Cécile Bart, laisser passer la lumière

Au Quadrilatère, la saison inaugurale Écrire l’espace pose d’emblée un cadre clair : ici, l’exposition ne s’accroche pas à l’architecture, elle la traverse. Sous la direction de Lucy Hofbauer, le centre d’art revendique une approche in situ où le lieu n’est plus un contenant, mais une condition. Peu importent les ressemblances, exposition personnelle de Cécile Bart (Dijon, 1958), s’inscrit pleinement dans cette exigence. Plus qu’un accrochage, c’est une mise à l’épreuve du regard.

Dès la première salle, un très long ensemble se déploie dans un dialogue étroit avec l’architecture moderniste d’André Hermant (1908-1978). La lumière circule librement à travers les grandes baies vitrées, laissant apparaître le chevet de la cathédrale de Beauvais, dont la verticalité répond aux bandes horizontales des peintures/écrans. L’extérieur est omniprésent, si bien que l’artiste évacue ici le monochrome : la couleur glisse, se superpose, se déplace au rythme du jour. Les œuvres ne flottent pas, elles reposent au sol, inscrites dans une relation concrète à la gravité, à la marche du spectateur.

La scénographie joue finement l’interpénétration avec l’exposition consacrée à André Hermant, architecte iconographe. Les images de l’architecte côtoient les œuvres de Cécile Bart sans hiérarchie, rappelant leur rencontre passée lors de l’exposition de l’artiste au musée Chagall de Nice en 2021, conçu par l’architecte.

Depuis la fin des années 1980, cile Bart travaille le voile de Tergal, qu’elle peint comme surface de passage. Transparence, opacité, chromatisme, deviennent ici opératoires. Les bandes colorées, préparées en amont puis assemblées par collage pour former des compositions graphiques, suivent une logique de plans où le fait-main affleure, sans jamais s’imposer. Sur les peintures/écrans, les empreintes de peinture sont suggérées, presque retenues. Dans cette exposition, il ne s’agit pas d’immersion, mais de liberté : le regard circule, choisit, s’attarde ou se dérobe.

À la fin du parcours de visite, lesToros (2025), structures de fils de laine lestés de billes de plomb, dessinent des colonnes vibrantes, instables, que le déplacement du corps rend mouvantes. Ailleurs, Rosace, je suis blanc, entre peinture et collage sur Tergal, varie selon l’angle, changeant de couleur comme la lumière elle-même.

Chez cile Bart, rien n’est figé. Une œuvre peut avoir plusieurs vies, plusieurs lectures. Peu importent les ressemblances affirme ainsi une peinture élargie, qui ne représente pas l’espace mais l’écrit, dans un présent toujours changeant.

Julie Goy

Du 5 avril 2025 au 8 mars 2026

Le Quadrilatère, 22 Rue Saint-Pierre, 60000 Beauvais

Mardi à vendredi : 13h – 18h, Samedi et dimanche : 10h-18h, Fermeture le lundi – Entrée gratuite

https://www.lequadrilatere.fr/