Du 15 septembre 2026 au 31 janvier 2027, le musée d’Orsay consacre une exposition exceptionnelle à Auguste Bartholdi et à son œuvre la plus célèbre, La Liberté éclairant le monde. Présentée avec la collaboration exceptionnelle du musée Bartholdi de Colmar, l’exposition revient sur la genèse, la conception, la fabrication et le rayonnement d’un monument devenu l’un des symboles les plus reconnaissables au monde.
À cette occasion, le musée propose également une expérience en réalité virtuelle, Une Statue pour la Liberté – Le rêve de Bartholdi, de Paris à New York, qui permet au visiteur de pénétrer au cœur de cette aventure artistique, humaine et technologique.
Un monument né d’un rêve franco-américain
Aujourd’hui associée à New York et aux États-Unis, la Statue de la Liberté est pourtant née à Paris, dans l’imagination d’un sculpteur alsacien profondément attaché à la France.
Auguste Bartholdi grandit à Colmaravant de rejoindre Parisavec sa famille. Très tôt attiré par la sculpture monumentale, il développe une œuvre nourrie par les voyages, l’histoire et les bouleversements politiques de son époque. Son ambition prend une dimension internationale lorsqu’il imagine un monument destiné à célébrer l’amitié entre la France et les États-Unis. Le projet s’inscrit dans les réflexions de son ami Édouard Laboulaye, juriste, historien et défenseur des libertés publiques.
Initialement envisagée pour commémorer le centenaire de l’Indépendance américaine en 1876, La Liberté éclairant le monde sera finalement inaugurée dix ans plus tard, le 28 octobre 1886, dans la baie de New York.Entre-temps, Bartholdi devra convaincre, trouver des financements, mobiliser des soutiens et résoudre des problèmes techniques qui paraissent alors presque impossibles à surmonter.
De Suez à New York : la naissance d’une icône
L’exposition révèle notamment un aspect moins connu de l’histoire de la Statue : ses liens avec un projet conçu pour l’Égypte. Lors de ses voyages, Bartholdi s’intéresse aux monuments colossaux de l’Antiquité. En 1869, il présente au vice-roi d’Égypte, Ismaïl Pacha, un projet de statue-phare destinée à l’entrée du canal de Suez. Le projet n’aboutira pas, mais l’idée d’une figure féminine monumentale tenant un flambeau va continuer à évoluer dans son imagination.
Quelques années plus tard, cette silhouette devient l’allégorie de la Liberté que le monde entier connaît. Le parcours de l’exposition permet ainsi de suivre la transformation progressive de cette idée : des premières esquisses aux maquettes, puis à la construction monumentale.
Parmi les quelque 100 œuvres présentées, figurent notamment des sculptures, dessins, gravures, photographies, peintures, vitraux et objets provenant en particulier des collections du musée Bartholdi de Colmar.
Une véritable stratégie de communication avant l’heure
L’un des aspects particulièrement fascinants de l’exposition concerne la manière dont Bartholdi et ses soutiens ont fait connaître le projet avant même son achèvement. La construction de la Statue de la Liberté constitue en effet une véritable aventure médiatique.
L’Union franco-américaine organise une campagne de souscription des deux côtés de l’Atlantique. La presse illustrée, la photographie, les reproductions miniatures et les expositions universelles
deviennent autant d’outils pour populariser le projet et recueillir des fonds. En 1876, à l’occasion de l’Exposition universelle de Philadelphie, le public américain peut notamment découvrir le monumental bras tenant le flambeau. La Statue existe alors déjà dans l’imaginaire collectif, alors même qu’elle n’est pas encore achevée.
Cette dimension est particulièrement intéressante à l’heure actuelle : Bartholdi avait compris avant l’heure que la puissance d’une œuvre monumentale dépend aussi de sa capacité à créer une image, à susciter l’adhésion et à circuler dans les médias.
Paris, immense atelier de la Liberté
Entre 1881 et 1884, la Statue prend progressivement forme dans les ateliers de Gaget, Gauthier & Cie, à Paris. La fabrication constitue l’un des grands moments du parcours. Haute de 46 mètres, la statue ne pouvait être réalisée en bronze en raison de son poids. Bartholdi et ses collaborateurs choisissent donc le cuivre repoussé, constitué de plaques extrêmement fines, fixées sur une structure métallique intérieure.
Après la disparition de l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, l’ingénieur Gustave Eiffel intervient sur la conception de cette structure. L’exposition met ainsi en lumière une rencontre spectaculaire entre sculpture, architecture, ingénierie et savoir-faire artisanal.
Photographies et documents d’époque témoignent de l’ampleur du chantier parisien. Dans les ateliers, plusieurs centaines d’ouvriers, artisans et compagnons participent pendant plusieurs années à la réalisation du monument. Une image particulièrement saisissante montre la Statue assemblée à Paris, dominant les toits de la capitale avant son départ pour l’Amérique.
Une Statue pour la Liberté : entrer dans l’œuvre grâce à la réalité virtuelle
L’exposition est prolongée par une expérience immersive de près de 700 m², conçue par GEDEON Experiences, en coproduction avec BackLight, le musée d’Orsay et VIVE Arts, avec la participation du musée Bartholdi. Baptisée Une Statue pour la Liberté – Le rêve de Bartholdi, de Paris à New York, elle propose une déambulation de 50 minutes, dont 35 minutes en réalité virtuelle.
Le visiteur est transporté successivement dans plusieurs lieux et époques : le salon d’Édouard Laboulaye, les inspirations de Bartholdi, l’Exposition universelle de Philadelphie, les ateliers parisiens de Gaget, Gauthier & Cie, puis New Yorkau moment de l’inauguration.
Réalisée à partir de recherches historiques, de plans, photographies, cadastres et archives, cette reconstruction permet de retrouver virtuellement un lieu essentiel de l’histoire de la Statue.
Près de six cents ouvriers, artisans et compagnons y auraient travaillé pendant quatre années. Le visiteur peut ainsi mesurer concrètement la démesure du chantier.
Une esthétique inspirée de la peinture
L’expérience ne cherche pas à reproduire le réel de manière photographique. Sa direction artistique privilégie au contraire un rendu pictural, créé directement dans l’espace virtuel grâce au logiciel Quill. Les décors sont littéralement « peints » en trois dimensions. Cette approche donne à l’expérience une identité visuelle singulière, entre peinture, animation et théâtre immersif.
Les personnages historiques – Bartholdi, Eiffel, Laboulaye ou encore Joseph Pulitzer – sont eux-mêmes inspirés par les documents et photographies de l’époque. La technologie devient ainsi un
moyen de faire revivre un patrimoine disparu tout en conservant une dimension artistique.
De Bartholdi à Pulitzer : une aventure collective
La Statue de la Liberté n’est pas seulement l’histoire d’un artiste. Elle est aussi celle d’une multitude d’acteurs : sculpteurs, ingénieurs, ouvriers, journalistes, mécènes, citoyens français et américains. Lorsque la Statue arrive à New York, le financement du piédestal n’est toujours pas assuré. Le journaliste Joseph Pulitzer mobilise alors les lecteurs de son journal, The New York World, et lance une vaste campagne de souscription populaire.
Plus de 120 000 donateurs participent au financement, permettant de réunir les fonds nécessaires à l’achèvement du piédestal. Cette histoire rappelle que le monument est également le résultat d’une mobilisation citoyenne et médiatique exceptionnelle.
Une œuvre devenue symbole universel
Le 28 octobre 1886, la Statue de la Liberté est inaugurée à New York en présence du président américain Grover Cleveland. Elle devient rapidement un symbole majeur des États-Unis, mais son histoire conserve une profonde dimension française.
L’exposition du musée d’Orsay permet précisément de revenir sur cette histoire franco-américaine et de comprendre comment une œuvre imaginée en France est devenue une icône mondiale.
Au-delà de la statue elle-même, le parcours interroge également la manière dont les images et les symboles évoluent avec le temps, jusqu’à devenir partie intégrante de la culture populaire et de l’imaginaire collectif.
Il raconte la naissance d’un projet qui réunit art, politique, diplomatie, communication, industrie, ingénierie et mobilisation populaire.
La réalité virtuelle prolonge cette approche en donnant au public la possibilité de traverser les lieux disparus et de ressentir physiquement l’échelle d’un chantier qui semblait, au XIXe siècle, relever de la démesure.
Près de 140 ans après son inauguration, la Statue de la Liberté continue ainsi de raconter une histoire qui dépasse son propre monument : celle d’un rêve artistique devenu une aventure collective et d’une œuvre française devenue un symbole universel.
Elena Sokhohsko
du 15 septembre 2026 au 31 janvier 2027
Musée d’Orsay, Esplanade Valéry Giscard d’Estaing, 75007 Paris
Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h (21h45 le jeudi)