Les Hortillonnages d’Amiens, un festival d’art à fleur d’eau

Pour sa 17e édition, le Festival international de jardins investit ce paysage amphibie unique, entre mémoire maraîchère et création contemporaine.

Il faut embarquer. Glisser à bord d’une barque à fond plat, laisser le moteur électrique fendre silencieusement les rieux — ces canaux étroits qui quadrillent depuis des siècles les 300 hectares d’îlots maraîchers au cœur d’Amiens. Alors seulement les Hortillonnages se révèlent : paysage façonné par les hommes, jadis couvert de cultures, aujourd’hui territoire à la fois sauvage et habité, protégé et vivant. C’est dans ce site exceptionnel, classé parmi les zones humides les plus remarquables de France, que le Festival international de jardins célèbre sa 17e édition.

Car la philosophie du festival est claire depuis ses débuts : ne pas envahir. Seulement 28 barques circulent simultanément sur les rieux. Douze mille visiteurs par an sont accueillis dans ce site où cohabitent propriétaires de jardins d’agrément, maraîchers, chasseurs et pêcheurs. Une communauté vivante que le festival s’attache à ne pas bousculer, préférant s’y insérer avec discrétion.

Les créations 2026 témoignent de cette ambition. Parmi elles, le Palais des Oiseaux, de l’atelier Poem, réinterprète le colombier médiéval en structure ouverte : les colombages évidés deviennent nichoirs, les façades s’ouvrent aux martins-pêcheurs comme aux promeneurs. Crue, de Pauline Cap, Manu Vanderveken et Openfield, érige un mémorial paysager aux inondations de 2001, vingt-cinq ans après le désastre, rappelant que la Somme n’est jamais loin. La sculptrice Apolline Ducrocq rend hommage aux travailleuses des Hortillonnages dans Hortillonne, une composition de métal et de béton inspirée des paniers d’osier qui témoignaient autrefois de l’activité du marché sur l’eau d’Amiens. Le collectif A8, composé d’étudiants en arts plastiques de l’université d’Amiens, investit un cabanon pour dénoncer la fragilité des écosystèmes aquatiques dans une installation intitulée Mise en Abysse. Au total, 49 oeuvres sont visibles sur les deux sites, dont 12 nouvelles productions sélectionnées cette année.

Au-delà de la prouesse artistique, le festival porte une triple ambition : écologique, avec des artistes tenus de respecter, et même de nourrir, le milieu naturel (certains laissent jusqu’à des fiches d’entretien pour leurs œuvres végétales) ; sociale, à travers l’accueil de volontaires en service civique et des chantiers d’insertion pour l’entretien des parcelles ; et mémorielle, en ravivant le souvenir d’un passé maraîcher intense qui avait presque disparu. Dans les années 1970, un projet d’autoroute menaçait de raser les Hortillonnages. Le festival, aujourd’hui, en est l’un des meilleurs gardiens.

Les cygnes, plus de soixante cette année, chiffre exceptionnel, glissent entre les œuvres, s’arrêtent, repartent, rappelant que le festival n’est jamais tout à fait séparable du vivant qui l’accueille.

Lise Morlon

du 22 mai au 11 octobre 2026

Mai-juin, Septembre/octobre : du mercredi au dimanche – Juillet/août : du mardi au dimanche – Ouverts les 14 juillet et 15 août 2026

Parcours en barque à Camon, au Port à Fumier, 35 rue Roger Allou, 80450, Camon

En semaine de 13h à 19h, Le week-end de 10h à 19h – Tarifs sur leur site : https://www.artetjardins-hdf.com/directory-project/festival-international-jardins-hortillonnages-amiens/

Parcours à pied à Amiens, sur l’île aux Fagots, 43 chemin de halage, 80000, Amiens ou accès par la passerelle « L’Hortillonne », 141 rue de Verdun, 80000, Amiens – Gratuit, accès libre – De 13h à 18h30