Anne Boutin-Pied et le conte musical

Musicienne et conteuse, Anne Boutin-Pied cherche à transmettre par les histoires qu’elle raconte et au travers des rencontres qui se créent lors des ateliers qu’elle mène et des spectacles qu’elle propose.

Contes et musique

Anne Boutin-Pied, passionnée de musique et de littérature, voulait trouver un moyen de rassembler ces deux disciplines. Après avoir étudié l’alto au conservatoire, elle a accompagné musicalement un conteur de 2004 à 2016. C’est la première fois qu’elle a assisté à un spectacle de Gigi Bigot, artiste conteuse, qu’elle a su avec certitude qu’elle voulait elle-même être conteuse. Elle explique que sa manière de conter « n’avait rien à voir avec les autres conteurs : ce qu’elle disait faisait sens avec la manière dont elle l’incarnait ». Anne Boutin-Pied a aussi rencontré Bernadette Després, autrice et dessinatrice de Tom-Tom et Nana, qui est devenue son « deuxième ange gardien » après Gigi Bigot.

Bernadette Déprès a proposé à Anne Boutin-Pied d’adapter son spectacle Poucette, Canard et le petit Pois, inspiré de trois contes d’Andersen, dans un premier livre. En 2016, c’est un autre livre inspiré de La Reine des neiges d’Andersen qui a valu à Anne Boutin-Pied le « coup de cœur jeune public » de l’académie Charles Cros : Cœur battant. La même année, elle a créé son association 60 décibels, ce qui lui a permis de jouer davantage ses propres spectacles plutôt que ceux des autres. La compagnie 60 décibels renvoie à l’intensité de la voix parlée et vise à la transmission par le conte, un art à destination de tous.

« Tout est musique, tout est rythme », c’est ce qu’affirme Anne Boutin-Pied en parlant de sa pratique du conte. Dans les formations qu’elle propose, elle pousse les conteurs à élargir leur palette avec un apport musical, que ce soit avec des percussions corporelles ou avec un instrument de musique. La force du conte réside dans le « pouvoir de la parole symbolique », explique Anne Boutin-Pied en reprenant les mots de Gigi Bigot. Elle compare le conte à du cinéma plus « pauvre » puisque les images sont produites avec des mots, moins onéreux que des vidéos.

Conteurs et publics

Les jeunes publics sont les premiers destinataires des contes d’Anne Boutin-Pied. Elle était intervenante en musique dans les écoles avant de devenir « maman à temps plein » pendant plusieurs années, au cours desquelles elle a lu de nombreux livres sur le développement des bébés. Elle est, par la suite, intervenue pendant plus de deux ans dans le service de néonatologie de l’hôpital d’Orléans avec l’association Bébé Plumes, avec qui elle a produit le livre Tom Plume qui raconte la prématurité aux plus petits.

Anne Boutin-Pied propose des contes qui s’adressent aux enfants, mais aussi aux plus grands. Elle travaille actuellement sur un spectacle à destination des adultes qui devrait sortir en juillet 2026 et qui devrait s’intituler Correspondance(s) (titre provisoire), en référence aux trains et aux échanges entre deux personnes. Ce spectacle aborde la dépression et s’inspire de la vie d’Anne Boutin-Pied qui a fait de nombreux voyages en train, au cours desquels elle a discuté avec les personnes qu’elle y rencontrait.

Le conte universel

Le goût d’Anne Boutin-Pied pour le conte lui vient de sa mère danoise qui lui lisait les textes d’Andersen. Son père mélomane lui a, quant à lui, transmis son attrait pour la musique. Anne Boutin-Pied assimile le langage des mots à une musique puisqu’elle dit : « quand j’écris, c’est comme une partition où les mots et la musique viennent en même temps ». Dans ses spectacles, elle joue souvent une basse continue, autrement dit une base mélodique et rythmique répétitive, sur laquelle elle pose sa voix « parlée-chantée ».

Anne Boutin-Pied fait des spectacles dans le cadre de festivals, au sein de médiathèques ou d’écoles, mais aussi plus occasionnellement dans une prison à Dunkerque et auprès d’agents de la SNCF. Elle explique que le conte a une valeur universelle puisqu’elle a envie de raconter les mêmes choses et qu’elle s’appuie sur le même imaginaire pour les dire. Le conte « casse les barrières sociales ».

L’adaptation des contes d’Andersen est très importante dans le travail d’Anne Boutin-Pied. Dans le cas de La Reine des neiges, le conte d’origine dure près de trois heures et contient de nombreuses références religieuses. Alors que la religion était très importante à l’époque d’Andersen, elle n’est plus aussi centrale dans les sociétés laïques d’aujourd’hui.

« Il y a toujours quelque chose de bon et personnel à tirer des contes ». Chacun est libre d’interpréter un conte tel qu’il le perçoit. Dans La fille aux mains coupées, repris par de nombreux auteurs, les mains de la jeune fille semblent lui revenir lorsqu’elle rattrape son enfant qui tombe à l’eau. Pour Anne Boutin-Pied, cette image symbolise l’idée qu’une mère sera toujours là pour ses enfants quand il le faudra et fait écho au réel puisque, dans certains pays, les femmes sont toujours mutilées.

Salomé Raucoule

Livre : Cœur battant (conte illustré paru en novembre 2016, autrice : Anne Boutin-Pied, illustratrice : Charlotte Volta, éditeur : Les mots magiques, prix : 16 euros)