Pastels au musée d’Orsay, de Millet à Redon

Le Musée d’Orsay dévoile une centaine de pastels de sa collection afin de redécouvrir les œuvres de Millet, Degas, Manet, Cassat et bien d’autres. Le XVIIIème siècle est traditionnellement considéré comme l’âge d’or du pastel. S’essoufflant au moment de la révolution française, il est réinventé vers la seconde moitié du XIXème siècle et le début du XXème, notamment en raison d’une gamme de pastels qui s’étend, aussi bien en termes de nuance que de texture.

La commissaire d’exposition, Caroline Corbeau-Parsons, conservatrice des arts graphiques au Musée d’Orsay, propose un parcours qui s’articule autour de huit grands thèmes : Sociabilités, Terre et Mer, Modernités, Intérieurs, Intimité, L’essence de la nature, Arcadies et Amês et Chimères.

Parmi ces huit thèmes, le visiteur découvrira des œuvres de Millet dans la section Terre et Mer, centrée sur la vie rurale. Celui-ci utilise le pastel pour représenter de manière délicate la quotidienneté du monde paysan, à l’image de La baratteuse (vers 1866). Avec ce tableau, Millet fait le choix d’un grand format dans lequel la scène est poétisée par une lumière tamisée. Dans la même section, on remarque un magnifique pastel de Fernand Legout-Gérard, rattaché au groupe de « Concarneau ». On voit dans Port de pêche, (entre 1856 et 1924) femmes bretonnes en costume traditionnel et pêcheurs se retrouver à la nuit tombée. Legout-Gérard fait un usage remarquable du pastel pour figurer le ciel annonçant la nuit.

Dans la section Modernités, vie ouvrière, monde du spectacle ou encore urbanité sont autant de sujets nouveaux qui vont de pair avec une société en pleine mutation. Afin de refléter ce monde en mouvement, la technique du pastel, qui se prête à saisir l’instant, s’impose à des artistes comme Degas ou Boudin. Les magnifiques tableaux d’Eugène Boudin représentant La plage (1862-1870) font de lui un précurseur de l’impressionnisme par cette tentative de saisir le mouvement des nuages. Les gracieuses silhouettes, résultat de quelques coups de crayon d’une grande finesse, évoquent cette nouvelle société de loisirs. Baudelaire écrit à propos des études en plein air de Boudin qu’elles sont « si rapidement et si fidèlement croquées d’après ce qu’il y a de plus inconstant, de plus insaisissable dans sa forme et dans sa couleur, d’après des vagues et des nuages portent toujours, écrits en marge, la date, l’heure et le vent. » (Salon de 1859, Le paysage) Monet reconnaît quant à lui, en fin de carrière, la dette fondamentale qu’il doit à Boudin : « Si je suis devenu peintre, c’est à Eugène Boudin que je le dois. Boudin, avec une inépuisable bonté, entreprit mon éducation. Mes yeux à la longue s’ouvrirent, et je compris la nature ». (entretien avec G. Jean Aubry, cité par Sylvie Patin, dans Monet, un œil… mais bon dieu, quel œil ! 2010)

Les tableaux de Degas, contemporains des écrivains naturalistes qui l’apprécient, illustrent l’intérêt porté au travail, et au travail des femmes notamment, sans idéalisation des modèles. On y observe les incontournables Danseuses ( 1884-1885) ou encore La repasseuse ( 1869).

Intimité est présenté dans un espace confiné aux allures de boudoir. Les nus de Degas sont mis à l’honneur. Le pastel laisse découvrir des peaux veloutées et des chairs au teint subtil. Nous entrons dans l’intimité de la toilette des femmes, affairées à des gestes délicats : s’essuyer les pieds, la peau, ou se peigner. On redécouvre Après le bain, Femme nue, s’essuyant la nuque (1898), Femme se coiffant (1887-1890), et Femme à sa toilette essuyant son pied gauche (1886).

Intérieurs propose d’émouvants tableaux consacrés à la famille et à l’enfance. Mary Cassatt, dont certains tableaux sont exposés dans cette section, a pour sujet de prédilection les membres de sa famille qu’elle représente dans leur environnement intime. Originaire des États-Unis, elle devient à partir de 1878 l’une des membres les plus actifs du mouvement impressionniste. On voit dans Mère et enfant sur fond vert (1897) les visages très travaillés tandis que les vêtements et les bras laissent voir des traits plus incisifs.

Ce qui nous frappe, c’est la variété des rendus, des textures et des nuances que le pastel permet par sa malléabilité. Cette traversée d’artistes tellement différents est une véritable plongée dans la forme et dans une technique, qu’à tort, on considère moindre que la peinture à l’huile.

Perrine Decker

Du 14 mars au 2 juillet 2023

Musée d’Orsay, Esplanade Valéry Giscard d’Estaing, 75007 Paris

Mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 9h30 à 18h – Jeudi de 9h30 à 21h45

Réservations : https://billetterie.musee-orsay.fr/fr-FR/produits?famille=1933737738230400130