Lionel Sabatté amène le vivant au Musée de la Chasse

Le Musée de la Chasse et de la Nature consacre une exposition monographique à l’artiste Lionel Sabatté,sous le commissariat d’Amélie Adamo. Née d’une longue histoire entre l’artiste et le musée, elle fait la part belle aux créations nouvelles, pensées en dialogue avec le lieu, tout en incluant des œuvres plus anciennes qui soulignent la continuité de sa démarche.

Dans la cour, la sculpture « Mort fertile » introduit le parcours. Lionel Sabatté reprend la figure classique du cerf en bronze pour représenter le moment où l’animal se sépare de ses bois, suggérant un « rapport à la perte et à l’abandon », explique l’artiste. Le cerf plante son bois dans la terre pour planter un nouvel arbre, symbole d’une renaissance. « Dans un monde d’accumulation, la nature nous enseigne le renouveau par la perte », précise-t-il. Les bois du cerf sont réalisés à partir d’une branche d’olivier moulée dans le bronze, provenant d’un arbre mort durant l’hiver 1954, qui repousse symboliquement dans l’œuvre, un siècle plus tard. Le parcours d’exposition développe cette tension constante entre vie et mort, construction et ruines, nature et culture. Les œuvres dialoguent avec celles de la collection et interrogent notre rapport au vivant.

Dans la première salle, Lionel Sabatté reprend son travail d’oxydation qu’il développe depuis depuis vingt ans, sur des toiles de grand format. « Ce sont des accidents et détériorations de la matière. La préparation “mal faite” de la toile permet d’accueillir les oxydations », décrit-il. Les têtes sur toile sont des portraits ramenés au format paysage. Par couches successives de détérioration, elles font apparaître des paysages et établissent un lien entre l’humain, le temps et le territoire. La figure du sanglier renvoie à la terre et à la maternité, tandis que la sculpture d’ours trônant au centre de la salle, réalisée avec du ciment et de la poudre de pouzzolane, évoque les cavernes et l’art pariétal. Animal fragile et puissant, il devient aussi un paysage à l’allure étrange, grâce à la matérialité abstraite de l’œuvre. « L’oxydation est la réaction que l’on utilise quand on respire. C’est ce qui oxyde nos cellules : là réside toute l’ambivalence du vivant », explique Lionel Sabatté.

Plus loin, dans la salle de la tapisserie, l’artiste propose un nouveau travail de détournement. « Je veux ramener du corps à la tapisserie », clame-t-il. Tissée à Aubusson à partir d’une gravure de l’artiste, sa tapisserie est travaillée avec des fils de laine trempés dans une peinture translucide, rehaussée de brou de noix. Le résultat créé un effet de pelage, qui tout en soulignant la part du vivant de l’œuvre, brouille les formes représentées, pour donner l’impression d’être face à plusieurs animaux à la fois, à la manière d’un troupeau qui grouille.

Dans les différentes salles, les œuvres instaurent un dialogue entre l’animal, les matériaux humains et le lieu, tout en détournant les codes de la chasse. Le ciment, les poils de brebis, les cheveux ou encore la poussière deviennent ainsi des matières qui donnent aux animaux une dimension à la fois sauvage et profondément humaine : dans la salle du chien, le loup réalisé avec la poussière du métro de Châtelet déposée par le passage d’un « million de personnes par jour », souligne la une présence collective, tandis que les hirondelles, réalisées avec la poussière du Musée de la Chasse, prolongent ce lien entre l’œuvre et son environnement.

Au dernier étage, les papillons, la rose et les petites abeilles reconstitués développent la question de la réparation. De grandes toiles présentent des photographies de forêts révélées avec la poussière de la forêt : « je relève l’image de la forêt avec la sérigraphie, j’imprime la photo avec de l’encre transparente puis je révèle l’image avec les particules de poussière. » Les pollinisateurs sont constitués de fragments de papillons abîmés, issus des cinq continents, rassemblés dans une même œuvre. Des ongles et peaux mortes de l’artiste y sont également utilisés, avec l’idée « d’une nouvelle symbiose entre les choses », conclue-t-il.

Julie Goy

du 15 octobre 2026 au 21 février 2027

Musée de la Chasse et de la Nature, 62 Rue des Archives, 75003 Paris.

Mardi-dimanche : 11h-18h, nocturne le mercredi soir jusqu’à 21h30.

https://www.chassenature.org/expositions/ce-qui-reste