Jean Persil, directeur artistique de la Schola Cantorum à Toulouse : « On veut développer un son Saint-Sernin »

Fondée il y a 6 ans, la Schola Cantorum de la Basilique Saint-Sernin de Toulouse rayonne. Orchestre baroque liturgique, l’association reconnue d’intérêt général place au cœur de ses chœurs l’exigence de la technicité vocale au travers d’un répertoire français étendu. Le chant liturgique ne connaît aucune fausse note : l’organisation jouit d’un développement constant et entend poursuivre son ascension en se professionnalisant davantage et en se tournant vers la formation. Pour It Art Bag, Jean Persil, directeur artistique et fondateur de la Schola, revient sur les lignes directrices d’un projet musical engagé qui entend redonner au chant liturgique ses lettres de noblesse en le diffusant largement à tous les publics.

It Art Bag : Comment l’idée de fonder la Schola Cantorum vous est-elle venue ?

Jean Persil : La Schola Cantorum s’est développée durant l’épisode de Covid à partir de 2020. Notre ambition était de proposer un chœur au sein de la Basilique Saint-Sernin de Toulouse, dotée d’un orgue merveilleux. Plusieurs personnes se sont jointes à nous pour former un premier chœur. La Schola Cantorum de Toulouse s’est créée en référence au Moyen Âge et à Rome où il existait déjà des centres de formation de la sorte. J’ai ensuite eu envie de structurer l’ensemble.

IAB : La Schola Cantorum propose désormais cinq ensembles musicaux différents. Comment expliquer un tel développement ?

JP : Notre association regroupe en effet cinq ensembles musicaux. Le Grand Chœur que j’ai l’honneur de diriger, le chœur Grégorien, la maîtrise, le chœur d’hommes et l’orchestre baroque. Ces différents ensembles cohabitent mais sont indépendants quant à leur répertoire : la direction de chacun d’entre eux est assurée par un chef distinct. Toutes les personnes qui nous ont rejoints ont quelque part apporté leurs spécificités musicales. Chaque chef réalise des choix très personnels pour les différents ensembles. En tant que directeur artistique, je suis ensuite là pour apporter une certaine cohérence.

Le développement de la Schola a été rapide. Il s’explique par une réelle demande. La France, par rapport à d’autres pays, a peu de lieux d’excellence dédiés aux chants liturgiques. Notre développement s’explique donc par une offre différente, par ailleurs très forte car ancrée dans un seul lieu : la Basilique Saint-Sernin de Toulouse. Cet endroit est porteur pour l’association du fait du prestige de l’édifice mais aussi de l’accueil que nous avons reçu. Sans le soutien de la ville et du clergé, nous n’aurions pas pu nous développer de la sorte.

IAB : Un développement rapide qui compte se poursuivre avec la création d’une formation professionnalisante et reconnue. N’avez-vous pas l’impression d’aller trop vite ?

JP : On a ces prétentions parce que les gens sont venus à nous. Oui, aujourd’hui la Schola Cantorum doit encore franchir une étape et devenir, à terme, un véritable pôle d’excellence dans le chant liturgique. L’orchestre baroque liturgique que nous avons est déjà le seul dans son genre en France. L’aspect formation avec un parcours reconnu et diplômant est désormais notre objectif. Ce n’est pas être pressé que de le dire : la Schola a le devoir de se développer tant qu’elle est soutenue. La musique est fragile d’un point de vue politique. Aujourd’hui, nous sommes soutenus et reconnus pour notre crédo : la musique sacrée rendue dans les offices. Demain, la Schola Cantorum doit être plus que cela. Pour devenir incontournable et surtout inamovible.

IAB : Au XXIe siècle, le chant liturgique ne semble donc pas passé de mode. Comment expliquer un tel engouement pour cette proposition ?

JP : La musique, c’est du partage. Et la Schola Cantorum entend justement partager, c’est-à-dire proposer une œuvre portée par le collectif dans laquelle les participants doivent s’abandonner. Le chant liturgique ne doit pas être muséifié. Il faut lui donner vie. C’est ce que nous faisons.

Au sein d’un chœur, on est désincarné et on fait corps. Et le chœur influe sur la voix. Le fait de se dépasser, d’être exigeant et curieux, sont des choses qui donnent envie. Le chant est quelque chose hors du temps. Cette dimension supérieure offre un véritable sens à ce que nous faisons. Le chant permet de se déconnecter et dans le vacarme de nos vies, c’est essentiel. Tout ceci est recherché à l’heure actuelle.

IAB : Tous les profils sont-ils les bienvenus ou pratiquer le chant sacré exclu-t-il de facto les non-croyants ?

JP : Il n’y a aucun prérequis religieux pour intégrer la Schola Cantorum. Parmi les choristes que je dirige, tous sont loin d’être catholiques. En revanche, je pense que la musique est un moyen d’évangélisation. Comme Saint-Thomas d’Aquin le disait, il y a certains véhicules qui permettent d’aller vers Dieu. La beauté en fait partie. Et justement, la musique est belle, pour ceux qui la font comme pour ceux qui l’écoutent. Tous les profils sont donc bienvenus et tous les profils sont amenés à participer : ceux qui sont sélectionnés et ceux qui, par l’écoute, participent à l’œuvre collective. Nous accueillons des personnes de tout âge, de 18 à 78 ans, et de tous les horizons.

IAB : Les chœurs de la Schola Cantorum se sont développés dans la Basilique Saint-Sernin. Quelle est la particularité de ce lieu ?

JP : C’est ce qui donne à notre association son ancrage. La Basilique Saint-Sernin est un cadre de rêve pour chanter. Je souhaite que l’on continue à se développer dans ce cadre. Il faut en faire un réel lieu de rayonnement. A l’avenir, on voudrait un vrai son Saint-Sernin : il faut que l’on reconnaisse nos morceaux, nos répertoires, notre marque. Un son unique, grandiose, intimiste et contemporain. La Basilique de Saint-Sernin, c’est tout ceci.

IAB : Le développement de la Schola ne passe-t-il donc que par Toulouse ou diriez-vous que le modèle économique peut et doit encore évoluer ?

JP : Le modèle économique doit évoluer. Actuellement, nous proposons quasi exclusivement cette culture gratuitement. Et la billetterie seule de nos concerts ne suffit pas. Il faut donc passer à l’étage supérieur et nous diversifier. Il faut chercher à s’exporter différemment, par la vidéo, des concerts privés. Pour obtenir un soutien financier plus important, le mécénat privé est également une voie que nous allons continuer à explorer.

Toulouse est un bon point de départ car une véritable émulation s’est créée dans l’ensemble du Sud-Ouest. Mais il faut aussi réfléchir au-delà. La création d’une véritable saison culturelle pour valoriser notre répertoire et nos créations contemporaines, nous permet de voyager et de faire voyager nos productions.

Propos recueillis par Gabriel Moser

Crédit photo : Grégoire de Susanne

Schola Cantorum de la Basilique  Saint-Sernin, 13, place Saint-Sernin, 31000 Toulouse

https://www.schola-saintsernin.com