À l’heure où une grande partie du marché de l’art se concentre à Paris, certaines galeries prouvent qu’il est possible d’exister, de se renouveler et de rayonner loin de la capitale. C’est le cas de la galerie Capazza, installée à Nançay, dans le Cher. Depuis cinquante ans, au Grenier de Villâtre, dans de magnifiques bâtiments rattachés au château du XVIIe siècle, elle défend une vision exigeante de la création contemporaine et continue de faire vivre un territoire rarement associé aux grands circuits du marché de l’art.

Fondée en 1975 par Sophie et Gérard Capazza, puis reprise il y a une dizaine d’années par Laura et Denis Capazza-Durand, la galerie n’a jamais cessé de se réinventer. À seulement deux heures de Paris, elle cultive une identité singulière : celle d’un lieu de découverte où dialoguent artistes confirmés, jeunes créateurs, céramistes, verriers, photographes, sculpteurs et plasticiens.
Ce printemps, la galerie présente l’exposition collective Jardins invisibles. Ici, le paysage s’affranchit du réel pour se faire l’écho d’une interprétation, d’une sensibilité intime : ce que la nature provoque en nous, ce qu’elle dépose dans les gestes, les matières, les silences. Chant du végétal, dialogue avec les éléments, mémoire des sols : chaque œuvre propose une lecture singulière du vivant.
La galerie compose un parcours où les approches se répondent et se complètent : céramiques brutes de Brigitte Pénicaud inspirées de l’esthétique du wabi-sabi ; cerisier en verre filé jaillissant d’un bloc de pierre brute de Julie Legrand ; images botaniques imprimées sur un papier fabriqué à partir de la plante elle-même de Parme Baratier. Les photographies de Naomiro Ninomiya prolongent cette réflexion : le poisson photographié est imprimé sur un papier japonais fabriqué avec l’eau de la rivière même où il a été capturé, un lien physique et symbolique entre sujet, support et environnement.
L’exposition réserve également une expérience sensorielle inattendue avec l’œuvre vidéo Territorial Water du collectif Insuto : un écran suspendu, surfacé d’une pellicule d’eau sur laquelle se projettent des images tandis que les sons se matérialisent en vibrations visibles à sa surface. La frontière entre l’audible et le visible s’y dissout, comme dans ces jardins que l’on ne voit pas mais que l’on ressent.
La galerie prépare déjà sa grande exposition estivale. Dans le parc qui entoure le domaine, les sculptures monumentales de Vladimir Zbynovsky s’imposent avec force et douceur à la fois. Formé aux Beaux-Arts de Bratislava, cet artiste travaille le verre optique thermofusionné associé à la pierre pour créer des images intérieures, des pièces à habiter du regard. Leur présence puissante et méditative transforme les jardins en parcours de découverte à ciel ouvert.

Parallèlement, la galerie poursuit son activité hors les murs avec une nouvelle collaboration au château d’Ainay-le-Vieil. Jusqu’à la fin du mois de septembre, douze sculptures monumentales du céramiste catalan Claudi Casanovas dialoguent avec les jardins du domaine. Figure majeure de la céramique contemporaine, l’artiste développe un travail où la terre se rapproche de la pierre. Réalisées en grès, porcelaine et oxydes de fer, ses œuvres aux formes organiques et aux surfaces longuement travaillées invitent à une relation presque tactile. Dissimulées au détour d’une allée ou surgissant d’un massif végétal, elles accompagnent la promenade avec une présence discrète, comme si elles avaient toujours appartenu au paysage.

Cinquante ans après sa création, la galerie Capazza démontre qu’elle n’a rien perdu de son énergie. Expositions thématiques, parcours de sculptures dans ses jardins, collaborations hors les murs : la galerie multiplie les initiatives et continue d’élargir son territoire. À l’approche de Bourges, capitale européenne de la culture en 2028, qui placera la région sous les projecteurs, elle apparaît plus que jamais comme l’un des acteurs culturels les plus dynamiques de la région. Plus qu’un espace d’exposition, elle reste un lieu vivant où, saison après saison, il se passe toujours quelque chose. Une galerie où l’on vient et où l’on a envie de revenir.
Lise Morlon
Galerie Capazza, Grenier de Villâtre, 18330, Nancay.
Ouverture les samedis, dimanches et jours fériés, de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 19h.
« Jardins invisibles » — jusqu’au 14 juin 2026, galerie Capazza
« Vladimir Zbynovsky » — été 2026, espaces extérieurs de la galerie Capazza
« Claudi Casanovas » — jusqu’au 27 septembre 2026, Château d’Ainay-le-Vieil (7 Rue du Château, 18200 Ainay-le-Vieil, plus d’informations sur https://chateau-ainaylevieil.fr/).