Dans l’exposition All Inclusive, présentée à la Cité de l’Économie jusqu’au 20 septembre 2026, la photographe et réalisatrice canadienne Kourtney Roy met en scène le tourisme mondialisé. Cette exposition s’inscrit dans une démarche du musée qui cherche à expliquer l’économie dans des perspectives plus artistiques.

Mise en scène
All Inclusive est une exposition qui s’inscrit dans la saison culturelle de la Cité de l’Économie, proposant d’explorer une nouvelle thématique chaque année. En 2026, c’est Kourtney Roy qui vient interroger les nouvelles pratiques du tourisme dans une économie mondialisée. La sélection de photographies exposées est issue de trois séries de tirages : The Tourist (2019-2020), Sorry, No Vacancy (2017) et Entre deux mondes (2022). Le nom All Inclusive renvoie d’ores et déjà à l’imaginaire commun du tourisme avec la reprise de cette formule qu’on retrouve dans les hôtels pour parler du « tout compris » : petit déjeuner, piscine… Comme l’explique Vida Konikovic, directrice de la Cité de l’Économie, derrière le « tout compris » se cache une idée d’excès qui peut s’associer à la massification du tourisme depuis le XXe siècle.




Kourtney Roy explique que, dans la photographie, « il y a une mise en scène de soi » avec l’incarnation d’un personnage, du style vestimentaire jusqu’au bout des ongles. La part de mise en scène s’exprime aussi dans les figurants que nous pouvons retrouver dans plusieurs photographies. Dans la série The Tourist, un bodybuilder est pris en photo alors que Kourtney Roy fait un cœur avec ses mains devant l’appareil. La moustache du bodybuilder lui avait été rajoutée et la photographie devait renvoyer l’image de vacances de rêve plus « vulgaire ».



La scénographie de l’exposition appuie la démarche de Kourtney Roy où on retrouve toujours une part de mise en scène. Les transats où nous reconnaissons des photographies de l’exposition nous immergent dans l’univers des vacances. Cependant, c’est surtout la cabine reconstituée au centre de la pièce avec le sol bleu des ferrys qui nous interpelle. La série Entre deux mondes, aussi appelée In Between, a été réalisée dans le cadre d’une commande de photojournalisme dirigée par la Bibliothèque nationale de France pour laquelle Kourtney Roy a pris de nombreuses photos sur des ferrys. Ces photographies permettent de montrer l’envers du décor avec les emplois comme agent d’entretien ou mécanicien sur les ferrys qui sont, en partie, générés par le tourisme.
Les dessous de la photographie
La magie dans les photographies de Kourtney Roy appelle certains défis de réalisation. Dans la photographie issue de la série The Tourist où elle est dans un yacht, les vagues rendaient la captation photographique complexe alors que l’appareil était sur un trépied pour faire un autoportrait. Dans sa série Sorry, No Vacancy, Kourtney Roy parle de ses photographies comme des « accidents orchestrés ». Elle parcourait le Texas avec sa voiture, dont le coffre était rempli d’accessoires et de matériel photo, et s’arrêtait dès qu’elle voyait un lieu qui lui parlait. Pour Kourtney Roy, le monde est déjà une « scène de cinéma » à laquelle il ne reste plus qu’à appliquer les gestes et la performance.






Bien qu’elle ne cherche pas à faire dire quelque chose à ses photographies et qu’elle préfère les laisser à la libre interprétation de chacun, Kourtney Roy décrit indéniablement des pratiques du tourisme dans son art. Dans une des photographies de la série Sorry, No Vacancy, les gouttelettes de bière qui tombent devant l’appareil photo font penser à de la neige en plein désert, interrogeant sur le climat lié aux voyages et au tourisme. Les lieux déserts dans lesquels Kourtney Roy se photographie peuvent aussi interpeller sur les lieux touristiques passés de mode.
Salomé Raucoule
Jusqu’au 20 septembre 2026
Cité de l’Économie – 1 Place du Général Catroux, 75017 Paris
Du mardi au dimanche de 14h à 18h (jusqu’à 19h le samedi)
https://www.citeco.fr/agenda/exposition-kourtney-roy-all-inclusive
