Thélyson Orélien reçoit le Prix du roman FNAC avant de faire polémique pour son premier roman C’était ça ou mourir

Lundi 21 septembre, c’est Enrique Martinez, président-directeur général de Fnac Darty et Julien Bisson, rédacteur en chef du 1 Hebdo, qui remettaient aux mains de Thélyson Orélien le Prix du Roman Fnac 2026 pour son livre C’était ça ou mourir, publié chez Grasset. Sans trop de suspens : depuis le début de la rentrée littéraire, le roman était très bien accueilli.

Parmi les trente titres de la rentrée littéraire retenus au départ, cinq finalistes avaient été soumis au vote d’un jury composé de 400 libraires et 400 lecteurs adhérents Fnac. Depuis 25 ans, le Prix du roman Fnac se distingue en donnant la parole à la fois aux professionnels du livre et aux lecteurs, avant même que ne s’ouvre la course aux grands prix.

Étaient en lice pour le Prix du Roman Fnac 2026:

Ce qui se joue de Caroline Hilnaut aux éditions du Rouergue

Ici, maintenant de Tom Newlands aux éditions Métailié

C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien chez Grasset

Ce qui dort sous le camélia de Claudie O. Wetterwald aux éditions Du Gros Caillou

Ne Cherche pas le chaos de Marion Brunet chez Albin Michel

Le livre raconte l’exil de Jonas Dorléon, professeur d’histoire et de géographie, qui quitte Haïti pour fuir la violence des bandes armées locales, faute d’alternative : rester, ça aurait été mourir. Traversant le continent jusqu’au Canada, ce récit fait écho à la propre trajectoire de l’écrivain. Le sujet est lourd, le ton ne l’est pas. Thélyson Orélien choisit l’humour, sans jamais tomber dans le misérabilisme, et c’est ce qui a séduit.

L’euphorie aura duré quelques heures. Dans l’après-midi, un compte X anonyme publie des captures d’écran : les premières pages du roman, passées dans Pangram, un logiciel de détection d’intelligence artificielle, seraient écrites à 100 % par une IA. La publication devient rapidement virale et la polémique prend de l’ampleur au moment même où l’auteur savourait sa consécration.

Plus difficilement défendable, une affaire de plagiat apparaît : plusieurs textes publiés par Orélien au Canada dans les années 2010 sont accusés de reprendre très largement des écrits antérieurs.

Alors que l’auteur dément ces accusations, les conséquences ne se sont pas fait attendre : sélectionné pour de multiples prix, le roman très prometteur a été retiré de la sélection du Goncourt.

Au-delà du cas Thélyson Orélien, cette affaire pose une question nouvelle au monde littéraire : comment établir ce qui relève de l’écriture humaine et ce qui relève d’un texte écrit avec l’aide d’une IA ? Peut-on faire d’un détecteur une forme de juge littéraire ? Et, demain, faudra-t-il soumettre chaque manuscrit à une machine ?

En quelques jours, C’était ça ou mourir est passé du statut de phénomène de la rentrée à celui de livre au cœur d’une controverse qui dépasse largement son auteur : celle de la place de l’intelligence artificielle dans la création littéraire et de la manière dont le monde de l’édition pourra continuer à faire confiance aux textes qu’il publie.

Lise Morlon