Jusqu’au 26 juillet, sous la verrière du Grand Palais, l’artiste Laure Prouvost présente son exposition « Nous, frissons d’étoiles » dans laquelle elle use du langage alternatif de la physique quantique pour aborder le monde qui nous entoure. Cette exposition a été pour la première fois exposée en 2025 à Berlin et est maintenant enrichie et réimaginée pour le Grand Palais.

Cette exposition est, pour l’artiste, le résultat de deux ans de recherche aux côtés du philosophe Tobias Rees et du scientifique Hartmut Neven, deux années durant lesquelles elle a pu appréhender la physique quantique qui décrit le comportement de la matière et de l’énergie à l’échelle des particules et des atomes. Elle est un moyen complètement différent de comprendre le monde, basé sur des probabilités et non des certitudes.

Carly Whitefield, responsable de la programmation, explique que cette exposition, et plus généralement le fait d’emmener la science dans les milieux artistiques, est un moyen de se réapproprier la technologie et la science dans un monde où ces dernières sont accaparées par de grandes entreprises se livrant à une course effrénée pour stabiliser la technologie. L’exposition « Nous, frissons d’étoiles » fait partie du programme Sensing Quantum de LAS Art Fondation qui œuvre justement en ce sens, dans la lignée de programmes anciens tels que l’APG (Artist Placement Group).
« Nous, frissons d’étoiles » est donc une exposition qui explore la question suivante : que ressentirait on en éprouvant des sensations quantiques ? C’est pour cette raison que l’artiste nous incite à voir, toucher, sentir, goûter et entendre, et nous pousse à interagir avec les différentes sculptures.


La visite débute dans le noir complet, dans un tunnel confiné où les sens sont complètement étouffés, où la réalité et l’espace semblent se dilater et se transformer à mesure que notre œil s’adapte à l’obscurité et que notre orientation bascule vers une porte lumineuse.
Cette porte ouvre sur la grande verrière baignée de lumière au centre de laquelle se trouve la sculpture cinétique monumentale « The Beginning ». Le passage du noir complet vide à un grand espace de lumière aux multiples expériences sensorielles n’est pas sans rappeler le phénomène du Big Bang, et le nom « The Beginning » nous conforte dans cette idée.


« The Beginning » est une sculpture cinétique monumentale en voile blanc à six bras en mouvement qui parcourent la salle entière et auxquels sont suspendus de longs fils qui viennent nous effleurer. L’œuvre a été conceptualisée par Laure Prouvost comme une présence quantique présente mais pas forcément visible, avec laquelle nous ne faisons qu’un. Elle tient en elle une figure maternelle, créatrice, presque divine, avec sa présence immense et discrète, réflexion de la lumière dans une forme indéterminée et inqualifiable.

Lorsque nous franchissons son seuil, sous son cœur, nous sommes plongés une nouvelle fois dans l’obscurité, une nouvelle fois les perspectives basculent et on trouve la vidéo « We Felt a Star Dying » projetée au-dessus de nos têtes. Nous sommes invités à nous allonger confortablement pour profiter de la projection qui rend compte des différentes échelles du réel avec pour fil rouge le quantique, commun à tout le réel, vivant, inerte, naturel et artificiel.
Pour saisir cette diversité, Laure Prouvost a eu recours à diverses techniques : caméra pour microscope, imagerie thermique, drone, etc. À travers ces outils, elle brouille les horizons et les perspectives, donnant aux spectateurs et spectatrices une impression d’apesanteur.

La visite fait appel à tous nos sens : elle est accompagnée d’un son spatialisé diffusé dans toute la salle, les parfums ponctuent aussi l’exposition, certaines fontaines sont surmontées de présentoirs sur lesquels sont disposées des framboises à déguster et nous sommes invités à toucher et interagir avec chaque œuvre.
Nous ne sommes pas de simples visiteurs, Laure Prouvost veut que nous prenions part à ce voyage à travers les sensations quantiques.



(Photos 8, 9, 10, 11)
L’exposition est pensée ainsi comme une méditation, un moyen de se sentir ancrés dans nos perceptions et de les explorer au plus profond d’elles-mêmes, parfois sous un autre angle. C’est sûrement cela, les sensations quantiques.
Elisa Camus
Exposition au du 10 juin au 26 juillet 2026
Grand Palais,7 avenue Winston Churchill, 75008 Paris
Du lundi au dimanche de 10h à 19h30