Galerie Roger-Viollet : les coloristes derrière les photographies

Dans l’exposition Le monde colorié à la main, présentée jusqu’au 6 juin 2026, la galerie Roger-Viollet propose la découverte d’une sélection d’images prises par des photographes avant d’être colorées par des petites mains.

Des archives dans la lumière

Dans Le monde colorié à la main, les photographies sont datées du XIXe siècle et sont issues de la collection Roger-Viollet réuni par Hélène Roger-Viollet et son mari, Jean Fisher. Ils ont rassemblé près de six millions de photographies qu’ils ont prises eux-mêmes ou qu’ils ont achetées. En 1970, le couple a hérité de près de 110 tonnes de plaques de verre qui ont été produites par le studio Léon & Lévy et qui auraient été détruites si elles n’avaient pas trouvé preneur. Les négatifs de la collection Roger-Viollet sont maintenant détenus par la Bibliothèque historique de la ville de Paris et la galerie Roger-Viollet en a l’exclusivité quant à la diffusion.

Les photographies du fond Roger-Viollet sont longtemps restées invisibles avant d’être numérisées. Cela justifie le désir de faire vivre ces archives en les montrant au public. Le monde colorié à la main présente donc, pour la première fois, 67 tirages sélectionnés parmi les 1500 photographies colorées produites par le studio Léon & Lévy. Faire la lumière sur l’image d’archive, c’est aussi ce qui s’illustre dans les boîtes vertes qui recouvrent les étagères de la galerie et qui renferment une partie du patrimoine photographique recueilli par Hélène Roger-Viollet et Jean Fisher. Depuis que Gilles Taquet a pris la direction de la galerie en 2020, plusieurs expositions photographiques ont été organisées pour mettre en lumière ces images d’archives.

Du noir et blanc à la couleur

Avant la cessation de ses activités en 1917, le studio Léon & Lévy avait déployé ses employés dans plusieurs pays du monde afin d’en photographier les lieux touristiques, les paysages et les populations locales. L’objectif était de faire, le plus fidèlement possible, état du monde tel qu’il avait été découvert. Cette démarche pourrait être assimilée au projet de « mémoire du monde » initié par l’UNESCO et caractérisant notamment l’inventaire photographique d’Albert Kahn.

Dans les photographies en noir et blanc, l’absence de couleurs ne permet pas encore de retranscrire au mieux l’expérience visuelle des lieux et des personnes qu’elles capturent. C’est donc dans les ateliers parisiens que les images passent dans les mains de coloristes qui n’ont pas été témoins des scènes immortalisées. Cela laisse place à l’imagination des petites mains quant aux couleurs que pouvaient avoir les bâtiments ou les vêtements. La part de fictif dans la couleur semble contredire la volonté de rendre fidèlement compte de ce qui a été vu, mais fait le charme des images comme dans la photographie du pont d’Alcantara en Espagne où l’eau du fleuve a volontairement été laissée en noir et blanc.

Le travail minutieux des coloristes consiste à colorer des plaques de verre avec de l’aquarelle et du vernis avant de les superposer pour reconstituer un paysage et permettre la visualisation d’images en relief grâce à un stéréoscope. On parle d’images stéréoscopiques car elles imitent notre vision naturelle qui nous permet de voir le monde en trois dimensions. Cela est rendu possible par la prise en photo d’un même sujet avec deux points de vue différents, comme le feraient notre œil gauche et le droit. On peut l’observer dans la vue stéréoscopique décomposée du canal du Nord à Gothenburg, en Suède. Composée de trois plaques de verre : la première pour la couleur du ciel ; la deuxième pour la photographie et la couleur de l’eau et des bâtiments ; et la troisième reste neutre pour maintenir les verres assemblés.

Salomé Raucoule

Jusqu’au 6 juin 2026

Galerie Roger-Viollet 6 Rue de Seine, 75006 Paris

Du mardi au samedi de 11h à 19h

https://www.galerie-roger-viollet.fr/fr/exposition-le-monde-colorie-a-la-main-photographies-du-xixe-siecle-du-studio-leonnbsp-amp-n-24