A Château-Chinon, le musée de la Mode révèle trois siècles d’histoire du vêtement et rouvre son trésor diplomatique : la Cité des Présents – François Mitterrand

Au cœur du Morvan, à Château-Chinon, un lieu singulier rouvre ses portes après sept années de travaux : la Cité des Présents – François Mitterrand. Inauguré le 10 mai 2026, quarante-cinq ans jour pour jour après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, ce nouvel équipement culturel redonne souffle à deux institutions emblématiques de la Nièvre : l’ancien musée du Septennat, désormais musée des présents, et le musée du Costume, rebaptisé musée de la Mode.

Avec près de 2 000 m² d’exposition, 10 000 objets conservés et un investissement global de 17,5 millions d’euros, la Cité s’impose comme l’un des projets culturels majeurs de la région.

Un musée unique en France consacré aux cadeaux diplomatiques

Peu de musées au monde proposent une immersion aussi directe dans les coulisses symboliques de la diplomatie. Créé en 1986 après la donation par François Mitterrand d’une partie des présents reçus durant ses deux mandats présidentiels, le musée rassemble aujourd’hui près de 4 800 objets (dont un tiers ont été offerts par des Français)

Entre 1981 et 1995, François Mitterrand visite 86 pays. Environ 80 d’entre eux sont représentés dans la collection. Chaque objet raconte une rencontre diplomatique, un protocole, une stratégie d’influence ou une démonstration de prestige.

Le visiteur découvre ainsi une impressionnante diversité d’objets : sculptures, tapisseries, pièces d’orfèvrerie, textiles, objets d’art populaire, photographies officielles ou encore curiosités parfois insolites.

Parmi les œuvres phares : un portrait officiel du prince Charles, offert en 1981 par le Royaume-Uni, premier cadeau reçu par le nouveau président français ; une scène d’oasis en vermeil, malachite et albâtre offerte par le roi Khaled d’Arabie saoudite lors de la première visite d’État de Mitterrand ; des insignes royaux baoulé offerts par Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire ; une spectaculaire tapisserie sénégalaise des manufactures de Thiès, symbole du dialogue entre artisanat traditionnel et diplomatie culturelle.

Le musée conserve également des cadeaux plus monumentaux ou spectaculaires, comme : un lion et une lionne naturalisés offerts par le président centrafricain André Kolingba ; une sculpture d’éléphant en bois sculpté et incrustations d’ivoire offerte par l’Inde ; un paon en métal doré et émail offert par le roi du Cambodge

Plus qu’un simple inventaire d’objets précieux, le parcours replace chaque présent dans son contexte historique, géopolitique et symbolique.

Le cadeau diplomatique comme langage politique

La grande réussite de la nouvelle scénographie est de dépasser l’effet de collection pour proposer une lecture anthropologique et politique du cadeau diplomatique.

Dans les relations internationales, le présent n’est jamais neutre. Il matérialise un échange, traduit une reconnaissance, manifeste une hiérarchie ou construit un récit.

Un objet offert à un chef d’État porte ainsi plusieurs niveaux de signification : affirmation du prestige du donateur ; valorisation des savoir-faire nationaux ; rappel d’une mémoire historique ou culturelle commune ; tentative d’influence symbolique.

Cette lecture contemporaine donne une nouvelle profondeur à des objets autrefois parfois perçus comme anecdotiques ou exotiques.

L’attachement de François Mitterrand à Château-Chinon

Si ce musée existe à Château-Chinon, ce n’est pas un hasard. François Mitterrand fut maire de la ville pendant plus de vingt ans et resta profondément attaché à la Nièvre, qu’il considérait comme l’une de ses « petites patries ».

Le musée raconte aussi cette relation intime entre l’homme d’État et son territoire d’élection.

On y découvre notamment les célèbres globes commandés par Mitterrand à l’architecte Fernand Pouillon. Ces objets protocolaires indiquent plusieurs lieux emblématiques de sa vie : Jarnac, sa ville natale ; Château-Chinon ; Cluny ; Solutré ; Latche.

Ces globes incarnent la synthèse entre ancrage local et rayonnement international, l’un des fils rouges du parcours.

Parmi les cadeaux offerts par Mitterrand, on trouve des objets émanant des grandes entreprises françaises mondialement connues comme Daum, Hermès, Sèvres….

Des cartes postales envoyées par Mitterrand depuis l’étranger à ses proches nivernais renforcent cette dimension personnelle et presque intime.

Une renaissance architecturale

Fermés depuis 2019, les musées ont bénéficié d’une rénovation complète pilotée par l’architecte Patrick Mauger.

Le projet réunit désormais plusieurs espaces : La Maison du Morvan, nouveau hall d’accueil partagé avec l’office de tourisme ; un pavillon contemporain reliant les deux musées ; des jardins paysagers en terrasses.

Le pavillon, aux façades vitrées et lignes épurées, agit comme trait d’union entre patrimoine ancien et architecture contemporaine.

Les jardins, composés de granit, bois, ardoise et végétation locale, prolongent l’expérience muséale dans un dialogue avec le paysage morvandiau.

Un élément particulièrement symbolique y subsiste : le chêne offert par Elizabeth II.

Un second musée consacré à la mode

L’autre moitié de la Cité est dédiée au vêtement et à son histoire sociale.

À l’origine, l’établissement était un musée régionaliste consacré aux arts et traditions populaires du Morvan. Dans les années 1960, il s’inscrit dans une logique patrimoniale classique : conserver les objets du quotidien, témoins des usages et modes de vie locaux.

Le tournant décisif intervient en 1970.

Alors maire de Château-Chinon, François Mitterrand décide d’acquérir une importante collection de vêtements, accessoires et objets textiles constituée par le collectionneur Jules Dardy.

Cette acquisition transforme profondément l’identité du musée.

Passionné par les arts décoratifs et sensible à la transmission patrimoniale, François Mitterrand voit dans cette collection une opportunité culturelle originale pour Château-Chinon. Il souhaite faire de la ville un lieu de diffusion artistique dépassant l’échelle locale.

Le musée du Costume est alors installé dans l’ancien hôtel particulier de la famille Buteau-Ravisy, demeure du XVIIIe siècle qui accueille encore aujourd’hui les collections.

La collection Jules Dardy, socle fondateur du musée

Le cœur historique du musée repose sur la collection constituée par Jules Dardy, collectionneur passionné par l’histoire du vêtement.

Cette première acquisition rassemble environ 2 500 pièces : vêtements, lingerie, accessoires, textiles et objets liés aux usages vestimentaires.

Une seconde acquisition vient enrichir le fonds en 1983, consolidant le musée comme référence régionale dans le domaine du costume historique.

Au fil des décennies, les collections continuent de croître grâce : aux dons de particuliers ; aux acquisitions menées par le Département de la Nièvre ; à de nouvelles donations de créateurs.

Aujourd’hui, le musée conserve près de 5 000 pièces. Cette richesse permet de retracer 328 ans d’histoire de la mode.

De la bourse de mariage de 1690 à la haute couture contemporaine

La plus ancienne pièce conservée remonte à 1690 : une bourse de mariage datant du règne de Louis XIV.

À l’autre extrémité chronologique, le parcours présente des créations du XXIe siècle, notamment une robe conçue par Alexis Mabille en 2018.

Entre ces deux bornes, le musée propose une traversée des styles et des transformations sociales du vêtement.

Le parcours montre comment l’habillement reflète : les hiérarchies sociales ; l’évolution des corps ; les normes de genre ; les innovations textiles ; les mutations culturelles.

Le visiteur découvre ainsi : robes à la française du XVIIIe siècle ; corps à baleines ; gilets masculins du XIXe siècle ; robes romantiques ; vêtements bourgeois et mondains ; accessoires comme éventails, chapeaux, chaussures ou foulards.

Le musée montre ainsi que le vêtement n’est jamais neutre : il structure le corps, traduit une époque et révèle les normes sociales.

Une ouverture vers la haute couture

Si les collections historiques constituent l’ADN du musée, le parcours s’ouvre désormais largement à la mode contemporaine.

Un enrichissement majeur a récemment renforcé cette orientation : le don exceptionnel du couturier nivernais Pascal Millet.

Ce don comprend 130 pièces représentatives de son parcours créatif.

Ancien directeur artistique de Carven, Pascal Millet apporte au musée une dimension haute couture affirmée.

Le musée conserve notamment : 44 tenues et accessoires de Carven ; 13 pièces de Yves Saint Laurent. D’autres maisons prestigieuses figurent également dans les collections : Balenciaga ; Dior ; Hermès ; Azzedine Alaïa ; Courrèges ; Jean Paul Gaultier.

Certaines créations font écho à la culture populaire contemporaine ou à des silhouettes portées par des personnalités comme Lady Gaga, Rihanna ou Catherine Deneuve.

Une ambition culturelle renouvelée

La Cité ne se limite pas à ses collections permanentes.

Pensée comme un lieu vivant, elle propose : visites guidées ; ateliers pédagogiques ; parcours famille ; conférences « Les Rendez-vous de la Cité » ; spectacles et concerts lors des grands événements culturels.

Une attention particulière est portée au jeune public, avec dispositifs sensoriels, cartels adaptés et ateliers dédiés.

Un lieu de mémoire devenu laboratoire culturel

La réouverture de la Cité des Présents marque davantage qu’un simple retour patrimonial. Elle transforme un musée parfois perçu comme une curiosité présidentielle en un lieu d’analyse des symboles du pouvoir, de l’influence culturelle et de la représentation politique.

Entre histoire politique, arts décoratifs, diplomatie et mode, la Cité des Présents – François Mitterrand offre ainsi un parcours rare en France, à la croisée de l’intime, du protocole et de la mémoire nationale.

Véronique Spahis

Cité des Présents – François Mitterrand, 6 place Saint-Christophe, 58120 Château-Chinon

du 12 mai au 30 septembre : mardi à dimanche, 10h-18h / du 1er octobre au 15 novembre : mercredi à dimanche, 10h-17h