Un scénario pas si fantastique que cela. La fin de la civilisation prédit une intelligence artificielle hors de contrôle, bloquant quatre personnages dans une pièce. Une comédie technologique mais très humaine au Théâtre du Funambule Montmartre, jusqu’au 1er novembre.
Le théâtre contemporain doit se saisir des thèmes d’actualité. Dans La fin de la civilisation, la troupe Hent ar Mor appuie sur la bonne touche : l’intelligence artificielle. Quatre personnages venus pour une analyse médicale se retrouvent bloqués dans une pièce. L’intelligence a eu l’intelligence de les y enfermer.
A travers cette galerie de personnages, c’est la galerie de réactions et de positionnements de toutes les franges de la population face à la technologie qui est présentée. Il y a le vieux ronchon qui ne comprend rien et ne cherche pas à comprendre davantage (Max Bousbib) ; la dépassée par les événements et vertement opposée à la machine (Anaïs Alric) ; la jeune révoltée, engagée pour la Palestine (Chloé Boccara) qui n’a pas dans son logiciel de place pour la technologie ; le jeune techno-baba, cadre dynamique et pleinement en phase avec le programme (François Marion).
Encerclement technologie
Un joyeux cocktail très caricatural : pour la bonne cause. Comme une expérience scientifique, La fin de la civilisation analyse les réactions de chacun, scrute les faits et gestes des personnages. Il n’y a pas de bonne position à tenir : chacun est victime de son biais de pensée. Chacun est finalement logé à la même enseigne : bloqué.
Le spectateur prend quelque part la place de l’intelligence artificielle en adoptant un point de vue tout à la fois externe et pleinement omniscient sur la situation. Avec une pensée : ce que l’on voit sur les planches pourrait nous arriver. En scrutant les faits et gestes des personnages en train de se déchirer à mesure que l’enfermement devient de plus en plus angoissant, c’est l’étau technologique dans lequel le monde est plongé qui est représenté.
L’intelligence artificielle ponctue les échanges des acteurs. Ils s’adressent parfois directement à cette dernière. Une voix stéréotypée leur répond alors, prétextant dès la moindre critique qu’elle agit dans leur intérêt. Tout le confort que nous vendent ces outils est dénoncé par la pièce. Elle invite à nous réveiller, à nous faire prendre conscience que la machine prend parfois, sans même que l’on s’en rende compte, plus d’importance que l’on ne le pense.
C’est tout le risque de ces outils : absents mais présents. L’intelligence artificielle est le personnage principal de La fin de la civilisation, quand bien même on ne la voit jamais. Contrairement aux quatre personnages qui s’agitent crescendo à mesure que le phénomène d’encerclement technologique se resserre. Comment débranche-t-on ?
On sort de La fin de la civilisation sur une chute. Pas fatale. Mais dont le message central reste cependant celui d’une mise en garde. La technologie vertueuse n’est pas forcément heureuse.
Gabriel Moser
Jusqu’au 1er novembre 2026
Théâtre du Funambule Montmartre, 53 rue des Saules, 75018 Paris.
Du jeudi au samedi à 19h et 21h. Le dimanche à 18h ou 20h.
https://www.funambule-montmartre.com/la-fin-de-la-civilisation