Présentée au Théâtre de l’Oriflamme dans le cadre du Festival OFF d’Avignon, Peines perdues suit le retour à la vie civile d’Alain, tout juste libéré après vingt ans de détention pour un crime qu’il continue de nier. À travers ce titre aux multiples lectures, la pièce s’intéresse moins à la prison qu’à ce qui vient après.

L’action se déroule entièrement dans un café de village tenu par son épouse, Christine, interprétée par Anne Le Guernec. C’est là qu’Alain, joué par Daniel Hanssens, pose ses valises pour tenter de reprendre le cours de son existence. Mais dès son arrivée, l’équilibre local vacille : le moindre de ses gestes est observé et commenté, comme si la condamnation continuait de peser sur lui.
Le choix du bistrot comme décor unique est une intuition particulièrement juste de Marie Nardon. Lieu des habitudes, des passages et des ragots, il devient le point de convergence des rumeurs qui circulent dans la rue. Celles-ci prennent corps à travers la serveuse et son père, interprétés par Justine Grave et Patrick Zard’. Tous deux incarnent des réactions opposées face au retour de l’ancien détenu et interrogent progressivement la figure du bouc émissaire.
Derrière cette chronique sociale se dessine une réflexion plus intime : celle de deux êtres qui doivent se retrouver après avoir vécu des années dans des réalités différentes. Alain ne doit pas seulement affronter le regard des autres, il doit aussi se réinventer auprès d’une femme que l’attente et le temps ont profondément transformée. De son côté, Christine doit réapprendre à faire une place à celui dont l’absence a longtemps rythmé le quotidien.
Ces « peines perdues » sont donc autant celles d’un homme qui tente de renouer avec une vie dont il a trop longuement été éloigné, confronté au jugement de ceux qui continuent de le réduire à son passé ; que celles d’un couple devenu étranger l’un à l’autre et contraint de retrouver des repères communs. Un sujet sensible que l’on se réjouit de voir porté au théâtre.
La compagnie Lyrika Lab joue jusqu’au 24 juillet, tous les soirs à 19h05 (relâche les 9, 16 et 23 juillet).
Manuella Sorin
Du 4 au 25 juillet à 19h05
Théâtre de l’Oriflamme – 3-5 rue Portail Matheron, 84000 Avignon
Durée : 1h10 – Compagnie Lyrika Lab