Salomé, entre fascination et mystère au musée Jean-Jacques Henner

Dans l’élégant hôtel particulier qui abrite le musée Jean-Jacques Henner, avenue de Villiers, l’exposition Salomé. Henner et Moreau face au mythe se découvre presque comme un secret. Répartie entre deux salles sur deux étages, cette exposition-dossier a quelque chose d’intime, un certain mysticisme, qui ne laisse pas indifférent.

La figure de Salomé, princesse biblique devenue symbole de féminité trouble et dangereuse, fascine les artistes depuis des siècles. À la fin du XIXe siècle, elle devient une véritable obsession pour Gustave Moreau. Ici, ses œuvres captivent immédiatement : Salomé apparaît couverte de bijoux, entourée d’architectures fantastiques et de décors foisonnants. Les surfaces sont travaillées avec une minutie presque hypnotique, comme si la peinture avait été patiemment ciselée. Impossible de ne pas s’arrêter longuement devant ces visions où la danse, le mystère et l’ornementation se mêlent.

Face à cette luxuriance, Jean-Jacques Henner choisit une voie radicalement différente. Chez lui, le décor disparaît. Salomé se détache presque seule, dans une approche plus dépouillée et sensuelle du corps féminin. Dans certaines œuvres, il ne reste plus que le plateau d’argent qui évoque la tête de Jean-Baptiste, sans la représenter, suggestion troublante d’un épisode si célèbre.

L’exposition réunit une trentaine de pièces, les toiles étant présentées dans la première salle, tandis que les dessins et études sont exposées à la manière d’un petit cabinet d’arts graphiques, permettant de comprendre les cheminements des deux artistes. Les grands dessins de Moreau dialoguent avec les croquis et carnets de Henner, révélant les étapes de leur imaginaire.

Le catalogue publié pour l’occasion éclaire très bien cette confrontation artistique : deux visions d’un même mythe, l’une flamboyante, l’autre presque silencieuse. Petite par la taille, l’exposition n’en est pas moins passionnante. Elle offre un regard précis et nuancé sur un motif qui a nourri tant de fantasmes artistiques, et rappelle combien un même personnage peut engendrer des visions radicalement différentes.

Julie Goy

Du 18 février au 22 juin 2026

Musée national Jean-Jacques Henner, 43 Av. de Villiers, 75017 Paris

tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 18h

https://musee-henner.fr