Un voyage au pays du sommeil et des rêves à la Fondation Pernod Ricard

L’Argument du Rêve est une exposition qui propose un dialogue entre trois artistes : Amie Barouh, Chloé Quenum et Mohamed Amer Meziane. Jusqu’au 18 avril 2026, la Fondation Pernod Ricard nous invite dans un parcours à mi-chemin entre le sommeil et l’immersion dans le rêve.

L’exposition se déroule en trois temps. Dans la première salle, on peut découvrir O Suno, un dispositif vidéo où le montage et la projection des images donnent cette impression de rêve éveillé. Pourtant, toutes les images filmées ont bel et bien existé pour avoir pu être captées. O Suno mêle des images de l’artiste Amie Barouh à celles de Gim Furtuna, un activiste rom albanais. La voix de la voyante japonaise qui accompagne la vidéo a été enregistrée lors d’un échange au cours duquel Amie Barouh lui a demandé d’interpréter un de ses rêves. Ce rêve était en réalité la description de ce qu’il se passe dans son film, témoignant de la limite floue entre rêve et réalité. Le rêve est aussi invoqué dans le dispositif d’O Suno avec la multiplicité des perspectives pour voir le film. Certaines images sont diffusées à l’envers sur le sol et visibles, à l’endroit, dans un miroir qui nous reflète également. Amie Barouh explique que le jeu sur les différentes perspectives amène quelque chose de l’ordre de « l’impressionnisme car il n’y a pas vraiment de narration, un peu comme dans un rêve ».

Le voyage dans le rêve se poursuit dans un deuxième espace où nous découvrons le storyboard qui a servi à l’élaboration d’O Suno au travers de collages, de peintures et de bribes de texte. L’œuvre d’Amie Barouh fait face à celle de Chloé Quenum, dont la fresque murale est annonciatrice et prémonitoire de Tu respires à ma place sans le savoir, que nous découvrirons dans la dernière salle. Aux deux artistes se joint aussi Mohamed Amer Meziane, dont des extraits de son livre Au bord des mondes. Vers une anthropologie métaphysique sont rassemblés dans des livrets à la couverture grise chromée. Ils sont accrochés au mur et mis à notre disposition pour les prendre, les feuilleter, voire les emmener chez soi. Mohamed Amer Meziane, philosophe, invite à repenser la place de la métaphysique et de l’invisible dans la manière dont nous percevons le réel. Il parle notamment du rêve comme d’un moyen de questionner le monde depuis la frontière du rêve dans son chapitre « Barzakh ou comment les rêves font imploser l’ontologie ».

La dernière étape de l’exposition nous plonge dans l’univers de Chloé Quenum qui nous invite dans un espace dédié au sommeil et à ses pratiques au travers de la scénographie, de sculptures et d’images projetées. Les sculptures donnent l’illusion de bois, mais ont été réalisées avec de l’impression en trois dimensions. Le banc nous invite à nous asseoir et les tapis à nous allonger. Les appui-têtes ne sont pas à taille réelle et donnent plutôt l’impression d’assises, un peu comme dans les rêves où les échelles sont parfois renversées. La distorsion dans les songes se manifeste aussi dans les images projetées au mur qui ont été animées grâce à de l’intelligence artificielle à partir d’images statiques. L’espace, dans son ensemble, vit et évolue : des capteurs de mouvements permettent d’illuminer les sculptures lorsqu’on s’en approche et la luminosité de la pièce varie, du très éclairé au très sombre, à la manière d’un cycle du sommeil allant du réveil jusqu’à l’endormissement. Chloé Quenum imagine Tu respires à ma place sans le savoir comme une immersion dans « l’intime du sommeil où on fait face à la vulnérabilité d’une personne endormie ». La fenêtre du mur du fond, alors que la nuit est tombée, rappelle à la fresque en trompe-l’œil de la salle précédente.

Salomé Raucoule

Jusqu’au 18 avril 2026

Fondation Pernod Ricard – 1 Cours Paul Ricard, 75008 Paris

Du mardi au samedi de 11h à 19h (jusqu’à 21h le mercredi)

https://www.fondation-pernod-ricard.com/fr/expo/largument-du-reve