La Tour de la Défense de Copi au OFF d’Avignon

À la Fabrik’Théâtre, la compagnie du Sixième Mur interprète La Tour de la Défense, texte du dramaturge argentin francophone Copi. Mise en scène par Lewis Janier Dubry, cette autoproduction a été nominée aux Lauriers 2025 dans les catégories mise en scène, scénographie et interprétation féminine (Manaëlle Cobra).

En entrant dans la salle, nous plongeons dans une bande dessinée : voilà que les chaises, le canapé, le vase, la table et tout autre meuble composant le décor sont peints en blanc et cernés de noir, rappelant les traits du dessinateur. La suite risque d’être cartoonesque, escalade d’un capharnaüm de situations loufoques.

L’action se déroule en deux actes, le soir du réveillon du nouvel an. Dans un huis clos, au treizième étage d’une tour de la Défense, chez un couple d’hommes au bord de la rupture, la voisine débarque en détresse sous LSD. À ces personnages s’ajoutent Micheline, un travesti mythomane, et Ahmed, l’homme que Micheline a croisé dans l’ascenseur et amène avec elle. Une surenchère d’incidents absurdes suit, parmi lesquels un boa dans les toilettes, une mouette perdue, un hélicoptère s’écrasant sur la tour d’en face, pour aboutir à une sortie macabre.

Datant de 2023, ce spectacle est joué par Louis Certain, Manaëlle Cobra, Fabien Merlino, Marius Ponnelle, Tom Rundstadler et Sylvain Septours (également à la scénographie). Il s’agit du Sixième Mur, une jeune compagnie fondée en 2020. Celle-ci a régulièrement recours aux jeux de masques et aux prothèses : ici, les comédiens arborent un nez pointu, bien trop encombrant pour ne pas être un fier évocateur phallique.

Copi met ironiquement en scène le mythe bourgeois de l’« idéologie hétérosexuelle ».

De son vrai nom Raúl Damonte Botana (1939-1987), Copi publie La Tour de la Défense en 1978. Installé à Paris depuis les années 1960, il y vit en tant que dramaturge et dessinateur pour plusieurs journaux (Nouvel Observateur, Charlie Hebdo). Ouvertement homosexuel, il aborde ce thème très librement à travers différentes pièces et personnages, alors que certaines dispositions pénales discriminaient encore cette orientation.

La Tour de la Défense s’apparente à un théâtre dit de boulevard. À ce propos, le Pr Neveux écrit que ce « genre » théâtral « essentialise immanquablement un type de relation, hétérosexuelle, et normativise à cette aune les conduites amoureuses et érotiques », à savoir l’admission du cadre dans lequel se tiennent les personnages et les intrigues : « la valeur du mariage, le sexisme des figures, etc »[1].

C’est ainsi que Copi ne ménage personne. Il fait fonctionner à outrance les figures toutes faites de ce théâtre, rejouant les codes du genre plutôt que de les abolir. Portée par l’absurde, cette pièce pousse à l’extrême les traits des personnages qu’elle dépeint.

« Ce n’est pas racontable. Il faut aller le voir pour y croire. Il faut donc aller le voir (si l’on tient à y croire) ». Stupeur, malaise jouissif ? Déjà en 1981, ces mots de Michel Cournot disaient l’état général des spectateurs sortant de la pièce.

Agathe Comby

Bande annonce : https://youtu.be/Bande annonce – La Tour de la Défense

Site Fabrik’Théâtre : https://www.fabriktheatre.fr/programmation-festival-off/latourdeladefense

Compagnie du Sixième Mur : https://www.sixiememur.com/


[1] Olivier Neveux, « Rire comme une folle…Sur d’éventuels effets politiques de la parodie La Tour de la Défense de Copi », 2006.