Après l’accueil mitigé de Parthenope en 2024, Paolo Sorrentino signe avec La Grazia un retour des plus inspirés. Il livre un film parfaitement maîtrisé qui pourrait bien convaincre les détracteurs de son cinéma.

À première vue, le film se présente comme une fiction politique. Il suit la fin de mandat du président de la République italienne, Mariano De Santis, confronté à des décisions cruciales relevant de ses prérogatives constitutionnelles : accorder ou non la grâce à deux détenus condamnés pour meurtre et trancher sur l’inscription de l’euthanasie dans la loi.
Mais ces choix ne relèvent pas uniquement de la sphère institutionnelle. Ils mobilisent aussi conscience, morale et préoccupations personnelles. C’est précisément dans cette tension entre responsabilité politique et vie intime que Sorrentino construit sa narration. Derrière la figure officielle apparaissent progressivement les intérêts et fragilités de l’homme, le ramenant à hauteur de tout autre.
Dans un jeu constant de va-et-vient entre ces deux facettes du politicien, le film aborde des thèmes universels (vérité, pardon, foi…) appartenant autant au champ de la justice qu’au domaine du privé. Sans jamais les surligner, il laisse ces dimensions se mêler et se répondre avec finesse.
Dans son écriture, le président n’est ni idéalisé ni diabolisé : il est simplement observé dans toute sa complexité. Pour l’incarner, le réalisateur retrouve Toni Servillo, qui porte le film avec une justesse remarquable. Son jeu, tout en nuances, confère au personnage une densité fragile faite de silences et de contradictions. L’équilibre de l’ensemble repose également sur les rôles secondaires, soigneusement pensés et pleinement incarnés par Anna Farzetti, Milvia Marigliano ou bien encore Orlando Cinque.
Sans renier les marqueurs esthétiques de son cinéma (mise en scène élégante, cadres composés avec précision, musique enveloppante et décalée) Sorrentino adopte ici un ton plus sobre, presque terre à terre. On retrouve bien sûr son ironie caractéristique, qui parcourt le film et rythme le récit, offrant des respirations subtiles sans jamais rompre la portée du propos.
Le tout forme une œuvre d’un grand équilibre : à la fois signifiante, drôle et belle, une réussite sur tous les plans.
Manuella Sorin
Durée : 2h13
Scénario et réalisation : Paolo Sorrentino ; Production : Paolo Sorrentino, Annamaria Morelli, Andrea Scrosati, Massimiliano Orfei, Luisa Borella, Davide Novelli, Numero 10, The Apartment ; Distribution : Pathé Films
