La galerie Mariane Ibrahim accueille l’artiste Ayana V. Jackson jusqu’au 14 mars. Une collaboration bien établie, qui remonte à 10 ans. Dans I would Follow Her by Ground and Sea, l’artiste américaine continue de nous interroger sur la représentation de la femme. Sous ses traits qui caractérisent son œuvre, Ayana V. Jackson est à la fois portrait et robot, médium et sujet.

Rechercher dans les abysses pour extirper un modèle libéré des codes archétypaux. Ayana V. Jackson remue les tréfonds. Son travail « émerge des profondeurs », soutient-elle lors de sa venue au vernissage de la galerie Mariane Ibrahim pour évoquer sa nouvelle exposition, I would Follow Her by Ground and Sea.
Jusqu’au 14 mars, la galerie parisienne propose un large éventail de la vision artistique de l’américaine. Après une exposition remarquée au Smithsonian National Museum of African Art à Washington (Etats-Unis), l’artiste entend cultiver à Paris sa position d’ « ethnographe-photographe ».

Plus précisément, Ayana V. Jackson souhaite étudier la représentation de la femme à travers diverses grilles de lecture. You forgot to See me coming s’attache en ce sens à questionner l’image que l’on se fait des femmes mexicaines, « un pays où il y a aussi beaucoup de personnes de couleur », pointe l’artiste.
Cette immersion dans les terres d’Amérique Centrale débouche sur une représentation de Carmen Robles, colonelle afro-descendante et zapatiste, dépeinte ici en véritable guerillera. Affublée d’un fusil et d’habits folkloriques, un épais fond blanc l’enveloppe.

« Chaque élément se réfère à un caractère du pays », explique Ayana V. Jackson lorsque sa démarche est questionnée. Dans I would Follow Her by Ground and Sea, qui interroge la représentation de la femme noire, Ayana V. Jackson s’inspire de la série Drexciya sur un univers mythologique qui imagine une civilisation sous-marine peuplée des descendantes des femmes africaines. Une véritable « aquatopie », souligne la galerie. Un Vingt mille lieues sous les mers photogénique.
Représentation ponctuelle, recherche continuelle
Ayana V. Jackson fait de la photographie, non seulement un repère en empruntant ici à nouveau des éléments singuliers des pays qu’elle souhaite représenter, mais aussi un nouveau signal. En s’implémentant elle-même dans sa production comme pour mieux questionner cette absence de représentation, elle pose un visage sur un peuple honni que l’on aurait omis.

L’œuvre de Ayana V. Jackson semble osciller entre une quête personnelle, celle de l’artiste, et universelle, celle d’un peuple. Dans ce duel de regards, de représentations, les différentes productions de l’artiste construisent un récit dans lequel la représentation n’est plus seulement un outil de visibilité, mais aussi une arme de résistance.
« Point d’aboutissement » mais aussi « prélude », la galerie Mariane Ibrahim présente une exposition qui nage entre deux eaux ; comme une représentation accidentée cherchant son prochain récif pour poursuivre ce nouveau récit.

On navigue dans ces « histoires englouties » et ces représentations oubliées. Une initiative qui n’est pas croisière de tout repos. « Le travail de Jackson a été explicitement cité par l’administration américaine actuelle dans une liste d’œuvres jugées problématiques. » En eaux troubles donc.
En choisissant le portrait, Ayana V. Jackson sait qu’elle doit affronter le vent de face. Son regard cherche le visiteur, seul capable de lui accorder une existence. Un défi abyssal.
Gabriel Moser
Jusqu’au 14 mars 2026
Galerie Mariane Ibrahim, 18 Avenue de Matignon, 75008, Paris.
Du mardi au samedi, 11h00-19h00. Entrée libre.
