Les photos d’Harry Gruyaert ou la beauté du banal

Par ses compositions puissantes et éclatées, Harry Gruyaert nous livre son regard sur le monde. Avec son appareil, il parcourt le monde, en saisit la banalité, tout en enjolivant les scènes de vie qu’il observe dans diverses villes, tentant chaque fois de capturer le meilleur chaos.

C’est en couleur qu’il maitrise ce qu’il voit, sans aucune mise en scène mais grâce à une technique particulière lui permettant de rendre compte d’une certaine netteté d’image ainsi que d’un éclat de couleurs saturées. Harry Gruyaert est un des pionniers de la couleur en photographie notamment inspiré par le mouvement du Pop Art qui lui transmet ce gout de la banalité. Dans les années 1970, le photographe belge est un ovni dans son propre milieu : la photographie couleur est alors considérée comme vulgaire et ne pouvant traduire d’un langage artistique.

Le génie photographique d’Harry nous permet de voir un certain monde, à mi-chemin entre le rêve et la réalité, qui n’est pas onirique tant il est banal mais s’apparente à des pensées. Celles qui se bousculent dans l’esprit mais que le photographe belge parvient à ordonner. Le monde qu’il saisit est instantané, amené à s’évaporer dans les secondes qui suivent. En cela réside l’absurde monde qu’Harry révèle. En observant ses photos, on aimerait en connaître l’avant autant que l’après, mais Harry nous condamne à ne voir que « l’ici et le maintenant » ; tant du fait de la solitude qu’il arbore pour réaliser ses photos que de la fugacité de ces dernières.

C’est une exposition photographique intrigante, on entre dans le regard du photographe, dans ce monde coloré, électrisant, à la fois empreint de banalité mais presque irréel.

Harry aime la couleur et ses ambiances. Le rouge domine souvent ses paysages, bien qu’ils aient été capturés dans divers pays. Le rouge est une couleur grinçante selon lui, qui s’entrechoque avec les autres pour former le parfait chaos. La couleur permet l’atmosphère, comme sur cette photo prise à Anvers, le rouge ne domine pas mais sa présence discrète face à ce vert démesuré forme une atmosphère toute particulière :

Ses photos, Harry les décrit comme un art qui « part de soi pour se rapprocher ensuite de la vision en soi d’une réalité ». Les couleurs donnent l’ambiance et les ombres sculptent cette dernière pour former une image complexe. 

Mais au-delà de cette banalité du monde qu’Harry embellit, il souhaite également montrer l’ailleurs. Ce contraste entre les endroits du monde lui offre une infinité d’inspirations pour ses photographies. Moscou, Tanger, Paris, Las Vegas ou encore Le Caire ont chacune une ambiance propre, qu’Harry parvient à capturer.

Sa photographie est un miroir de cet ailleurs qui nous échappe, de cette banalité également que l’on oublie de regarder à force d’habitude.

Ce charme de la banalité et cette sensibilité au monde qu’Harry Gruyaert a réuni pour son exposition La Part des Choses, est visible jusqu’au 24 septembre 2023 au Bal, un lieu indépendant d’exposition.

Lou Brunet

Le Bal, 6 impasse de la Défense, 75018 Paris

Mercredi 12h–20h (nocturne), Jeudi 12h–19h, (Soirées BAL LAB 19h–21h / Fermeture de l’exposition à 18h), Vendredi, samedi, dimanche 12h–19h, Fermé le lundi et mardi

www.le-bal.fr