Du 24 avril au 4 octobre 2026, l’Hôtel Caumont Centre d’Art d’Aix-en-Provence propose une découverte de l’univers de Henri de Toulouse-Lautrec, artiste albigeois de la fin du XIXe siècle. Sur deux niveaux, les visiteurs peuvent admirer les portraits et affiches caractéristiques de la vie nocturne montmartroise, mais aussi les contributions de l’artiste en matière d’édition et de publicité.
C’est durant la Belle Époque que Paris devient l’emblème de la fête et de la débauche. Le Moulin Rouge, érigé en 1889 sur la butte Montmartre, devient le lieu de référence pour s’amuser.
À la nuit tombée, la foule grouille sur les boulevards, les façades se parent de vifs néons, et de la musique entraînante s’échappe des cabarets. Ce décor fera office de terrain de jeux pour Toulouse-Lautrec. Dans les salles de spectacle saturées de bruit et de fumée, il croque ce qui l’entoure. Les artistes et danseuses trouvent particulièrement grâce à ses yeux. Il repère le détail, la silhouette ou la posture, qui façonne l’identité du modèle.
Pour Louise Weber, dite La Goulue, il s’agit de son chignon. Elle est ainsi aisément reconnaissable de dos, aux côtés de sa parente, sur l’œuvre Au Moulin Rouge, La Goulue et sa Soeur. L’imposant chapeau de Jane Avril, ou encore la collerette jaune de Mademoiselle Cha-u-kao sur la lithographie Elles : La clownesse assise, sont autant d’éléments iconiques.
Une représentation fidèle sans verser dans le voyeurisme
Qu’il s’agisse de danseuses de cabaret, de comédiennes, ou de filles de joie,
Toulouse-Lautrec s’attache à capturer l’émotion et les traits des jeunes femmes. Plutôt que de représenter des scènes obscènes, il se concentre sur les jupes froufroutantes, les boas à plumes, et plus largement les instants pris sur le vif. Il s’arrête aux mines grivoises et aux épaules dénudées : toujours dans la suggestion, jamais dans la vulgarité.
Sur la lithographie À la toilette, Madame Poupoule, la prostituée se trouve face à sa coiffeuse, une cascade de cheveux roux sur son peignoir, et l’air contemplatif.
Si certaines artistes ont été ses muses à de nombreuses reprises, il a aussi peint ou créé des lithographies de personnes dont l’identité n’est pas connue, et d’une ouvrière nommée Carmen Gaudin.
Les hommes ne sont pas en reste : certaines lithographies de Toulouse-Lautrec représentent des performateurs éminents dans les cafés-concerts de l’époque. C’est le cas d’Aristide Bruant, dont on connaît la physionomie grâce à l’œuvre Ambassadeurs, Aristide Bruant.
Une figure de la publicité et de l’édition
À la suite de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de presse, le milieu devient bouillonnant et s’ouvre à d’autres supports visuels. L’artiste albigeois multiplie les projets. Il crée des affiches publicitaires alliant audace et couleurs, mais intervient aussi dans les romans-feuilletons. Une de ses célèbres contributions intitulée Le Pendu, se glisse dans Les drames de Toulouse.
Toulouse-Lautrec : une technique caractéristique
S’il a pu peindre des tableaux, ce sont essentiellement ses lithographies qui sont dévoilées au public à l’Hôtel Caumont. La lithographie, de “lithos” (“pierre” en grec), consiste à utiliser une pierre calcaire pour y imprimer le dessin. Avec cette technique, l’eau et la graisse du crayon se repoussent. L’encre ne reste figée que sur le dessin, tandis que l’eau se répartit sur les espaces vierges.
Pour ses dessins, il a aussi recours au crachis -un procédé qui lui permet de représenter avec précision des textures et dégradés. Ainsi, les fourrures des manteaux et tissus gagnent en réalisme.
Cette exposition, particulièrement réussie dans sa scénographie, nous plonge dans le tumulte parisien -cher à Toulouse-Lautrec. À une époque où les spectacles étaient légion, et où la publicité se débridait, l’artiste a cherché à apporter sa pierre à l’édifice.
Plus qu’un maître, c’était un véritable passionné de théâtre et une personne qui avait acquis la confiance des modèles qu’il croquait.
Certes, la Belle Époque fut essentielle à Henri de Toulouse-Lautrec, mais Toulouse-Lautrec fut aussi essentiel à la Belle Époque…
Clara Pégard
Jusqu’au 4 octobre 2026
Hôtel Caumont Centre d’Art, 3 rue Joseph Cabassol, 13100, Aix-en-Provence
Ouvert tous les jours de 10h à 19h.