Des bêtes et des hommes, Annette Messager au musée de la Chasse et de la Nature

Elle collectionne, elle cueille, elle tisse. Annette Messager, figure majeure de l’art contemporain international, investit le musée de la Chasse et de la Nature avec Une hirondelle ne fait pas le printemps, une exposition à découvrir du 14 avril au 20 septembre 2026.

Conçue par le commissaire Colin Lemoine, cette rétrospective thématique réunit plus de 80 œuvres déployées dans une quinzaine de salles de cet hôtel particulier du Marais, espace foisonnant où l’art contemporain dialogue avec la curiosité encyclopédique. Installations majeures, pièces emblématiques et créations inédites y cohabitent en seize chapitres — « théâtre de la cruauté », « capture et captivité », « sauvagerie domestiquée », « eux avec nous », « fables animales », « trophées intimes », « bestiaire sentimentale » … — composant un parcours dense où le monde animal devient le miroir trouble de nos passions et de nos pulsions.

L’exposition tire sa force d’un dialogue affûté entre l’œuvre d’Annette Messager et les collections permanentes du musée. Dans la salle du sanglier, l’artiste glisse entre les pattes du robuste mammifère empaillé un marcassin affublé d’un masque écarlate : la figure virile se transforme en laie protectrice. La menace belliqueuse cède alors à une tension maternelle, dans un détournement caractéristique d’une artiste qui préfère désarmer plutôt que conquérir. Cette logique du désarmement se lit aussi, avec malice, dans la salle des trophées : là où s’alignent d’ordinaire les fusils de collection, Annette Messager substitue des armes en mousse, un arsenal de douceur qui retourne la violence contre elle-même.

Des peluches enchâssées dans des piles de livres, des hybridations mêlant jambes humaines et corps d’oiseaux, des escargots-seins, des dessins nourris d’expressions populaires : Annette Messager puise dans ses propres collections et dans les matériaux du quotidien pour allégoriser nos désirs et révéler nos contradictions. Ses peluches, ses taxidermies réinvesties et ses hybridations procèdent d’une esthétique du détournement héritée des surréalistes, tout en portant une sensibilité profondément personnelle.

Car si les bêtes nous imitent et nous singent, si elles trahissent nos secrets et allégorisent nos vices, c’est parce qu’elles nous ressemblent — et que nous leur ressemblons. Annette Messager est moins une chasseuse qu’une cueilleuse : elle prélève, assemble et transforme, faisant émerger un monde où les frontières entre humain et animal vacillent. Avec cette exposition dense et poétique, Annette Messager transforme le musée en une vaste fable sans morale, où l’animal, loin d’être dominé, nous observe et nous révèle à nous-mêmes.

Annette Messager biographie

Née à Berck-sur-Mer en 1943, Annette Messager vit et travaille à Malakoff, au sud de Paris. Dès les années 1970, son œuvre se distingue par une remarquable hétérogénéité de formes et de sujets, oscillant du personnel au fictionnel, du social à l’universel. Recourant à des matériaux du quotidien — tissus, photographies, broderies, objets trouvés —, elle explore une grande variété de médiums à travers des principes d’assemblage, de collection et de mise en scène théâtrale. Nourrie par la mémoire, les contes et la mythologie, sa pratique protéiforme entretient des affinités avec le romantisme, le grotesque et le phantasmagorique. Internationalement reconnue, elle a notamment représenté la France à la Biennale de Venise en 2005, où elle a remporté le Lion d’or.

Lise Morlon

du 14 avril au 20 septembre 2026

Musée de la Chasse et de la Nature, 62 rue des Archives, 75003 Paris

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h – Nocturnes le mercredi jusqu’à 21h30 sauf juillet et août

https://www.chassenature.org