« Paris, ouvert la nuit » : la photographie révèle l’autre visage de la Ville lumière à la galerie Roger-Viollet.

C’est le moment de l’année où la galerie Roger-Viollet sort son exposition estivale consacrée à Paris. Cette année, du 11 juin au 3 octobre, direction la nuit tombée avec « Paris, ouvert la nuit », l’occasion de redécouvrir la capitale sous un angle bien différent de celui qu’on connaît. Ce n’est pas pour rien qu’on la surnomme la « Ville lumière » : ce petit nom, elle le doit aux premiers éclairages publics installés dès 1665, puis aux essais d’éclairage électrique en 1844. Une longue histoire d’amour avec la lumière, même quand le soleil est couché.

Comme le disait Paul Morand en 1933 dans sa préface du célèbre « Paris de nuit » de Brassaï, « La nuit n’est pas le négatif du jour ». L’exposition le prouve avec 70 photographies, majoritairement en noir et blanc, prises entre 1900 et 1970. Les tirages modernes, numérotés en édition limitée à 30 exemplaires, viennent des archives de la Ville de Paris mais aussi des fonds de Jean-Pierre Couderc, Pierre Jahan, François Kollar, Janine Niepce, Jack Nisberg et René-Jacques.

Le parcours de l’exposition est découpé en cinq chapitres, et chacun explore une facette différente de ce qui se passe dans Paris une fois la nuit tombée.

Le premier chapitre propose une version nocturne des paysages emblématiques de la capitale : monuments, ponts, grandes perspectives qui deviennent des ruelles et ruelles qui se transforment en boulevards imaginaires. On y découvre les clichés de Jacques Boyer, René-Jacques, Maurice-Louis Branger, Hélène Roger-Viollet, Jean Fischer et Pierre Jahan. Ce dernier, dont le travail surréaliste explore le rêve et l’étrange, nous offre une vision poétique où les escaliers de Montmartre semblent monter vers l’infini et où le ruban noir de la Seine évoque un miroir insondable.

Ensuite, un deuxième chapitre est consacré aux néons et aux lumières artificielles, illustrant l’électricité qui fait de Paris une ville moderne. Les photographes Pierre Jahan, Maurice-Louis Branger et Janine Niepce captent ces instants où les célèbres monuments ne se distinguent plus que par leur silhouette que dessinent les lumières électriques, basculant dans une nouvelle esthétique.

Le troisième chapitre nous entraîne dans le monde mouvementé du cabaret et du spectacle, avec les photographies de Gaston Paris, qui en a fait son sujet de prédilection. Cette dernière photographie aussi bien l’avant que l’arrière de la scène, offrant un regard complet, parfois plus intimiste, sur ces lieux où la nuit est synonyme de fête et de représentation.

Le quatrième chapitre explore le divertissement sous toutes ses formes : bals, bars, montrant une autre facette du travail de nuit. Car la nuit ne signifie pas qu’il n’y a plus de vie, mais plutôt que la vie se transforme. Pierre Jahan, Maurice-Louis Branger et Janine Niepce nous présentent des lieux en sommeil le jour qui grouillent d’un monde agité du crépuscule à l’aube.

Enfin, le cinquième chapitre s’intéresse au travail nocturne des commerçants et marchands, après celui des artistes et des fêtards. Les photographies des Halles, des entrepôts et des commerçants viennent compléter ce portrait de la nuit parisienne, inversant un temps les rôles entre les amusements des uns et le labeur des autres.

La nuit a très tôt constitué un terrain d’inspiration et d’expérimentation pour les photographes. Certains exploitant les longues poses pour révéler les halos, les spectres et les lignes lumineuses qui traversent l’obscurité, d’autres préférant le flash, pour saisir sur le vif l’animation des noctambules. Chacun développait ainsi sa propre approche technique et esthétique. Le contraste entre la densité du noir et la blancheur franche des lampes électriques fait de chaque image une œuvre à part entière, où la ville, ouverte au mystère, à l’étrangeté et à la poétique nocturne, propose un autre récit de la capitale.

« Paris, ouvert la nuit » est une invitation à redécouvrir Paris sous un jour nouveau – ou plutôt sous une nuit nouvelle – et à comprendre pourquoi la photographie a su, mieux que quiconque, capturer cette atmosphère si particulière. Une exposition à ne pas manquer pour tous les amoureux de la Ville lumière et de l’histoire de la photographie.

Elisa Camus

Exposition du 11 juin au 3 octobre 2026

Galerie Roger-Viollet, 6 Rue de Seine, 75006 Paris

Du mardi au samedi de 11h à 19h – Entrée libre