Le Mémorial de la Shoah nous invite à découvrir une exposition qui retrace la mémoire de la famille Jacob au travers de fragments de correspondances entre Simone Veil et ses deux sœurs, Denise Vernay et Madeleine Jampolsky. L’exposition Simone Veil. Mes sœurs et moi a été imaginée grâce au réalisateur et commissaire de l’exposition, David Teboul.

Après d’autres expositions consacrées à Simone Veil, Simone Veil, un destin. 1927-2017 en 2020, et Simone Veil, une vie de combats en 2025, le Mémorial de la Shoah propose une nouvelle exposition sur cette femme politique française qui a survécu à la déportation. David Teboul a conduit ce projet d’exposition à partir de ses rencontres et de ses échanges avec Simone Veil, sur lesquels avaient déjà porté un livre, ainsi qu’un film du même nom : Simone Veil et ses sœurs. Cette exposition est également accompagnée du livre Simone Veil, Mes sœurs et moi qui réunit de nombreuses archives sur Simone Veil, ainsi que de la bande dessinée Les sœurs Jacob parue en septembre 2025 et réalisée d’après le livre et le film de David Teboul.



De la mémoire intime à la mémoire collective
On connaît souvent Simone Veil pour son rôle politique public par rapport au droit à l’avortement et à l’amélioration des conditions de vie des femmes en prison qui sont, pour David Teboul, liées à son expérience dans les camps. On la connaît souvent moins dans sa vie plus intime où sa famille a été un « socle » au travers des épreuves vécues personnellement, mais aussi collectivement, dans la mémoire commune de la Shoah. Les lettres échangées entre Simone Veil et ses sœurs permettent de retracer l’histoire de la famille Jacob, de l’enfance de la fratrie à Nice jusqu’à la reconstruction à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en passant par la déportation. Même si les voix des trois sœurs s’imposent dans l’exposition, David Teboul met aussi en lumière Jean Jacob, leur frère, qui voulait être photographe mais qui n’est jamais revenu des camps. En mettant en avant Denise, c’était aussi un moyen de montrer une figure féminine de la résistance. La mise en valeur du témoignage de Madeleine, appelée affectueusement Milou, sur la vie dans les camps était aussi un point important pour David Teboul. On parle souvent de la déportation, mais moins du quotidien dans les camps sur lequel il y a un « silence pesant » car trop intime par rapport à la déportation, qui a été le premier choc de la machine génocidaire de la Seconde Guerre mondiale.






L’exposition propose un parcours qui met en avant l’insouciance de l’enfance, la douloureuse expérience des camps où Yvonne Jacob est morte du typhus, mais aussi la nécessaire reconstruction. Simone Veil et ses sœurs apprennent à nouveau à vivre après les camps : pour Denise, cela passe par la nage et, pour Simone Veil, par le coiffeur. La polyphonie à trois voix témoigne des silences et des non-dits, ainsi que de la nécessité de parler de la douleur et de la barbarie que la société a longtemps été incapable d’entendre. David Teboul explique qu’« il y avait une volonté d’avancer et de ne pas revenir sur des affaires passées car il est plus difficile et éprouvant de construire une cohésion nationale sur des victimes plutôt que sur la résistance ».
Une boîte à souvenirs
David Teboul a réuni des lettres et des photos de famille qui sont souvent conservées chez soi, dans des albums ou des boîtes, mais qu’on envisage rarement de diffuser au grand public. Simone Veil. Mes sœurs et moi nous propose de nous immerger dans une boîte à souvenirs qui fait appel à tous nos sens. Le mimosa nous accompagne tout au long de l’exposition dans une fragrance composée par Barnabé Fillion, parfumeur français. Cette plante revient dans les photographies et les lettres échangées qui ramènent à l’enfance de Simone, de ses sœurs et de son frère à Nice. Les moquettes fleuries accompagnent cette immersion dans des souvenirs. L’exposition donne l’impression que Simone Veil et ses sœurs nous témoignent directement de ce qu’elles ont vécu puisque, dans leurs lettres intimes, elles ne s’adressent pas à un « tiers » mais elles se confient les unes aux autres.




L’immersion est d’autant plus complète qu’Isabelle Huppert, Marina Foïs et Dominique Reymond prêtent leurs voix aux lettres des trois sœurs. Les trois voix se font face dans une salle où les échanges de lettres sont reconstitués à l’oral et où l’absence de Milou, morte en 1952, est imagée poétiquement par la mer. À la fin de l’exposition, la mer revient comme une image d’apaisement, accompagnée du bruit des vagues.
Salomé Raucoule
Livre de l’exposition : Simone Veil, Mes sœurs et moi, deDavid Teboul (qui a recueilli les entretiens, les photographies et les documents) ; Editeur : Les Arènes ; Prix : 35 euros
Bande dessinée : Les sœurs Jacob de Marie Desplechin (scénario) et Fred Bernard (dessin), d’après Simone Veil et ses sœurs deDavid Teboul ; Editeur : Les Arènes ; Prix : 30 euros
Jusqu’au 15 octobre 2026
Mémorial de la Shoah – 17 Rue Geoffroy l’Asnier, 75004 Paris
Du dimanche au vendredi de 10h à 18h (jusqu’à 21h le jeudi)
