COAL, Coalition pour l’art et le développement durable, est une organisation dédiée à mobiliser les artistes et les acteurs culturels sur les enjeux écologiques contemporains. Depuis 2008, elle met en lumière et accompagne des démarches artistiques engagées, en créant des ponts entre création, recherche scientifique, transition écologique et territoires. À travers le Prix COAL, ses programmes curatoriaux, ses publications et ses actions de terrain, COAL œuvre à transformer notre rapport au vivant et à faire de l’art un levier puissant de prise de conscience, d’innovation et de transformation écologique.

Le Prix COAL 2025 a été remis aux lauréates (car il s’agissait uniquement de femmes) le 12 décembre dernier, à l’occasion de la troisième édition de SANS RÉSERVE, le rendez-vous incontournable de l’art et de l’écologie imaginé par COAL.
Charlotte Gautier van Tour fut primée parmi 700 candidatures pour son projet Bloom, le sang des glaciers. Le prix spécial du jury a été attribué à Pauline Rip pour son projet Elficologie : la récolte de la rosée du matin. Pour la 3eme fois, deux mentions spéciales ont également été décernées : la mention Centre Wallonie-Bruxelles/Paris à Mirja Busch pour son projet Institute of Puddleology et la mention Ateliers Médicis à Férielle Doulain-Zouari pour son projet Ain el coton. Le Prix COAL étudiant 2025 a été décerné à Clara Niveau-Juteau, pour son projet Fresque du Vivant qui s’est distingué des 60 autres dossiers présentés par des étudiants.
L’annonce des noms n’a pas créé de surprise puisqu’ils avaient été annoncés précédemment. Par contre, pour la première fois, l’exposition des artistes nommés au Prix COAL est ouverte pendant un mois au Musée de la Chasse et de la Nature, du 12 décembre au 11 janvier, avec un parcours d’œuvres inédit en dialogue fort intelligemment construit avec les collections de l’institution, et même avec l’exposition temporaire du duo Florentine & Alexandre Lamarche-Ovize intitulée La licorne, l’étoile et la lune, et dont It Art Bag a rendu compte.
Bloom : Le sang des glaciers est le nom donné à un phénomène provoqué par des microalgues qui prolifèrent en haute altitude – notamment dans les écosystèmes alpins – et colorent la neige en rouge. Leur multiplication, accentuée par la hausse des températures, modifie non seulement la couleur de la neige, mais aussi son albédo, entraînant une accélération de la fonte des glaces. En collaboration avec des scientifiques, et nourrie de légendes anciennes, Charlotte Gautier van Tour a développé une série d’œuvres et d’expérimentations sur l’histoire aquatique du massif des Alpes, de son origine sous les eaux à sa fonte actuelle. Sculpture abritant la microalgue, plan-relief montrant le phénomène de bloom algal ou névé rose en gelée d’algues, son projet rappelle que l’eau douce de la neige n’est pas un milieu mort mais, au contraire, un océan de vie en voie de disparition.
Charlotte Gautier van Tour est une artiste française née en 1989 à Évian-les-Bains (France), vivant et travaillant à Dieulefit. Elle a participé à de nombreuses expositions et résidences en France, dont La Villa Belleville et la Cité internationale des Arts et est lauréate 2021 et 2022 de la bourse Rouvrir le monde de la Collection Lambert.
Au Musée de la Chasse et de la Nature elle a investi la salle du Cerf et du Loup.
Pauline Ripp est Lauréate du Prix COAL mention spéciale du jury 2025 pour son projet Elficologie : la récolte de la rosée du matin.
Aussi discrète qu’éphémère, la rosée est présente dans de nombreux champs, des plus scientifiques aux plus ésotériques : le dauwtrappen, par exemple, est un rituel printanier purificateur oublié des Pays-Bas, qui consiste à marcher pieds nus à l’aube dans l’herbe couverte de rosée. En alchimie, la rosée, appelée « eau céleste », est réputée indispensable à la fabrication de la pierre philosophale. En science, le point de rosée désigne la température à laquelle l’humidité de l’air se condense. Enfin, dans les récits elfiques, la rosée serait une importante ressource nourricière. Mêlant design spéculatif, performance, artisanat et narration, Pauline Rip imagine une coutume – la récolte de la rosée – construite à partir des drôles de critères du patrimoine immatériel de l’UNESCO.
Pauline Rip est une artiste-designer franco-néerlandaise, née en 1995 à Rennes. Elle vit et travaille à Bruxelles. Elle est diplômée de l’académie d’Eindhoven et explore la rencontre entre narration et matérialité pour préserver un patrimoine imaginaire et proposer une vision romantique de la modernité. Elle mêle artisanat, récits oubliés et données irrationnelles, à la croisée du design d’objets, de performance et de scénographie. Résidente notamment à la Mediamatic Foundation et au Centre Culturel Athéna, elle a exposé au Taiwan Design Museum, à la Dutch Design Week ou encore au Center for Book Arts (NYC).
Elle s’est livrée dans l’après-midi qui a précédé la remise des prix à une performance de Dégustation de Rosée du matin, en reprenant les codes d’un cours d’œnologie. Elle a beaucoup impressionné les dix heureux testeurs de rosée dont j’ai eu la chance de faire partie.
Férielle Doulain-Zouari Lauréate de la mention Ateliers Médicis pour son projet Ain el coton.
Autrefois, l’oued qui se trouve à quelques kilomètres du village du Mahassen, dans la région du Kef en Tunisie, se remplissait d’eau chaque hiver, mais depuis une dizaine d’années il s’est asséché. Devenu infranchissable, les bergers et les agriculteurs sont aujourd’hui contraints de le contourner. Après plusieurs années de recherches sur les formes, les matériaux, les problématiques et les modes de vie locaux, Férielle Doulain-Zouari a imaginé la création d’une installation in situ à usage collectif, avec la collaboration d’artisan·es et d’ouvrier·es du lieu : un passage fait d’argile et de verre. Fonctionnelle, l’œuvre rend également visible l’absence de l’eau dans un souci de sensibilisation et de réappropriation de la terre et de ses enjeux par ses habitant·es.

Férielle Doulain-Zouari, est une artiste franco-tunisienne, née à Paris en 1992, Elle vit et travaille à Tunis. Donnant la part belle aux techniques manuelles inspirées par la vie quotidienne, l’environnement et son histoire et en collaboration notamment avec des artisans ouvriers, l’artiste a exposé à La Boîte ou Jaou à Tunis, à la Biennale d’arts et d’architecture du Centre Val de Loire en France, au Louvre d’Abu Dhabi ou encore à la Biennale de Ouagadougou. En 2021, elle a reçu le deuxième prix de la Biennale de Dakar “Révélation”. Elle est représentée par la Septième Gallery à Paris.
Au Musée de la Chasse et de la Nature elle a investi la cour pavée.
Mirja Busch Lauréate de la mention Centre Wallonie Bruxelles/Paris pour son projet Institute of Puddleology
Surgissant dans les fissures des environnements créés par l’homme, les flaques d’eau reflètent leur environnement, offrent des niches écologiques et révèlent l’interdépendance entre infrastructures, cycles de l’eau et climat. Institute of Puddleology est un projet de recherche artistique explorant la perception des flaques d’eau en tant que phénomènes anthropiques, profondément liés à l’écologie urbaine et à la crise climatique. À travers une archive photographique de flaques d’eau du monde entier, des traces médico-légales de flaques asséchées, un système de classification des flaques, une terminologie inventée et des visites guidées d’observation, Mirja Busch étudie ces indicateurs des équilibres et déséquilibres écologiques.
Mirja Busch est une artiste allemande née en 1978 à Hamburg. Elle vit et travaille à Berlin. Depuis plus de dix ans, elle consacre sa recherche à l’exploration des flaques d’eau. Ses œuvres ont été exposées à l’Institut d’architecture de Flandre, au Humboldt Forum de Berlin, au Museum of Things de Berlin (2025), à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers (BE) (2023) ou encore à l’Académie des arts du monde de Cologne (DE). En 2024, l’artiste a remporté la médaille de bronze du prix allemand du livre photo.
Le Prix COAL étudiant 2025 a été décerné à Clara Niveau-Juteau, pour son projet Fresque du Vivant.
Créé en 2019 par la Fondation Culture & Diversité et l’association COAL, le Prix COAL étudiant a pour objectif d’accompagner et de soutenir les étudiants des écoles du champ artistique et culturel, toutes disciplines confondues, qui expérimentent et proposent des solutions concrètes et créatives pour la transition écologique.
Créer une nouvelle imagerie qui rende visible le vivant et l’engagement militant de celles et ceux qui luttent pour le préserver. Telle est la démarche de Clara Niveau-Juteau avec Fresque du vivant. L’artiste propose la création d’une fresque textile à teinture végétale, qui représente la richesse de la biodiversité peuplant les berges, les cours d’eau et les zones humides de la réserve naturelle qui l’accueillera. Dévoilant le rapport indivisible du vivant et de l’Eau, l’œuvre, créée en dialogue avec les biologistes et gestionnaires de la réserve, sera aussi fertile au sens propre. Incrustée de graines locales ou d’éléments organiques, elle sera in fine déposée à la surface de l’eau, à l’image d’un radeau. Au contact de l’eau, les graines dispersées amorceront une forme de régénération de la ripisylve. Ce geste à la fois poétique, politique et rituel, invite à observer, à apprendre, à collaborer, et à semer, au sens propre comme au figuré.
Clara Niveau-Juteau est née en 2000 à Niort. Elle vit et travaille à Poitiers où elle est étudiante à l’Ecole Supérieure Européenne de l’Image. Militante, elle travaille principalement le textile et la photographie, pour raconter et rendre visible la force et la joie collective des luttes écologistes.
Sa cape a été placée dans la salle d’armes, devant le tableau de Jean Daret (1614-1668) et Nicasius Bernaerts (1620-1678), Portrait de chasseur assis en compagnie de ses chiens, toile signée et datée 1661, acquise par le musée suite à une vente aux enchères à Drouot en janvier 2021.
La remise des prix s’est poursuivie par l’invitation à une dégustation des paysages liquides des Matribiotes, collectif créé par les artistes Charlotte Gautier van Tour et Luz Moreno Pinart, qui se définissent comme des artistes spéculatives qui s’inspirent du passé, agissent dans le présent et œuvrent pour le futur.
Elles s’intéressent à la fermentation car cette opération est l’œuvre de bactéries et que la nourriture fermentée contient énormément de prébiotiques et probiotiques nécessaires à la santé de notre microbiote intestinal. Luz m’a appris que les onigiri étaient, il y a plus de 2000 ans utilisés pour conserver le riz avant l’invention de la réfrigération. Ils sont le plus souvent fourrés d’une umeboshi, une petite prune séchée très salée, mais ils peuvent également renfermer du poisson grillé, comme du saumon, du thon ou autre ingrédient salé ou aigre. Les mineurs en préparaient trois pour leur déjeuner et en échangeaient un avec leurs compagnons de travail si bien que leur microbiote s’enrichissait chaque jour de bactéries qu’ils n’avaient pas l’habitude de consommer.
Elles ont réalisé dans l’après-midi un tableau intitulé Symbiose de l’eau qui a surpris et séduit les invités autant par ses qualités plastiques et sa beauté, que par ses qualités gustatives puisque tout était consommable.
Comme boisson les deux artistes avaient préparé une infusion de Thé des Montagnes (Sideritis syriaca), aussi appelé “Crapaudine de Syrie” qui est une plante vivace originaire du Bassin méditerranéen, et qui fut servie dans un des flacons en verre soufflé réalisés par Charlotte Gautier van Tour.









A l’occasion de la visite du Musée de la Chasse et de la Nature vous pourrez tout autant voir l’exposition temporaire que les collections permanentes, les oeuvres des artistes primés mais aussi des autres artistes nommés : Mohammad Rakibul Hasan, Julien Salaud, Marcela Santander Corvalán, Lara Tabet, Kay Zevallos Villegas, Khouloud Benzarti et Popline Fichot.
Et surtout réfléchir à la préservation de l’eau douce. L’eau n’est pas un objet, elle ne peut que s’écouler et l’être vivant ne peut pas s’en passer. Le sujet est crucial quand on sait qu’il n’y a plus, nulle part sur le globe, d’endroit où l’eau de pluie est potable …
Marie-Claire Poirier
Photos ©Marie-Claire Poirier
Jusqu’ au 11 janvier 2026
Musée de la Chasse et de la Nature, 62, rue des Archives – 75003 Paris
Du mardi au dimanche de 11h – 18h. Nocturnes les mercredis : 18h – 21h30. Fermé le lundi et les jours fériés.
