“ Histoires Naturelles ” à la Fondation Arp : Une immersion artistique au coeur de la nature 

L’exposition Arp/Stahly, Histoires naturelles à la Fondation Jean Arp présentée du 13 mars au 20 décembre 2026, propose un dialogue artistique inédit entre les deux grands artistes Jean Arp et François Stahly. Bien que 25 ans d’âge les séparent, leur art se rejoint et se complète à merveille. 

À notre arrivée à la Fondation Arp, nous pénétrons dans un antre de création qui nous saisit dès les premières secondes. La fondation était à l’origine la maison du couple Jean Arp et Sophie Taeuber, c’était aussi bien un lieu de vie que de création. Il est d’ailleurs assez fascinant de se trouver dans le lieu même où ont été créées toutes ces œuvres.  Cet endroit majeur qui a accueilli de nombreux artistes, dont Salvador Dalí pour n’en citer qu’un, s’inscrit pleinement comme un lieu phare artistique de la fin des années 20. 

C’est dans l’ancien atelier de Jean Arp que débute l’exposition. Dans ce premier espace les œuvres des deux artistes se ressemblent tant, qu’il devient difficile de distinguer de qui des deux les a signées.

L’inspiration première de l’exposition provient directement de la nature et de la biosphère. La dimension végétale et organique semble être au cœur même du projet artistique. Cette présence nous connecte de manière assez frappante à la nature environnante et permet de saisir l’essence même du projet. 

À travers cette nature, les artistes laissent émerger une liberté presque féroce, les œuvres presque végétales semblent pousser sous nos yeux et donnent cette impression que les formes consument l’espace, activées par une idée de croissance permanente. 

Jean Arp transmet également l’idée que même dans les trous béants des sculptures se dissimulent des éléments à explorer, notamment avec l’œuvre Métamorphose, qui laisse une empreinte mentale forte. Dans cette partie de l’exposition, on comprend que les éléments naturels sont libres de s’épanouir : les artistes Jean Arp et François Stahly laissent justement la nature se faire, sans l’intervention humaine. 

La deuxième salle où se poursuit l’exposition est l’ancien atelier de Sophie Taeuber. Dans cet espace, les artistes commencent à manipuler la nature selon leur bon vouloir. Ils trouvent de nouvelles manières de la réinventer et nous offrent une interprétation d’autant plus personnelle en jouant avec les formes comme jamais. Si le monde végétal est une partie intégrante de leur art et de l’exposition en particulier, ils intègrent dans cette deuxième salle un nouvel élément : l’eau. 

Il est fascinant de constater comment Jean Arp aborde la cristallisation de l’eau. Notamment avec la sculpture Source de 1963, qui interpelle par la manière dont le mouvement de l’eau semble capturé dans la pierre. Jean Arp étudie cette nature et l’élément de l’eau de manière intime et impressionnante. À l’inverse, François Stahly laisse place au monumental et au gigantesque. Homme de voyage, il s’inspire du paysage des parcs naturels états-uniens pour nous offrir des créations colossales, à la hauteur de ces arbres considérables qu’il a pu observer. Il traite lui aussi l’élément de l’eau, par la sculpture de fontaines qu’il semble particulièrement apprécier. Il est d’ailleurs possible d’observer son travail à Vincennes puisqu’il est à l’origine de la grande fontaine qui trône au centre du parc Floral. 

Enfin, il est intriguant de constater les nouvelles dimensions qu’apporte la lumière naturelle sur les œuvres. En effet, les ombres projetées sur celles-ci viennent compléter les sculptures et offrent ainsi une interprétation supplémentaire à explorer. 

Le troisième espace est l’ancienne chambre des Arp-Taeuber. Jusqu’à la fin nous sommes bel et bien plongés dans l’univers intime et artistique du couple. 

Cette salle occupe une place importante dans la suite de l’exposition puisqu’elle marque une rupture dans la continuité des espaces précédents : la nature n’est plus seulement représentée sous la forme d’une réalisation matérielle mais est racontée cette fois-ci sous un prisme plus intellectuel, notamment avec l’introduction de dessins. Par ailleurs, la vision portée sur la nature se caractérise par des pièces sculpturales beaucoup plus géométriques. 

La salle présente des sculptures avec un relief prononcé, et cette particularité prolonge le dialogue artistique entre les deux artistes. Si François Stahly adopte une direction artistique un peu plus affirmée, avec des blocs formels travaillés de manière assez tronquée, Jean Arp, lui, se laisse aller à des formes plus libres aux lignes plus fluides.

L’exposition invite à découvrir et explorer la nature sous un autre angle : entre une nature libre et affranchie et une nature plus dominée, l’interprétation reste ouverte. 

Le lieu de la fondation accentue par ailleurs la beauté des œuvres. L’ensemble baigne dans des énergies artistiques et créatives à la fois douces et vivifiantes, dans un espace qui rend lui-même hommage à la création. La maison dont l’extérieur a été soigné par Sophie Taeuber constitue cette dimension artistique. On y observe, par exemple, des pierres meulières taillées dans des formes et des tailles différentes et teintées de nuances variées, coupées par le cadre bétonné des fenêtres. L’architecture de la maison semble elle-même initier ce mouvement perpétuel. À cela s’ajoute un petit jardin verdoyant qui prolonge le sentiment de paix que l’on retrouve à la fin de la visite. La nature semble ainsi toujours bonne à savourer. 

Suzanne Assous-Boulanger

Du 13 mars au 20 décembre 2026

Fondation Jean Arp,21 rue de Châtaigniers, 92140, Clamart

Vendredi de 14h30 à 16h00 – Samedi et dimanche de 14h30 à 16h30  

https://www.fondationarp.org