Disponible depuis le 8 janvier 2026, Ce qu’il reste de l’homme selon Giacometti, d’Aurélia Cassigneul-Ojeda, propose une approche originale de l’œuvre et de la vie d’Alberto Giacometti. Le livre prend la forme d’un récit romancé du processus créatif de l’artiste, mêlant description précise du travail, de l’atelier et de la vie quotidienne du sculpteur. L’originalité du texte tient à son point de vue : c’est L’Homme qui marche, sans doute la sculpture la plus célèbre de l’artiste, qui prend la parole. Depuis l’atelier, il observe, raconte et décrit les gestes de son créateur, ses doutes, ses tentatives et ses échecs.

Le lecteur est plongé dans le huis clos de l’atelier, au plus près des ébauches et des croquis de l’artiste. La sculpture raconte sa propre naissance, ses multiples transformations, et cette crainte constante de disparaître à chaque instant. Giacometti crée pour détruire et détruit pour recommencer, toujours à la recherche d’une vérité artistique qu’il peine à approcher.
« Je veux comprendre pourquoi ça rate, pourquoi je ne peux pas faire une peinture ou une sculpture de ce que je vois. »
Dressé au centre de l’atelier, L’Homme qui marche devient le témoin d’un processus créatif difficile et souvent douloureux. Giacometti apparaît comme un artiste exigeant, dur envers lui-même, incapable de se satisfaire du moindre résultat. Il est décrit comme son propre bourreau, condamné à une insatisfaction permanente.
Mais l’ouvrage d’Aurélia Cassigneul-Ojeda évoque aussi la vie de l’artiste en dehors de son espace de travail : sa relation avec sa femme Annette, ses sorties nocturnes, ses errances dans Paris, ou le soutien de son frère Diego : des moments de respiration pour l’artiste, loin de l’échec quotidien de la création. C’est une vue à 360° de la vie de l’artiste que nous livre L’Homme qui marche : des conditions de sa naissance à la description de son géniteur, jusqu’à sa propre matérialisation. « Je suis son âme, sa quête spirituelle infinie et jusqu’à sa mort il va me modifier. Je suis son obsession et où il est je suis. De sa vie je sais tout. »
Pour raconter son avènement et la manière dont elle est devenue l’incarnation d’un monde en crise, la sculpture revient sur les grands moments de la vie de Giacometti : son accident, le traumatisme de la guerre et la mort de son père, autant d’épreuves qui ont profondément bouleversé l’artiste et influencé son travail. Le récit évoque aussi les autres créations de Giacometti, présentées comme autant de « frères et sœurs » qui précèdent L’Homme qui marche et participent à son émergence.
« Dans cet atelier, tous nous naissons ainsi, surgis d’un néant fécond qui enfante des songes, qu’Alberto met en vie. » Ainsi, des œuvres comme La Nuit sont abordées à travers leur contexte, leur processus de création et présentées comme des étapes nécessaires dans le cheminement artistique de l’artiste.
« Je suis l’emblème de l’art de Giacometti. » À travers la voix de la sculpture, Aurélia Cassigneul-Ojeda propose alors, avec Ce qu’il reste de l’homme selon Giacometti, un récit incarné, qui met en lien l’œuvre, l’artiste et son époque.
Jacques Gehringer Delcroix
Ce qu’il reste de l’homme selon Giacometti, d’Aurélia Cassigneul-Ojeda
Éditeur : Ateliers Henry Dougier – Collection : Roman d’un chef-d’œuvre – 124 pages – 14.90€
