Les Vaches Laitières ont aussi de Beaux Yeux : raconter, rire et survivre

La Compagnie 172 propose « Les Vaches Laitières ont aussi de Beaux Yeux » à l’affiche du Funambule Montmartre jusqu’au 29 avril 2026. Écrit et interprété par Aurélie Bargème, et mis en scène par Didier Brice, le spectacle raconte l’histoire personnelle d’Aurélie, face aux troubles du comportement alimentaire (TCA).

Un récit qui avance sans filtre

Dès les premières minutes, la pièce impose un rythme clair : celui d’une parole qui ne s’excuse pas d’exister. Le spectacle ne prend pas le temps de contourner son sujet. Il entre dedans, avec simplicité. Le récit se construit par fragments. Il ne suit pas une chronologie stricte, mais une logique émotionnelle. Les souvenirs surgissent, se croisent, comme si tout se créait sous les yeux du public.

Ce qui retient l’attention, c’est l’intensité du jeu. Aurélie Bargème, laisse apparaître les émotions sans les cacher. Les moments de fragilité, de colère ou de doute traversent la scène avec une grande sincérité. Le public ne regarde pas seulement une histoire, il la ressent avec elle.

Au-delà de son témoignage, le spectacle illustre une réalité sociale. Aujourd’hui, les crises de boulimie touchent 28 % des adolescentes, et les TCA constituent la 2ᵉ cause de mortalité prématurée chez les 15-24 ans, juste après les accidents de la route.

Les tentatives de suicide concernent jusqu’à 35 % des personnes boulimiques, et 50 % des personnes souffrant de TCA ne bénéficient pas d’une prise en charge médicale. La pandémie a encore accentué ce phénomène, avec une hausse de près de 60 % des TCA chez les jeunes.

Une scénographie minimale mais évocatrice

La mise en scène de Didier Brice repose sur peu d’éléments, mais chacun d’eux structure le récit.

Un voile noir traverse le plateau dans sa profondeur et dessine deux espaces distincts. D’un côté, le présent. De l’autre, les souvenirs. Par un jeu de lumière et de transparence, la scène passe d’une époque à l’autre.  À droite, un réfrigérateur vintage. Il se transforme au fil des scènes. Il peut apparaître vide, puis plein. Il peut devenir un espace de refuge, un photomaton, une cabine téléphonique ou encore un passage entre le présent et le passé.

Aux côtés d’Aurélie Bargème, Marie Petiot incarne plusieurs figures du récit : la fille, le compagnon, ou encore différents personnages rencontrés au fil du parcours. Elle change de rôle avec finesse, en modifiant son accent, sa posture et sa manière de se vêtir. Cette transformation constante donne au public plusieurs points de vue sur l’histoire.

La dimension musicale et corporelle est portée par Maxime Perrin. Certaines scènes prennent la forme de danses pour évoquer la dimension physique du trouble, tandis que la musique électro souligne les émotions et rythme le récit.

 Un théâtre hybride, vivant et accessible

La force du spectacle repose aussi sur sa forme. La pièce mélange les codes du théâtre, du récit direct et d’une énergie proche du stand-up. Ce mélange crée un rythme fluide, et garde l’attention du public.

Dans l’intimité du Funambule Montmartre, la pièce prend une dimension encore plus forte. La proximité avec le public renforce chaque moment. Il n’y a pas de distance, pas de protection. « Les Vaches Laitières ont aussi de Beaux Yeux », d’une durée de 1h15, s’adresse à un public adulte et adolescent. En racontant sa propre histoire et en donnant vie à plusieurs personnages, Aurélie Bargème transforme des chiffres alarmants en expérience humaine.

Cynthia Bellanger,

Jusqu’au 29 avril, le mardi et le mercredi à 19h ou 21h

Le Funambule Montmartre, 53 Rue des Saules 75018 Paris

www.funambule-montmartre.com

Réservation possible sur https://www.ticketac.com ou billet disponible sur place