En ce début d’année 2026, la Fondation Henri Cartier-Bresson fait un pas de côté en consacrant l’une de ses expositions à un peintre. Un choix qui, loin de contredire l’ambition de ses fondateurs, en prolonge la volonté profonde : penser la photographie dans un champ élargi, en explorant tous les territoires du regard.

Ce projet prend sa source dans un texte hybride : Giphantie, signé Charles Tiphaigne et publié au XVIIIᵉ siècle. À la croisée de la fiction et de la philosophie, ce récit visionnaire imagine notamment un procédé de fabrication d’images qui préfigure de manière troublante l’avènement de la photographie.
Pour concevoir ce dialogue entre littérature et peinture, où le texte n’est ni illustré ni commenté mais réinterprété, Clément Chéroux pense immédiatement à Romain Bernini.
L’univers figuratif, coloré et chimérique du peintre entre en résonance naturelle avec le monde imaginé par l’écrivain. À ce titre, certaines de ses œuvres antérieures à l’exposition trouvent leur place dans l’accrochage.
À ces pièces s’ajoute une production inédite. En puisant dans des fragments choisis du texte, Bernini réalise une vingtaine de toiles conçues comme autant de réponses plastiques aux mots de Tiphaigne. Ses peintures déploient des scènes énigmatiques dans des compositions qui semblent sur le point de raconter une histoire… sans jamais la révéler entièrement.



L’un des axes les plus stimulants du parcours réside dans le travail réalisé autour de la paréidolie, ce phénomène par lequel l’œil projette des formes familières sur des motifs naturels. Ce thème est mis en regard de photographies issues des travaux de Franck D. Conard et de C. L. Aydelotte et questionne l’idée selon laquelle la photographie serait une simple captation du réel, révélant au contraire un monde déjà chargé de projections mentales.
L’exposition propose un voyage visuel singulier, porté par une complicité évidente entre l’artiste et le commissaire qui ne manque pas de nous emporter.
Pour en profiter, rendez-vous dans le cube de la fondation jusqu’au 3 mai prochain
Manuella Sorin
Du 28 janvier au 3 mai 2026
Fondation Henri-Cartier Bresson, 79 rue des Archives, 75003 Paris
Du mardi au dimanche de 11h à 19h
https://www.henricartierbresson.org/
