L’exposition qui nous est présentée au musée Montmartre du 20 mars au 13 septembre 2026, se révèle être une véritable expérience immersive et bouleversante au cœur de l’univers artistique du couple Van Rees. A peine franchi le pas de la première salle nous prenons part à un voyage à travers le temps, les mouvements et les époques.

Le parcours suit une progression chronologique particulièrement efficace. Au fil des salles, le visiteur découvre non seulement les courants artistiques traversés par le couple mais aussi leur histoire personnelle. Ainsi, on s’émerveille tant par la beauté de leurs œuvres que par leur propre récit intime. On se retrouve entièrement imprégné dans leurs épreuves et leur vie de couple qui prennent forme à travers les œuvres. À la fin, nous en ressortons déboussolés, presque secoués, au sens le plus positif du terme.

L’un des aspects les plus saisissants de l’exposition est la modernité folle qui réside dans les œuvres du couple. Les portraits du couple Van Rees, réalisés par Adya, font naître des visages d’une étonnante contemporanéité. Son coup de crayon donne un effet de présence immédiate ce qui connecte profondément le visiteur à ce couple d’artistes, allant jusqu’à donner l’impression que l’on pourrait les croiser à la sortie du musée.

Cette forte proximité qui nous lie étroitement au couple se prolonge d’autant plus, que l’on retrouve dans une salle dédiée à la famille, des photos d’Adya et d’Otto en présence de leurs enfants, à travers des moments de vie et de joie à la campagne. Il est très appréciable d’avoir accès à ces fragments pures d’intimité. Contrairement aux œuvres picturales, la photographie capture ici l’essence même de leurs moments de vie, dans une réalité déconcertante. Il est d’ailleurs peu commun de pouvoir observer des artistes de la sorte avec un effet de telle immédiateté.
Le couple que forment Adya et Otto semble être le cœur de leur expression artistique. Leur idylle semble être pourvue d’un pouvoir créateur unique en son genre, que l’on ressent et que l’on apprécie vivement.
Leur mariage repose sur une union libre, profondément moderne. Adya venant d’une famille bourgeoise, rejette les codes sociaux, à la recherche de liberté et d’émancipation. De l’autre côté, Otto provenant d’une famille de professeurs, influencé par un père prônant un idéal plus social et pacifiste. Ainsi, malgré des origines différentes, tous deux se rejoignent et revendiquent un mariage basé sur l’amour et l’égalité.
De cette douce union, se développe un style artistique propre à eux, qui ne semble jamais figé mais qui au contraire ne cesse de se renouveler à travers les différentes époques et mouvements artistiques. Du cubisme au dadaïsme, ils explorent chaque mouvement sans jamais abandonner leur style distinctif qui les caractérise. Leur art continue de correspondre pour construire communément un monde artistique varié et fantaisiste.
Leur quotidien devient par ailleurs matière artistique inspirée de leur œuvre. Dans cette dynamique, leur escapade d’un été dans une ferme à Fleury-en-bière, devient un temple créatif, le couple s’inspire des paysages environnants pour créer et retranscrire leur vie. Par ailleurs, Adya souffre de problèmes de santé et se retrouve dans une cure où lui sont prescrits des bains de soleil nue, épisode que son mari Otto cherche à représenter à travers le buste de Adya dans certaines de ses sculptures. Ils apprécient également se représenter mutuellement dans leurs œuvres. Ce jeu de ping-pong créatif est très touchant et cela prend à cœur de voir tant d’amour résider dans un dialogue artistique.
L’exposition repose sur une richesse émotionnelle exceptionnelle, qui nous emporte au gré du temps et de leur amour. Le couple ne cesse de nous impressionner par la multiplicité de leurs formes d’art, nous offrant une large palette d’œuvres, toutes aussi différentes les unes que les autres. Principalement à travers la peinture, qu’il faut souligner, mais également d’autres spectres artistiques. On ressent une volonté de ne jamais se limiter, et un désir intense d’exploration artistique.
Les œuvres, honnêtes et authentiques dans leur démarche, nous projettent au-delà de la réalité, en particulier dans la seconde salle qui nous pique au cœur. Elle présente des peintures saisissantes, marquées par un coup de pinceau vif, comme s’il venait brosser la toile par à-coups. Ces paysages baignés dans les différentes teintes de lumière estivales, confèrent à l’ensemble un caractère presque onirique.

De plus, Adya, grande maîtresse de la broderie, apporte grandement à la pluralité des œuvres présentées et il est très agréable de se laisser surprendre par ces pièces. Cette abondance artistique, rafraîchissante, permet au visiteur de se ressourcer dans une étendue d’œuvres raffinées mais surtout habitées et empreintes d’humanité. Leur travail traversant l’histoire donne l’impression qu’ils savent tout traiter tout en conservant avec le plus grand soin leur part d’eux-mêmes.

Leur style, singulier et intemporel, apparaît comme une fresque esthétique jaillissante, animé d’une présence forte. Ce qui est particulièrement brillant est la manière dont certaines œuvres, aux silhouettes tronquées et aux lignes franches et construites, sont pourtant peintes de sorte à faire ressortir une douceur presque angélique. L’œuvre Mère et Enfants d’Otto, en est un parfait exemple : elle regorge de délicatesse, avec une tendresse mise au service de la composition.

Suzanne Assous-Boulanger
Du 20 mars au 13 septembre 2026
Musée Montmartre, 12 rue Cortot, 75018 Paris
Ouvert du lundi au samedi de 10h à 19h
