Tout ce que peut l’amour : une pièce d’une grande humanité

Tout ce que peut l’amour est une pièce d’une intense sensibilité et d’une grande humanité, actuellement jouée au Théâtre du funambule Montmartre du 02 mars au 05 mai 2026. Elle est mise en scène par Cécile Parichet, qui en fait elle-même l’adaptation pour le théâtre du livre de Chloé Duperrin. Elle explore le thème du deuil rencontré face à la maladie, mais surtout la force de l’amour qui persiste malgré les épreuves. 

La pièce retrace le combat de Soley, diagnostiquée d’un cancer infantile à l’âge de trois mois, et nous plonge dans le quotidien hospitalier au cœur des soins, des traitements, des tensions, de la peur mais aussi de l’espoir, vécu par sa mère Chloé et toute sa famille qui ne cesse de soutenir Soley jusqu’au bout. 

La pièce parcourt ainsi les nombreux questionnements qui émergent avant l’annonce du diagnostic, pendant les traitements, puis au moment du travail de deuil. On voit Chloé se battre littéralement avec sa fille, et la mise en scène souligne justement ce combat à travers des scènes où la jeune femme boxe, métaphore directe de la lutte contre la maladie. 

La pièce interroge également sur ce que signifie survivre après la perte de son enfant, ici de son premier enfant. Comment continuer à se sentir mère face à un tel drame ? Comment poursuivre sa vie sans se laisser consumer par la culpabilité ? Menée avec une très grande délicatesse, la pièce tente d’apporter des éléments de réponse à toutes ces questions à partir du livre témoignage de Chloé Duperrin. 

La mise en scène, d’une grande douceur, fait jaillir un message d’espoir tout en accompagnant l’histoire avec beaucoup de tendresse et de lumière malgré la dureté du sujet. Le caractère choral de la pièce apporte aussi une dimension collective précieuse qui réchauffe le récit et évite qu’il ne devienne insoutenable. Plusieurs comédiennes interprètent différents rôles, ce qui confère un véritable dynamisme à la pièce et rythme la narration de manière très efficace. 

Les rôles des parents de Soley sont interprétés du début à la fin par les mêmes acteurs, tandis que le personnage de Chloé est dédoublé par la présence d’une narratrice qui porte un regard rétrospectif sur l’épreuve traversée. Ce dédoublement permet de créer un dialogue entre la mère plongée entièrement dans ce combat et celle qui raconte l’histoire après coup, apportant une profondeur supplémentaire au récit ainsi qu’une lecture plus complexe de l’expérience vécue.

Tous les comédiens livrent une performance absolument bouleversante et s’y adonnent avec une sincérité remarquable pour transmettre les mots et l’expérience de Chloé Duperrin.  L’interprète de Chloé est particulièrement marquante : elle restitue avec une grande justesse la combativité et l’humanité de cette maman confrontée à l’impensable. 

La mise en scène cultive également une forte dimension symbolique. Le lit d’hôpital placé au centre de la scène devient le noyau symbolique du combat familial, le lieu où se concentrent espoir, incertitude, larmes et chaleur. Les cordes évoquant un ring de boxe installé autour du plateau traduisent visuellement la lutte permanente contre la maladie ainsi qu’une dimension oppressante de l’univers médical. 

Les moments musicaux apparaissent comme de véritables battements de cœur tout au long de la représentation, des instants suspendus. Le spectateur se voit offrir des respirations musicales, pour reprendre son souffle afin qu’il puisse poursuivre cette traversée haute en émotions. Ces choix musicaux familiers et libérateurs renforcent l’impression qu’on a, d’accompagner progressivement Chloé et sa famille dans leur combat. Cette immersion émotionnelle permet de ne jamais laisser le spectateur de côté. 

Malgré la dureté du sujet traité, la pièce laisse une empreinte d’amour, d’humanité et d’espoir. Elle constitue un hommage profondément touchant que Chloé adresse à sa fille et rappelle que le théâtre fait perdurer la mémoire. Aller voir Tout ce que peut l’amour, c’est aussi contribuer à faire vivre ce témoignage et inscrire une trace indélébile de Soley. 

Suzanne Assous-Boulanger

Du 02 mars au 5 mai 2026

Théâtre Funambule Montmartre, 53 rue des Saules, Paris, 75018 

Les lundis et mardis à 19h ou 21h