Mélodie pour un chef d’orchestre. Le Mystère Mozart, au Collège des Bernardins, révèle, par son immersion, le mythe entourant l’un des plus grands compositeurs de tous les temps. Mélodieux et enjoué.

« Trop beau pour nos oreilles, et bien trop de notes, mon cher Mozart ». Prodigieux, Mozart ? Surtout audacieux. C’est ce qui agace, étonne, pique au vif et séduit l’Empereur Joseph II lors de la première représentation de l’Enlèvement au Sérail (1782). Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, au cœur d’une Vienne à son acmé, Mozart détonne autant que sa musique tonne.
Le Mystère Mozart, présenté au Collège des Bernardins, en plein centre de la capitale, du 28 juin au 5 novembre 2025, tente de lever le voile sur l’intrigue ; répondre, avec un peu de retard, au titillement du souverain. Si le prodigieux musicien salzbourgeois a laissé derrière lui plus de 800 œuvres, sur sa vie, de nombreuses questions subsistent. En témoigne sa mort qui fait débat.140 thèses tentent d’éclairer son décès à ce jour.
Comment expliquer Mozart ? Le mieux est encore de suivre ses partitions, jouer ses mélodies, suivre ses notes comme des traces, des pistes. A tous les étages du Collège, en huit temps bien séparés, c’est donc avant tout la musique qui est mise à l’honneur. Tel le « mystère de Dieu » révélé, selon Saint-Paul, par l’Evangile, Le mystère Mozart se déploie dans les partitions.
« La sérénité mozartienne », soulignée par le Pape Benoît XVI, éclot alors au fil de ce cheminement musical mêlant différentes approches et pratiques. Ce Mystère, imaginé par Michel Eli, bien connu pour ses expositions événementielles démesurées (notamment Inside Opéra, 2018 – Ramsès, 2023), fait virevolter la musique de Mozart. Une mise en scène dynamique, s’étirant sur 1h30, revient sur les grands moments de sa vie, de son chef-d’œuvre.


Trente artistes participent à ce Mystère et à sa révélation. Parmi ceux-ci, Mourad Merzouki, chorégraphe de renom. Ce dernier a imaginé, dans l’un des temps du Mystère Mozart, une chorégraphie pour deux artistes. Corps à corps, musique dans la tête et dans les airs : Le Mystère Mozart fait se confronter différentes approches pour viser une représentation totale de l’œuvre ; capter toute la sensibilité cellulaire d’une musique multiscalaire.



Des pieds à la tête, du sol au plafond : chaque salle du Collège des Bernardins s’illumine à mesure que Le Mystère Mozart s’épaissit. L’immersion est totale : des effets de lumières jusqu’aux costumes savamment orchestrés, les artistes offrent un ballet continu, ininterrompu, nous plongeant non seulement dans l’œuvre du compositeur, mais aussi dans toute une époque et ses mœurs. Les visiteurs sont même invités à se fondre dans la peau d’un chef d’orchestre, ou à esquisser quelques pas de menuet.

Mélodie d’un mythe
A l’instar du film culte de Milos Forman, Amadeus (1984, récompensé par huit Oscars), l’on replonge dans cette période impériale séduisante, intrigante mais aussi glaçante. Un véritable tourbillon dans lequel Mozart est plongé dès ses quatre ans.
Poussé par son père qui le prend sous son aile, la carrière du natif de Salzbourg en Autriche débute en effet très tôt. Né dans un milieu bourgeois et musicien, les notes sont des mots pour l’enfant prodigue. Son vocabulaire. Pourtant, c’est bien sa compréhension parfaite de la musique qui est aussi source de ses ennuis. Toute sa vie, Mozart connaît en effet de nombreux échecs. Comme s’il était en perpétuel décalage du fait de sa science de la mesure.
Mozart est « le miracle d’une forme parfaite exempte de contrainte » analyse Patrick Szersnovicz, dans la revue Le Monde de la musique (numéro 223, juillet/août 1998). « Une riche abondance exempte d’exagération, d’une clarté apparente libre de toute convention. » Un esprit rebelle donc, tourmenté, bien loin des frivolités et d’une forme de jovialité qui ont pu lui donner une certaine réputation, nourrissant par là-même fantasmes et croyances.

Le Mystère Mozart se révèle derrière cette personnalité oscillatoire ; comme une suite de notes qui se répéterait inlassablement, diffusant une mélodie enchanteresse continue, mais ne parvenant pas à trouver un refuge, une réponse, une fin. Brigitte et Jean Massin dans leur Histoire de la musique occidentale (Fayard 2003), tentent d’expliquer ce décalage par la notion allemande de Sehnsucht. Cette « espèce de vide qui me fait très mal, une certaine aspiration qui n’est jamais satisfaite et ne cesse donc jamais… », comme le définit Mozart lui-même.
Intranquille ? fou ? « Il n’y a pas de génie sans un grain de folie » notait sagement Aristote. Ni de génie sans mystère. Insatiable personnalité pour mystère insondable : l’immersion du Mystère Mozart ne lève donc pas le voile, mais prolonge le mythe. Sans fausse note.
Gabriel Moser.
Le Mystère Mozart – Le spectacle immersif. 1h30.
Du 28 juin au 2 novembre 2025.
Collège des Bernardins, 20 rue de Poissy, 75005 Paris.
Ouvert tous les jours de 10h à 17h20.
Réservations possibles (conseillé) : https://www.lemysteremozart.fr