégradation s’était déroulée devant 20 000 parisiens dans la Cour Morlan de l’Ecole Militaire à ParisAlfred Dreyfus était escorté par quatre artilleurs jusqu’à un huissier qui lui lit le jugement. Alors qu’il clamait son innocence, un adjudant de la Garde Républicaine lui arrache ses insignes, les fines lanières d’or de ses galons, les parements de sa veste et termine en brisant son sabre.

Pour toucher les juges, au terme de sa plaidoirie, Demange lit les mots que Dreyfus a écrits dans son Journal en Guyane :

« Le 14 avril 1895. Je commence aujourd’hui le journal de ma triste et épouvantable vie. […]

J’étais décidé à me tuer après mon inique condamnation : être condamné pour le crime le plus infâme qu’un homme puisse commettre sur la foi d’un papier suspect dont l’écriture était imitée ou ressemblait à la mienne, il y avait certes là de quoi désespérer un homme qui place l’honneur au-dessus de tout.

Ma chère femme si dévouée, si courageuse m’a fait comprendre […] que cependant je n’avais pas le droit de l’abandonner.

Je me suis dit qu’elle avait raison, que là était mon devoir. Mais, d’autre part, j’avais peur ; oui, peur des horribles souffrances morales que j’aurais à endurer. Physiquement, je me sentais fort, ma conscience nette et pure me donnait des forces surhumaines ; mais les tortures morales et physiques ont été plus terribles que ce que j’attendais même et aujourd’hui je suis brisé de corps et d’âme. »

Demange poursuit et conclut: 

« Voilà deux jours que je vous impose ma parole. Vous allez entrer dans la chambre de vos délibérations, et alors là qu’allez-vous vous demander ?

Si Dreyfus est innocent ? Non, je l’atteste, moi, son innocence, mais vous n’avez qu’à vous demander, vous, s’il est coupable. Et quand, après avoir entendu une défense, impuissante assurément à faire la lumière complète, […] vous vous direz :

Nous ne savons pas ! Un autre aurait pu trahir ; mais lui, non, non, il y a des choses qu’il n’a pu commettre. […] Ce doute, messieurs, me suffit. Ce doute, c’est un acquittement. Ce doute, ah ! il ne permet pas à des consciences honnêtes, loyales, de dire que cet homme-là est coupable.

Messieurs, je ne demande qu’une chose […], jetez un regard en arrière, rappelez-vous ce qu’il a été à l’île du Diable. Souvenez-vous que pendant cinq ans cet homme a subi les souffrances les plus horribles, les tortures les plus cruelles, il n’a pas eu une minute, entendez-vous, de solitude. Jour et nuit un gardien, jour et nuit, l’interdiction absolue de prononcer un mot ! » (Cité par Edgar Demange, 8 et 9 septembre 1899, conseil de guerre de Rennes, in « Le Procès Dreyfus », t. 3, P.-V. Stock Éditeur, 1899).

Un verdict incompréhensible

 

Le 9 septembre, le verdict tombe ; Dreyfus est de nouveau déclaré coupable, malgré l’absence réitérée de preuves, condamné à 10 ans de réclusion avec « circonstances atténuantes ». Bien curieux verdict qui ménage l’armée, celle-ci sachant que le Président de la République, Emile Loubet allait gracier le capitaine Dreyfus quelques jours après, le 19 septembre.

A la fin du procès, Rennes voit tous les acteurs présents rentrer chez eux, s’engouffrant dans le premier train. Pour finir, l’éditorial du Petit Rennais se félicite de ce que « la capitale bretonne va pouvoir redevenir la petite ville calme que tout le monde apprécie et recommencer à s’occuper de choses sérieuses ».

Le 12 juillet 1906, Alfred Dreyfus est enfin reconnu innocent, réintégré dans l’armée avec le grade de commandant et nommé chevalier de la Légion d’honneur.

En 1908, des anti-dreyfusards de l’extrême droite s’offusquent de l’entrée des cendres d’Émile Zola au Panthéon. La cérémonie est interrompue par des coups de feu : le capitaine Dreyfus est visé. L’auteur est Louis Grégori, un journaliste nationaliste, militariste et antisémite, proche d’Edouard Drumont. Il expliquera, au cours de son procès, qu’il avait voulu tirer non pas sur Dreyfus, mais sur le dreyfusisme. Son acquittement sera vécu comme un désaveu de la réhabilitation de 1906. Les colères n’étaient pas encore apaisées.

Alfred Dreyfus, fut mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, en tant que chef d’escadron d’artillerie de réserve. Il participe aux combats du Chemin des Dames et de Verdun. En septembre 1918, il est élevé au grade de lieutenant-colonel et, le 9 juillet 1919, promu officier de la Légion d’honneur.

Il s’éteint12 juillet 1935, entourés des siens. Il est inhumé au cimetière du Montparnasse le 14 juillet 1935.

La postérité, la reconnaissance d’un magistère moral de la presse dreyfusarde et des intellectuels engagés

Le 12 juillet 2006, le président Jacques Chirac rend hommage au capitaine Alfred Dreyfus dans la cour de l’École militaire, cent ans après sa réhabilitation. Il souligne que la presse a gagné ses propres galons, en devenant un acteur essentiel du jeu démocratique :

« La presse qui a su endosser le rôle de contre-pouvoir, un rôle indispensable en démocratie. L’élite de la République, professeurs, savants, écrivains, ceux que depuis lors, on appelle les « intellectuels », ont pour la première fois exercé ce magistère moral qui marquera le siècle. » Une certaine presse fut exemplaire, l’autre se compromit. L’héroïsme d’Alfred Dreyfus fut de croire indéfectiblement en la justice et en la démocratie. Un pacte d’honnêteté qu’il noua au plus profond de sa conscience.

En 2026, actant la loi du 17 novembre 2025 élevant Alfred Dreyfus au grade de général de brigade, la ville de Rennes modifie la plaque de rue du Capitaine Dreyfus, rappelant qu’il fut injustement condamné, réhabilité par la République.

L’affaire Dreyfus fut une page très sombre de notre histoire, le musée de Rennes ne se lasse pas de lui rendre hommage. Les lycéens du lycée Emile Zola ont joué en mars 2026 une pièce de théâtre à partir des minutes du procès. Un moment fort de reconnaissance.

Aujourd’hui, la famille Dreyfus poursuit le combat, espère la panthéonisation, en discussion à la Présidence de la République. Ainsi que le dit la troisième arrière-petite fille de Dreyfus, « il faut abolir la distance et donner une âme au personnage historique ».

« Aujourd’hui encore, cette décision judiciaire est significative parce qu’elle a préféré « l’honneur » d’un corps à l’innocence d’un homme. Elle illustre jusqu’à quelle dégradation morale peuvent conduire l’antisémitisme et le racisme. » Robert Badinter                                

Corinne Grand

Le musée de Bretagne aux Champs libres, 10 cours des Alliés 35000 Rennes

Entrée libre, du mardi au vendredi de 12h à 19h. Samedi et dimanche de 14h à 19h. Fermé le lundi et jours fériés