Quand le miroir se souvient du pas : le soufisme raconté par l’art

Plus d’un an après son ouverture en septembre 2024, le Musée d’Art et de Culture Soufis (Mto) propose une nouvelle exposition qui met en lumière l’héritage soufi : Quand le miroir se souvient du pas jusqu’au 20 septembre 2026.

Le musée nous propose un parcours au travers des différents champs de la culture soufie : en passant par les croyances, la calligraphie, les arts plastiques, ou encore le chant. L’exposition prend la forme d’une sorte de voyage introspectif menant à la connaissance de soi. Elle s’inscrit dans la continuité de la démarche du musée qui cherche à mettre en lumière la culture soufie. C’est en effet le premier musée au monde entièrement consacré au soufisme.

Un voyage spirituel

L’exposition nous invite d’abord à découvrir le soufisme d’une manière plus théorique en le présentant comme un moyen d’élévation de l’âme symbolisée par l’ascension vers le dernier étage de l’exposition. Les trois moments de l’exposition retracent les différentes étapes de ce parcours spirituel qui tend vers une meilleure connaissance de soi. On découvre des cannes qui symbolisent le rôle du guide dans l’ascension spirituelle, ou encore plusieurs Kashkul qui sont des réceptacles de connaissance et qui, au même titre que les philosophes, invitent à un détachement des biens matériels au profit de la connaissance.

Au deuxième étage, le soufisme est abordé comme une manière de se connaître mieux soi-même au travers d’une sorte de pèlerinage spirituel où la connaissance fait office de guide. Les Kashkul de plus grande taille sont exposés dans la salle « Kiam Man », signifiant « qui suis-je ? », et témoignent de cette connaissance nécessaire. Dans cette salle, les Kashkul deviennent les réceptacles d’un dispositif sonore avec les enceintes orientées vers les pierres creuses.

Le dernier étage se présente comme un certain aboutissement de ce parcours introspectif et spirituel. Cette salle nous plonge dans un certain apaisement avec un dispositif sonore où un dôme nous permet de faire l’expérience d’une « douche » sonore lorsque nous nous trouvons au centre. Cela nous plonge dans un état méditatif en accord avec le chemin parcouru.

Sources artistiques variées

L’exposition mêle tradition et modernité pour nous permettre de nous immerger dans la culture soufie. Aux tenues traditionnelles exposées au premier étage s’ajoutent une expérience de réalité virtuelle de la méditation par les chants, ou encore un hologramme qui reconstitue un espace où le maître soufi transmet des savoirs à son élève.

L’exposition met aussi en avant le dialogue entre l’architecture du musée et les œuvres de l’exposition. La conférence des oiseaux a été réalisée dans la salle du musée où elle est exposée et peut s’inscrire dans un dialogue avec la fresque du plafond de cette même salle. Au dernier étage, Self as Water, Water as Mirror de Sanaz Mazinani a été réalisée dans un renfoncement du musée et illustre différents chemins de vie.

L’art de l’ayeneh-kari (travail de miroir) reconnu par l’Unesco dialogue aussi avec l’architecture du musée puisque les miroirs ont été assemblés à même le mur. Certaines surfaces du mur n’ont pas été recouvertes dans le but de les compléter avec les visiteurs au travers d’ateliers.

Ce dialogue avec le public se poursuit dans l’espace appelé Le passage des sages, aménagé avec des tapis et des fauteuils. De nombreux livres y sont disposés et portent sur les artistes exposés ou sur la culture soufie en général. Golzar Yousefi, commissaire de l’exposition, explique que cet espace a été conçu comme une « invitation à prendre le temps ».

La diversité des formes artistiques mises en avant dans cette exposition est renforcée par la fontaine extérieure visible depuis l’intérieur et qui est intégrée dans l’exposition. Dans cette fontaine, il y a des caractères qui ne sont lisibles que depuis une vue aérienne. Autrement dit, seuls les oiseaux semblent en capacité de connaître les secrets de la fontaine. De notre point de vue, les caractères posés dans la fontaine ne sont que de belles formes abstraites dont le sens nous reste caché jusqu’à ce que l’élévation de l’âme puisse nous le révéler.

Bahman Panahi

Bahman Panahi est l’artiste invité à exposer plusieurs de ses œuvres tout au long de l’exposition. Il est plasticien, maître calligraphe, musicien et a travaillé sur le concept de musicalligraphie où le geste calligraphique est à l’image d’un rythme ou d’un souffle. À propos de son œuvre exposée au dernier étage, Bahman Panahi explique s’appuyer sur « une métrique pour tracer [ses] traits », comme en musique. Le bleu prend une place importante dans ses œuvres puisque c’est la couleur du « divin et de la vie, de l’eau et du ciel ».

Ma’rifat, qui signifie à la fois naître et connaître, renvoie à une connaissance absolue. Dans son œuvre, Bahman Panahi témoigne de l’importance de la notion de temps dans la vie et de celle d’apprentissage comme un cycle où apprendre quelque chose nécessite de « vider » autre chose, de désapprendre.

Salomé Raucoule

Jusqu’au 20 septembre 2026

Musée d’Art et de Culture Soufis – 6 Avenue des Tilleuls, 78400 Chatou