À l’heure où les enjeux écologiques redéfinissent en profondeur nos manières d’habiter le monde, le Prix Métamorphoses, pour l’art et le vivant, marque une évolution significative dans l’histoire du prix MAIF pour la sculpture. Né en 2008, devenu numérique en 2018, il prend en 2026 un tournant résolument culturel et engagé. À la croisée de l’art, de l’écologie et de la transmission, ce nouveau format affirme une ambition claire : accompagner des artistes qui ne se contentent plus de représenter le monde, mais cherchent à le transformer.

Porté par la MAIF, entreprise mutualiste d’assurance, le prix défend aujourd’hui une approche culturelle de l’écologie. Comme l’a souligné la metteuse en scène, directrice au théâtre de la Cité Universitaire, chercheuse au CNRS et par ailleurs membre du jury Frédérique Aït-Touati, « l’écologie n’est plus un champ spécialisé, mais une condition générale ». L’art, dans ce contexte, ne se limite plus à commenter les crises, il participe activement à reconfigurer nos perceptions, nos récits et nos attachements au vivant.
Parmi les dix artistes et collectifs distingués cette année, tous proposent des projets encore à l’état d’ébauche, ce qui justifie précisément le soutien apporté. De la vase transformée en archive céramique aux rivières réinvesties comme espaces relationnels, en passant par des installations explorant la décomposition ou la mémoire des sols, ces démarches esquissent de nouvelles façons de penser la matière, le territoire et le vivant. Toutes participent, à leur manière, à ces « métamorphoses » qui donnent son nom au prix : faire d’un déchet un commencement, d’un sol dégradé une ressource, d’un paysage oublié un espace de réactivation sensible.
Dans ce paysage particulièrement riche, deux projets se sont distingués par leur force et leur capacité à incarner concrètement ces enjeux.

Le Grand Prix a été attribué à Théophile Péris pour Des montagnes de laine, un projet ambitieux déployé le long de la chaîne des Pyrénées. L’artiste y imagine la fabrication de trois grands feutres à partir de laines locales, collectées auprès d’éleveurs. Plus qu’une œuvre, il s’agit d’un processus collectif, structuré en plusieurs étapes territoriales, de l’Ariège au Pays basque. En mobilisant habitants, artisans et institutions, Théophile Péris redonne vie à un savoir-faire souvent dévalorisé, tout en tissant des liens entre mémoire, économie locale et création contemporaine. La laine, matière humble et organique, devient ici le vecteur d’une réflexion sur le temps long, la transmission et la régénération du vivant. Le projet, encore en devenir, incarne pleinement l’esprit du prix : faire émerger des formes artistiques qui relient les individus à leurs milieux.

Face à la qualité des dossiers, le jury a également choisi de décerner une distinction spéciale, le prix du Jury, pour Jade Tang et son projet Remédier à la solastalgie des sols. Développé dans la Meuse, ce projet s’ancre dans un territoire marqué à la fois par les stigmates de la guerre et les effets de l’agriculture intensive. En s’appuyant sur la notion de solastalgie, cette forme de détresse liée à la dégradation des environnements familiers, Jade Tang propose une exploration sensible et politique du sol comme entité vivante. Son travail, en cours d’élaboration, vise à interroger nos attachements à la terre, entre mémoire des conflits passés et inquiétudes contemporaines. En ouvrant des espaces de réflexion et de réparation, elle esquisse une écologie des affects, où le soin devient un geste artistique.
Au-delà de la reconnaissance, les dix lauréats bbénéficieront d’un accompagnement au sein de la Régénérative Académie. Ce programme immersif destiné à favoriser les échanges entre artistes, scientifiques et professionnels de la culture se tiendra du 6 au 10 juillet 2026 au Campus de la Transition (Seine-et-Marne).



La soirée s’est conclue avec la performance Fête GLORIA, imaginée par la plasticienne Vanina Langer et l’artiste culinaire Magali Wehrung. Pensée comme un rituel à la fois sacré et baroque, elle convoquait des figures de fertilité parées d’ornements comestibles, invitant le public à décrocher des brioches de leurs parures pour les manger. À la croisée de la céramique, du textile et de l’art culinaire, cette proposition réactivait des gestes ancestraux au sein d’une expérience à la fois festive et incarnée. Entre coiffes à croquer et symboles de vie, les artistes ont offert une célébration de l’abondance où la réparation du monde se pense aussi dans la joie, la matière et les corps. Une manière, peut-être, de rappeler que les métamorphoses ne font que commencer.
Lise Morlon
MAIF Social Club : 37, rue de Turenne, 75004, Paris
Les 10 lauréats du Prix Métamorphoses 2026 et leurs projets :
- Théophile Péris (Grand Prix) : Des montagnes de laine
- Jade Tang (Prix spécial du Jury) : Remédier à la solastalgie des sols
- Guillaume Barborini : Corder la terre et s’y hisser
- Crème Soleil : Ghost pelt
- Anne Chaniolleau & Dove Perspicacius : Jour de vase
- Catherine Duverger : Cry me a river and build me a bridge
- Manon Lanjouère : Mémoire sauvée de l’eau
- Collectif Fertile & Guédon : Appel à la Vienne
- Collectif Île Mer Froid : Les Autes
- Elvia Teotski : Le chant dolent
