WE ARE (still) HERE : Une exploration de l’art urbain au Petit Palais

En 2024, le Petit Palais présentait sa première exposition d’art urbain « WE ARE HERE », qui a connu un immense succès avec l’accueil de plus de 600 000 visiteurs. Cette année, du 20 juin au 20 septembre, « WE ARE (still) HERE » poursuit le dialogue entre art contemporain et oeuvre classiques dans les salles du musée. L’exposition a pour but de rappeler et réaffirmer la place de la capitale dans l’histoire du street art.

Le Petit Palais expose donc cette année près de 200 oeuvres de 75 artistes, dont 43 sont français, au sein des collections permanentes du musées mais aussi dans la salle Concorde, complètement investie par des oeuvres d’art urbain.

Tous ces artistes ont su, par leur talent, proposer des oeuvres impactantes, pour la plupart engagées, et ont relevé avec brio le défi de se réapproprier l’espace du musée des Beaux-Arts, jusqu’à parfois ramener avec eux des fragments de la rue, comme l’a fait l’artiste NASTY avec ses « toiles » urbaines, exposées dans la salle Concorde.

Le titre « WE ARE (still) HERE » résonne avec le principe de l’art urbain, un art né dans les rues souvent rejeté au statut de « sous-art » voire de dégradation, mais qui aujourd’hui est de plus en plus reconnu à sa juste valeur. Au même titre qu’un Salon des refusés, la rue a su faire émerger de nombreux talents.

Ce titre est également tout trouvé car il est aussi un clin d’œil en arrière aux œuvres du Petit Palais avec lesquelles l’exposition cohabite, une manière de dire que l’art est toujours aussi beau, même s’il change de cadre ou de forme.

La visite débute donc dans les salles de l’exposition permanente du Petit Palais, avec notamment l’oeuvre de l’artiste D*Face, « Memento Viveri » (« Rappelles-toi que tu vas vivre. »), une sculpture de crâne surmonté de ses ailes emblématiques en marbre de Carrare. Au milieu de sculptures de marbre classiques, D*Face annonce ainsi la dialectique de l’exposition, en reprenant les codes des natures mortes et des vanités de la peinture classique. Dans une idée hédoniste, l’artiste nous invite à nous rappeler de la mort, certes, mais surtout à profiter du temps qui nous est imparti dans ce monde.

Dans cette lignée, la plupart des artistes exposés usent de techniques et de motifs classiques pour se réapproprier un sujet contemporain. On trouve par exemple la magnifique oeuvre de l’artiste INTI, intitulée « ENCOMENDACION ». Ce travail est une peinture acrylique sur toile dans un encadrement reproduisant la porte historique de la salle dans laquelle elle se trouve. Cette oeuvre porte les thèmes de la colonisation espagnole et l’imagerie religieuse qui l’a suivie. Elle représente donc cette madone d’Amérique latine mais avec un « twist » : entourée d’anges et auréolée de fleurs jaunes resplendissantes, quelques détails témoignent de notre époque, comme la cartouchière que la jeune femme porte, les déchets qu’elle tient dans ses mains et le petit curseur de souris d’ordinateur caché dans un coin du tableau.

L’artiste INTI choisit des éléments très précis pour rendre compte de notre époque et, avec eux, il dénonce l’image que nous avons faite de notre ère : guerre, déchet et technologie sont les mots qui gouvernent notre monde.

Comme le veut l’exposition, « ENCOMENDACION » est placée face à des oeuvres emblématiques telles que « La Vierge aux anges » qui se place dans ce contexte comme une soeur de l’oeuvre d’INTI tant les deux peintures semblent se raconter l’histoire de leurs époques respectives.

La visite aboutit ensuite dans la salle Concorde qui, pour l’occasion, connaît un accrochage spectaculaire, étant complètement recouverte d’oeuvres d’artistes du monde entier.

Recouvrir les murs de la salle Concorde n’est pas sans rappeler l’essence même du street art, lui qui recouvre justement les murs des espaces que nous occupons au quotidien, tout en évoquant les salons des XVIIIè et XIXè siècles avec des oeuvres cachant des murs entiers du sol au plafond. Dans la scénographie de la salle, on retrouve tout de même un certain souci d’harmonie et de symétrie, emprunt aux époques plus classiques.

L’accès à l’exposition « WE ARE (still) HERE » est complètement gratuit, rappelant que le street art a toujours été accessible à tous et doit continuer à l’être. L’exposition est un incontournable pour les amateurs de street art, mais aussi pour les curieux qui souhaitent voir un Petit Palais réimaginé. Il est très émouvant de voir des motifs et des thèmes se répéter et se réinventer au fil des décennies et de les voir dialoguer entre eux pour reconstituer un récit : celui de l’art, le nôtre.

Elisa Camus

Du 20 juin au 20 septembre 2026

Petit Palais, Avenue Winston Churchill, 75008 Paris

Entrée libre – Du mardi au dimanche de 10h à 18h

petitpalais.paris.fr