Juliette Drouet reprend vie dans Juliette, Victor Hugo mon fol amour

Après avoir été reconnue lors du Festival d’Avignon en 2022 et en 2023, Juliette, Victor Hugo mon fol amour s’installe au théâtre des Mathurins. La pièce écrite d’après le roman Juliette de Patrick Tudoret met en lumière une femme restée dans l’ombre de Victor Hugo. Juliette Drouet est interprétée à tour de rôle par Marie Lussignol et Marguerite Kloeckner.

Une pièce incarnée

Le lundi 26 janvier, c’est Marie Lussignol qui se trouvait sur scène pour interpréter le rôle de Juliette Drouet. Pendant plus d’une heure, elle était seule sur scène pour conter la vie de son personnage. On en vient à oublier la solitude de l’actrice sur scène alors qu’elle parvient à nous faire sentir la présence des personnages pourtant bel et bien absents alors qu’elle les évoque, voire qu’elle les incarne par le biais d’imitations. Victor Hugo, même sans acteur pour l’incarner, est omniprésent. Il est évoqué à de nombreuses reprises, mais c’est surtout le petit portrait posé sur le bureau de la chambre d’auberge bruxelloise où se déroule la pièce qui témoigne de la présence du « fol amour » de Juliette.

Avant de faire briller les absents, c’est Juliette Drouet qui est mise en avant par Marie Lussignol. L’actrice est devenue Juliette pour nous retracer la biographie de toute une vie. Elle dévoile une réelle performance : en l’espace d’à peine une heure, elle passe par toutes les émotions que Juliette a pu ressentir dans toute une vie. Elle passe du bonheur immense de la promesse d’amour d’un mariage informel avec Victor Hugo à la douleur indicible de la perte de sa fille Claire.

Lettre orale

La pièce donne l’impression au spectateur d’être le destinataire d’une des 22 000 lettres que Juliette Drouet adresse à Victor Hugo au cours de cinquante années d’amour fou. L’actrice donne vie à des textes et des mots figés dans l’écrit. La lettre orale n’est rendue que plus vivante par les passages où des moments de la vie de Juliette sont reconstitués et pas seulement contés. C’est le cas lors de la mort de Claire, lors de son mariage avec Victor Hugo ou encore lors de sa jeunesse dans un couvent. Ces moments de la pièce sont mis en avant par les changements d’éclairage : d’une scène entièrement éclairée, on passe à la lueur d’une bougie comme seule source de lumière. Ces passages reconstitués sont aussi mis en avant par l’usage d’accessoires différents : un journal, un drap, une couronne de fleurs.

Cependant, tout nous ramène à la petite auberge de Bruxelles où Juliette nous raconte des bribes de sa vie comme elle le ferait autour d’un verre de vin ou dans une lettre. Elle fait de nous ses confidents et retranscrit l’intimité d’un échange de lettres entre deux personnes, entre Juliette et nous, ses interlocuteurs privilégiés. Elle nous regarde, se penche vers nous et nous raconte les potins de sa vie d’actrice.

Salomé Raucoule

Auteur : Patrick Tudoret ; Metteurs en scène : Patrick Tudoret, Marie Lussignol ; Actrices : Marie Lussignol, Marguerite Kloeckner ; Costumes : Claire Jacob ; Lumières : Idalio Guerreiro

Jusqu’au 30 mars 2026

Théâtre des Mathurins – 36 rue des Mathurins, 75008 Paris

Durée : 1h10